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Introduction au Japon, ici tout est normal |
Nous avons rendez-vous à 21h
avec Shuji, notre hôte à Kyoto. Il est photographe et travaille tard, d’où cet
heure avancée. Le point de rendez-vous est à la sortie du métro en plein centre
de la ville, à une 20aine de minutes à pied de Gyon (la vieille ville). Nous
avons quelques minutes d’avance, et je me demande bien comment on va faire pour
diner. Quand il arrive, à vélo, c’est d’ailleurs la première question que je
lui pose : « Salut, as-tu déjà diné ? », pas encore me
répond-il gêné, « Je suis tellement désolé, je n’ai pas eu le temps de
vous préparer à diner, un curry japonais vous conviendrait ? », poursuit-il.
C’est à mon tour d’être déboussolé par tant de générosité ! « C’est
parfait !» disons-nous en cœur.
Nous le suivons alors jusqu’à un
petit restaurant spécialisé dans le curry japonais. Comme je ne connais pas, je
prends la même chose que lui tandis que Sibylle tente autre chose. C’est
délicieux, comme tout ce qu’on a pu gouter jusqu’à présent, même les sandwichs
du 7/11 de ce matin. Shuji ne parle pas très bien anglais, mais son niveau nous
permet quand même d’échanger, et nous lui relatons certaines anecdotes de
voyage, tandis que lui nous fait part des problèmes économiques auxquels le
Japon fait face. Mais, de temps meilleurs sont à venir, puisque le gouvernement
prend exemple sur la réussite du modèle économique français. Nous ne tardons
donc pas à lui faire prendre compte de la réalité (ce qui n’a pas dû le
rassurer). Et finalement nous passons un excellent moment ensemble, ce qui
augure bien pour le reste de la semaine. Quand arrive le moment de régler
l’addition, nous (et aujourd’hui j’ai honte de le dire) nous regardons avec
Sibylle en se demandant si nous devons l’inviter, puis, radins que nous sommes,
nous mettons d’accord sur le fait que ce n’est certainement pas ce qu’il
souhaiterait… Je commence alors à sortir les billets de mon portefeuille, à cet
instant, Shuji qui me voit faire, insiste pour payer. Nous tentons de négocier,
tout en étant outrageusement gêné de notre comportement égoïste préalable, mais
rien à faire, il ne cède pas. A charge de revanche donc ! Nous voilà chez
un Japonais si généreux, qu’en plus de nous héberger gratuitement pendant près
d’une semaine sans nous connaitre, insiste pour nous inviter, pour la raison
qu’il n’a pas eu le temps de préparer le diner… Et cela ne fait que
commencer !
On avait entendu beaucoup de
choses sur les Japonais, qualités et défauts, et l’accueil de l’étranger
n’était clairement pas un point qui faisait débat : le Japonais, par
politesse ou goujaterie selon la personne qui nous en parlait, ne voyait pas le
« Gaijin » (occidental) d’un bon œil, et, par conséquent, n’était pas
particulièrement accueillant.
Shuji, s’ingénia donc toute la
semaine à nous prouver le contraire, et ce jusqu’à notre dernière minute en sa
compagnie. Cet article aura donc pour
but de vous présenter Kyoto, bien sûr, mais avant tout de vous dévoiler la
nature cachée d’un Japonais souhaitant bien recevoir un invité.
Nous arrivons enfin à la maison
de notre accueillant hôte : une petite bâtisse avec un étage. Ce n’est pas
très grand mais très agréable, à la
façon japonaise, des cloisons coulissantes en papier et tatamis au sol. Notre
chambre occupe tout le premier étage et fait 8 tatamis de surface, car oui, au
Japon la surface est calculée non pas en m² mais en tatamis. Notre hôte nous
explique comment préparer nos futons pour la nuit. En effet, les japonais
rangent tous les matins leur futon, le replient et le mettent dans un coin de
la pièce pour ne pas perdre de place.
Shuji nous explique également
que, dans la mesure où il ne possède qu’une seule clé pour sa maison, la clé
sera toujours présente dans la boite aux lettres fixée sur la porte d’entrée.
Cette boîte aux lettres est en effet bien sécurisée puisqu’il y a un code à
rentrer pour pouvoir l’ouvrir. Et le code est 2 chiffres ! C’est déjà trop
pour le Japon !
Comme nous avons de grosses
journées prévues à Kyoto, nous ne tardons pas à aller nous coucher, et passons
notre première nuit sur des futons… Ce fut l’une de nos meilleures nuits du
voyage, les futons c’est CANON !
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Les femmes en Yukata |
Le lendemain, nous nous levons
tôt, et nous dirigeons vers LE lieu qui nous faisait rêver du Japon depuis le
visionnage des « Mémoires d’une Geisha » : Gyon. Il s’agit de la
vieille ville de Kyoto, composée de petites ruelles et de maisons en bois, mais
surtout habité encore aujourd’hui par les mystérieuses et attirantes
Geishas ! Avec un peu de chance, il est possible d’apercevoir ces
fascinantes créatures un court instant traversant la rue ou se rendant dans un
restaurant. Pour l’œil non averti qui était le nôtre, à chaque ombrelle ou
kimono qui passait devant nous, nous devinions une geisha. Mais nous réalisâmes
rapidement que de nombreuses japonaises portaient le Kimono lors de leur jour
de repos. En effet, il s’agit en quelque sorte de leur habit du Dimanche, et
bien qu’il soit plus rare de croiser un homme en Yukata (Kimono), les femmes,
elles, sont ravies de se parer de leurs plus beaux atours, pour notre plus
grand plaisir.
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Les rues de Gyon |
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Les pousse-pousse ne sont pas des attrape-toursites ! Les japonais l'utilisent ! |
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Une ruelle |
Au cours de notre balade, au
cœur de Gyon, nous apercevons une affiche proposant un spectacle initiatique
aux arts des Geishas et théâtre Nippon. Ni une, ni deux nous suivons un groupe
de touristes qui avaient eu la même idée et pénétrons à l’intérieur d’un petit
théâtre contemporain et regardons le programme du spectacle. Ça a l’air
passionnant, même si les différentes étapes ne nous parlent pas des masses.
Le « show » commence
par une cérémonie du thé, préparée et officiée par une dame agée, distinguée en
Kimono, qui procède aux nombreuses étapes de cette présentation ritualisée.
Comme nous avions déjà assisté à des cérémonies du thé en Chine, nous nous
appliquons à repérer les différences. La première, c’est la tenue de la femme,
ici en Kimono, tandis qu’en Chine il s’agissait d’habits de tous les jours, la
seconde, …, heu, la seconde c’est qu'ici c’est le Japon et là bas c’était la Chine, et la troisième, et bien c’est : … (rappel à Flo : avant de poster
l’article, aller choper un truc sur wikipedia, pour faire intelligent).
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La cérémonie du thé |
Cette belle entrée en matière,
est suivie par une démonstration musicale d’un instrument traditionnel :
un sort de grande guitare posée par terre, la mélodie est curieuse mais pas
dérangeante. Cette musique est là pour accompagner l’un des arts importants
qu’une geisha se doit de maitriser : l’Ikebana, ou l’art de réaliser des
bouquets de fleurs. Une femme s’approche alors, à genoux, d’un pot de fleur
vide, et commence la réalisation. C’est lent, avec des gestes précis, et la
composition florale prend forme, sous nos yeux curieux. Et puis tout à coup,
c’est terminé… Je vous laisse juger, mais selon moi c’est quand même du foutage
de gueule… Une fois terminé, la femme se prosterne devant son pot de fleur,
puis retourne à sa place, tandis qu’un autre femme approche, se prosterne à son
tour, et emmène le pot… Voilà qui reste, encore aujourd’hui, légèrement obscur
quant au besoin de changer de femme pour faire disparaitre ce
« bouquet ».
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Un peu de guitare? |
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Quel bouquet !!! |
Le spectacle suivant est une
pièce de théatre comique racontant l’histoire d’un maitre punissant ses élèves
qui lui tendent des tours pendables. Bien qu’en Japonais, on comprend très bien
et c’est assez drôle, le tout est accompagné d’un orchestre traditionnel sur le
côté de la scène.
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L'orchestre |
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Le maître gronde ses disciples... |
Enfin arrive le clou du
spectacle : Une Maiko (apprenti Geisha) vient danser pour nous ! On
est assez loin de la beauté exaltante de la geisha du film (Mémoires d’une
Geisha), mais les mouvements sont gracieux et la nuque dégagée et au maquillage
particulier séduisante. Elle porte un superbe kimono bleu roi et un magnifique
Obi rouge (c’est la ceinture). Elle se distingue totalement des femmes qui
l’ont précédée.
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Le maquillage du cou est spécifique au Geishas |
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Salutations ! |
Le show se termine avec des
marionnettes actionnées par des hommes dans des combinaisons noires les
couvrant leur couvrant même les yeux. Une marionnette a tellement de
possibilités de mouvement des clignements des yeux aux phalanges des mains, que
2 personnes sont nécessaires pour leur donner vie !
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On me voit, on me voit plus... |
Bon, en sortant on ne sait pas
trop quoi en penser… Nous tâchons tout d’abord de l’aborder avec intelligence
et ouverture d’esprit :
-
T’en
a pensé quoi ?
-
Très
intéressant, une culture fascinante avec un véritable art du spectacle !
-
Ah…
Oui bien sûr ! Quelle découverte !
-
Par
contre ce n’est pas trop mon genre…
-
Ah ! ouf ! c’était un peu pourri nan ?
-
…
GRAAAAVE
-
Trop
chiant la cérémonie du thé !
-
Et
le bouquet de fleurs ! la blague !
Au final c’est avec nos esprits
étriqués que nous jugeons presque avoir perdu notre temps ! Je crois qu’on
peut dire qu’en fait, ça ne nous a pas trop plu, malgré toute notre bonne
volonté…
Après ce spectacle, qui n’était
pas prévu, c’est déjà l’heure du diner ! Mon moment préféré de la journée
(avec le petit-déjeuner, le déjeuner et le goûter…), particulièrement dans un
pays dont la gastronomie est si délicieuse pour nos palais français. Nous
cherchons pendant quelque temps un restaurant dans Gyon, mais force est de
constater que ceux-ci ne sont pas dans nos budgets (100 euros en moyenne par
personne)… On décide donc de s’éloigner et débouchons dans une sorte de zone
commerciale extrêmement récente et design. Les boutiques ont l’air chic, et on
dégotte un resto de ramen tout neuf. J’en suis ravi car je n’ai jamais goûté de
Ramen, mais j’en ai souvent entendu parler et ça me tente follement ! Nous
commandons donc 2 bols de ramen et débutons un orgasme culinaire qui allait
durer près de 3 semaines… Le Ramen, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une
soupe de nouilles avec des légumes de la viande, et mille autres saveurs
japonaises qui ravissent nos palais en convalescence depuis la Mongolie. Nous
apprendrons en rentrant à la maison que nous étions tombés dans l’un des
meilleurs ramen de la ville ! Coup de bol !
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Les ramens sont préparés sous nos yeux |
Nous rentrons alors à la maison
ou Shuji nous rejoint vers 22h, et passons le reste de la soirée à discuter
avec notre hôte de notre journée et de sa vie de photographe. Je suis fier de
lui montrer nos photos de voyage qui l’intéresse, car malgré le peu de vacances
dont il dispose (environ 2 semaines par an), il ne désespère pas de visiter un
maximum de pays.
Le lendemain, nous nous
dirigeons vers le Kinkaku-Ji, ou Temple d’Or, un site exceptionnel où un
pavillon intégralement recouvert de feuille d’or situé au milieu d’un jardin traditionnel et qui se
reflète dans le lac miroir qui l’entoure. Là encore, malgré une météo maussade,
nous sommes éberlués par la beauté des couleurs des jardins. Chaque pas nous
présente un nouveau point de vue toujours plus beau. Evidemment, un tel
monument est extrêmement populaire et il y a beaucoup de monde, mais cela
n’empêche pas une visite agréable. Le Temple en lui-même est bâti selon 3
architectures différentes, une par étage : Shinden, Samourai et Zen, le
jardin également mélange les trois genres, avec une prévalence pour le Zen.
Ainsi, chaque ile du lac peut être assimilée aux ilots de rocher présent dans
un jardin typiquement Zen, comme nous le découvrirons plus tard.
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Le Kinkaku-ji ne déçoit pas |
La visite est enchanteresse se
termine par une allée de petits stands de nourriture, Sibylle en profite donc
pour se jeter sur les échantillons gratuits de tous les stands. On ne se refait
pas, je rappelle la devise de Sibylle, moins c’est cher, meilleur c’est !
Imaginez donc des trucs gratuits !
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Sibylle est heureuse de pouvoir manger |
Aujourd’hui, on ne chôme pas,
donc on enchaine avec la visite d’un autre haut lieu de la culture
japonaise : le Ryoan-Ji, renommé pour son jardin Zen, le plus grand du
monde et considéré comme THE chef-d’œuvre. En chemin, et comme tout bon
touriste, on se perd et demandons notre direction à une petite dame, employée
d’une boulangerie (oui oui, il y a des boulangeries au Japon). Elle ne parle
pas un mot d’anglais, mais nous lui montrons sur notre guide, elle comprend
donc tout de suite où nous voulons aller, par contre elle ne connait pas le
chemin. Qu’à cela ne tienne, elle appelle ses collègues qui après
tergiversations ne savent pas plus qu’elle… Nous ne voulons pas l’embêter plus
longtemps, mais elle souhaite absolument nous aider, elle sort donc son
téléphone pour appeler quelqu’un qui lui sait, et finit par nous expliquer
comment nous y rendre ! je crois qu’en un an de voyage, c’est bien la
première fois que quelqu’un se plie en 4 à ce point pour nous rendre service.
Nous sommes abasourdis par cette qualité de service, que nous n’aurons vu qu’au Japon et repartons dans la
bonne direction. Evidemment, l’idéal aurait été de comprendre ses explications…
Nous finissons tout de même par
trouver et commençons la visite. Elle commence par le fameux jardin zen. Un
grand espace avec du gravier soigneusement ratissé et sur lequel se situe 15
ilots en pierre et mousse. Ce jardin mystérieux dont personne ne connait
« l’auteur » a pour particularité qu’il est impossible de voir les 15
ilots en même temps, une vraie prouesse optique ! Mais à part ça,
difficile de dire que cela nous touche. Sibylle est même carrément hermétique à
toute la philosophie Zen. On regarde donc pendant 3 minutes, mais force est de
constater qu’on s’emmerde, on continue donc la promenade à travers les jardins
annexes et en faisons rapidement le tour.
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Le fameux jardin Zen, comptez les îlots ! |
Nous terminons la journée par
une dernière balade dans le quartier de Gyon et apercevons l’espace d’un
instant un véritable Geisha sortant d’un taxi pour rentrer immédiatement dans
un restaurant huppé…
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Une geisha au pas pressé |
Le lendemain, direction Nara.
Une petite ville à quelques kilomètres de Kyoto. La particularité de Nara ?
Un immense temple avec un grand parc et qui abrite plusieurs centaines de daims
apprivoisés qui se promènent en liberté et acceptent de faire des photos avec
les passants pour peu que l’on sache leur demander poliment. Nous achetons donc
rapidement un sachet de gâteaux spécifiques dont les daims raffolent. On dirait
de grosses hosties, mais, pour les avoir goûtées, totalement infectes. Bref,
les animaux et moi c’est toujours le grand amour, je passe donc de daim en
daim, leur caressant le cou, la tête, le museau, tout ce qui passe à portée
quoi… Tandis que Sibylle regarde de loin en attendant et pestant pour que l’on
passe à autre chose. Elle aime bien les animaux, mais pas plus de 5 minutes,
Sibylle, donc elle est vite gavée. Mais bon il y a un deal implicite dans le
voyage : on fait tout ce que Sibylle veut, tout le temps et partout. Mais
il y a toutefois une exception : si il y a des bêtes, on laisse Floflo
avec elles jusqu’à ce qu’il en ait
marre. Ce qui finit toujours par arriver, souvent bien après le niveau de
tolérance (très élevé comme vous le savez) de Sibylle.
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Floflo avec les daims |
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Toujours avec les daims |
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Encore avec les daims, et 2 jolies filles ! |
Nous approchons donc du fameux
temple et passons sous un immense portique abritant deux gardiens monstrueux de
10 mètres de haut pas vraiment accueillants, puis découvrons le temple. Il est
effectivement énorme et la cour devant est remplie de lycéens en uniforme.
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Le temple de Nara et les lycéens |
Nous nous purifions au Temizuya
(une sorte de fontaine) en buvant et en nous lavant les mains avec l’eau
sacrée, puis pénétrons à l’intérieur et découvrons le plus grand bouddha en
bronze du monde. Et, en effet, il est massif ! Il est entouré de deux
bouddhas plus petits dorés. Comme d’habitude, on admire 5 minutes et on passe à
autre chose : je retourne voir les daims, qui sont de toute façon partout.
Au fil des allées et des ruelles, nous découvrons un petit temple où il n’y a
personne. En nous approchant, une dame à genoux sur un tatami à l’intérieur
nous fait signe d’approcher. Nous nous exécutons, et elle nous invite à a la
rejoindre. On se déchausse et nous agenouillons à ses côtés. Elle nous explique
en japonais le rôle de sa présence ici et nous propose de faire une prière et
de sonner la cloche afin que les dieux l’entendent. Une fois terminée elle nous
propose des petits gâteaux puis nous repartons en la remerciant
chaleureusement ! C’est toujours un immense bonheur que de rencontrer des
gens pour qui la langue n’est pas une barrière et qui ne nous voient pas comme
des étrangers ! Ces expériences sont rares et méritent donc toutes de s’en
rappeler aussi courtes soient-elles.
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Une petite prière au temple |
Nous atteignons finalement un
temple en haut d’une colline qui surplombe la ville et propose un magnifique
panorama sur le soleil couchant. C’est extrêmement apaisant et Sibylle scotche complètement.
Je finis par la convaincre de rentrer avant qu’il ne fasse totalement nuit, car
ce soir, notre hôte rentre plus tôt que d’habitude et nous avons préparé une
pâte à crêpes pour le dessert !
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Coucher de soleil sur Nara |
Nous arrivons à la maison et
Shuji est déjà en train de cuisiner le dîner. Nous sommes bien décidés à
profiter un maximum de lui car depuis que nous sommes là, il n’a eu que très
peu de temps à lui à cause de son travail. Nous le regardons faire en lui
proposant notre aide, mais ce n’est pas la peine. En effet il maitrise question
cuisine. Les aliments vont dans la casserole et dégagent une odeur exotique qui
nous met l’eau à la bouche. Le plus amusant c’est qu’il ne cuisine pas avec des
cuillères en bois et couteaux, tout est fait avec des baguettes ! Le diner
est enfin prêt et nous commençons à déguster ces saveurs toujours nouvelles
mais délicieuses. Décidément la cuisine japonaise ne nous déçoit pas ! Et
Shuji est ravi que ça nous plaise. Nous discutons de tout et de rien mais
surtout de la France. Le pays le fascine. Il n’y est jamais allé mais en rêve,
et nous pose toute sorte de questions. Il est très déçu quand nous lui
apprenons que la plupart des rues de Paris sont bitumées et non pavées. Nous
lui montrons des photos et est étonné par de drôles de choses. Par exemple le
fait que les voitures soient garées dans la rue et non dans des parkings. Il
trouve ça bien dommage. En tout cas, ça nous fait plaisir de parler de la
France malgré le retour qui s’approche à grand pas.
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Shuji au fourneau ! |
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Les délices de, Shuji |
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La cuisine de crêpes aux baguettes ! Une première ! |
Demain c’est samedi, et il ne
travaille pas, c’est donc avec une extrême politesse toute japonaise qu’il nous
demande si il pourrait nous faire visiter son lieu culturel préféré de
Kyoto : le Fushimi Inari. Vous imaginez bien que nous ne demandions que ça
et acceptons chaleureusement avant de passer au dessert et aux crêpes. Il en a
déjà mangé, mais n’en a jamais fait. Il nous regarde préparer les premières,
puis nous demande s’il peut essayer. Et bien il se débrouille comme un
chef ! La soirée s’éternise à écouter alternativement chanson française et
japonaise, puis nous allons chacun nous coucher en attendant le lendemain avec
impatience.
Il est 9h direction la colline
du Fushimi Inari. Ce temple est dédié au dieu Renard associé à la réussite. Le
temple est situé au sommet d’une colline, donc, et d’innombrables chemins y
mènent. Mais le plus impressionnant, c’est que chaque chemin est couvert sur sa
quasi-totalité de portes orange plus ou moins grandes.
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Bienvenue au Fushimi-inari, on sonne les cloches pour prévenir de notre arrivée |
En bas de la colline nous
apercevons de nombreuses femmes en kimono venues prier. De nombreuses femmes
font également la queue pour aller soulever une pierre sphérique après avoir
fait un vœu. Shuji nous explique que les femmes doivent essayer de deviner le
poids de la boule avant de la soulever. Si leur estimation était correcte, leur
vœu se réalisera ! Il est donc amusant de les regarder faire :
certaines n’y mettent pas assez de force tandis que d’autres en mettent
beaucoup trop. La stupeur se lit souvent sur leur visage. Il ne doit pas y
avoir beaucoup de vœu exaucé par ce biais.
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Avant de soulever |
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Visiblement c'est raté... |
Après cet interlude, nous commençons
à marcher en direction des portes. La ballade est enchanteresse et dure presque
2 heures. De petits lieux saints sont également disséminés, parfois au bord
d’une pièce d’eau ou simplement le long du chemin. On peut y acheter des portes
orange de toutes tailles. Les plus petites font 10cm, coutent tout de même et
10€ doivent être laissées au temple, les plus grandes qui sont installées sur
les chemins de la colline vont jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Il s’agit en réalité d’offrandes pour la réussite. En effet nous remarquons les
gravures sur ces grandes portes des noms d’entreprises parfois très
connues ! Nintendo, Suzuki, etc… toutes les grandes entreprises nippones
ont leur porte !
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Des portes à perte de vue |
Shuji quant à lui nous raconte
mille anecdotes et nous explique les traditions cultuelles japonaises. Nous
nous joignons même à la masse de pèlerins pour faire une petite prière en
sonnant les cloches du temple.
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Un mini temple sur la colline |
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Une prière de Shuji |
Il est l’heure du déjeuner, nous
repérons un petit restaurant traditionnel offrant une vue sur la ville pas très
loin du temple. Nous prenons un déjeuner rapide, et après moult argumentations,
nous finissons par avoir le droit d’inviter notre guide/hôte !
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Au restau, c'est l'heure d'affluence |
Nous passons l’après-midi à
errer sur les chemins tortueux de la colline, puis allons faire un tour en
ville toujours avec Shuji, qui nous fait découvrir une amusante galerie
commerçante. Sibylle toujours à la recherche d’un Kimono qu’elle pourrait
accrocher au mur ne trouve malheureusement pas son bonheur… Cette quête au
Kimono durera tout le voyage et impliquera de nombreuses heures d’ennui et de
malaxage de tissus…Quant à moi j’ai compris que je ne pourrais pas ramener de
véritable Katana (sabre japonais), je cherche donc des idées de souvenirs, sans
grand succès.
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Les étals du marché, des tongs en bois et du poisson séché |
Pour diner, Shuji nous propose d’aller
manger des sushis, ce qui nous convient parfaitement ! Il connait un bon
restaurant familial où les sushis arrivent sur un tapis roulant. Le restaurant
étant très populaire il y a 15-20 minutes de queue, ce qui tombe plutôt bien
car il y a un magasin Uniclo juste à côté ! Je profite donc de cette
attente pour aller me racheter un stock de fringues, pantalon, polo, pull tout
y passe ! Encore 5 minutes d’attente et ENFIN ! A table !
Les Sushis arrivent à notre
table et rien ne passe. On essaye les classiques : saumon, thon, avocat,
etc… et puis on essaye de nouvelles choses aussi comme le thon blanc, la partie
la plus grasse du poisson et la meilleure. Les petites assiettes s’empilent sur
notre table et commencent à former de belles colonnes. On apprend que les
sushis ne parcourent que 300m de tapis roulant avant d’être jetés, afin de
garantir une fraicheur optimale, et en effet ils sont tous délicieux !
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La pile d'assiettes commence à grimper ! |
Vient enfin le moment de payer,
comme nous pensions inviter notre hôte nous ne nous étions pas restreint et
avions mangé jusqu’à n’en plus pouvoir. Mais comme nous aurions dû nous en
douter, la générosité de Shuji l’obligea à nous inviter, et nous aurons beau
négocier, impossible de venir à bout de sa résolution…
Quelle journée !
Le lendemain, nous irons visiter
une bambouseraie à quelques kilomètres de la ville. Une jolie balade apaisante
malgré le temps maussade, et surtout qui nous a permis de découvrir un joli
petit village ou je repère dans une petite échoppe de jolis pendentif en
porcelaine peinte que nous offrirons à nos mères. Ce village charmant au bord
de l’eau respire le bon air et la qualité de vie y parait idyllique, et nous y
passons la journée à flâner dans ses petites rues.
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La bambouseraie |
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Un village paisible |
Nous rentrons le soir et
attendons que Shuji rentre du travail. Tristement il ne revient que vers 23h.
Nous lui annonçons que nous partons le lendemain et le remercions
chaleureusement pour son accueil inoubliable.
-
Comment ?
Mais vous partez demain ???
-
Bah,
oui…. Comme nous te l’avions dit…
-
Aaah,
mais je croyais que c’était après demain !
-
…
Nous aussi sommes désolés de partir.
-
Mais
vers quelle heure partez-vous demain ?
-
Vers
midi, pourquoi ?
-
Pouvez-vous
attendre que je revienne pendant ma pause déjeuner ?
-
Bien
sûr ! Veux-tu déjeuner ensemble ?
-
Oh
non je n’aurai pas le temps de déjeuner, mais voyez-vous, je voulais vous
offrir un cadeau et pour vous faire la surprise je l’ai laissé au bureau. Je
comptais vous les offrir demain soir !
-
Ooooh…
Mais il ne fallait pas ! Bien sûr nous t’attendrons demain !
Vous imaginez notre angoisse,
notre hôte qui nous a hébergé gratuitement pendant une semaine veut nous offrir
un cadeau, tandis que nous n’avons même pas pensé à lui donner quelque chose…
Bref nous trouvons dans
l’urgence une solution en lui réalisant une compil’ de chansons françaises
portant sur le thème de l’amitié, qu’on enregistre sur une clé USB, pendant la
matinée, et quand il arrive, nous avons quelque chose à lui donner en échange.
En échange de quoi ? Et
bien il nous offre une paire de petits balais à tatami fabriqué par une
boutique de Kyoto qui existe depuis plus de 200 ans ! Notre cadeau est
bien petit à côté…
C’est donc le cœur gros que nous
lui disons au revoir, mais avec la ferme intention de le recevoir à notre
retour de France !
Merci Shuji et à très
vite !
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La gare futuriste de Kyoto |