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lundi 16 mai 2016

Kyoto 京都市 : Apothéose du voyage

Introduction au Japon, ici tout est normal
Nous avons rendez-vous à 21h avec Shuji, notre hôte à Kyoto. Il est photographe et travaille tard, d’où cet heure avancée. Le point de rendez-vous est à la sortie du métro en plein centre de la ville, à une 20aine de minutes à pied de Gyon (la vieille ville). Nous avons quelques minutes d’avance, et je me demande bien comment on va faire pour diner. Quand il arrive, à vélo, c’est d’ailleurs la première question que je lui pose : « Salut, as-tu déjà diné ? », pas encore me répond-il gêné, « Je suis tellement désolé, je n’ai pas eu le temps de vous préparer à diner, un curry japonais vous conviendrait ? », poursuit-il. C’est à mon tour d’être déboussolé par tant de générosité ! « C’est parfait !» disons-nous en cœur.
Nous le suivons alors jusqu’à un petit restaurant spécialisé dans le curry japonais. Comme je ne connais pas, je prends la même chose que lui tandis que Sibylle tente autre chose. C’est délicieux, comme tout ce qu’on a pu gouter jusqu’à présent, même les sandwichs du 7/11 de ce matin. Shuji ne parle pas très bien anglais, mais son niveau nous permet quand même d’échanger, et nous lui relatons certaines anecdotes de voyage, tandis que lui nous fait part des problèmes économiques auxquels le Japon fait face. Mais, de temps meilleurs sont à venir, puisque le gouvernement prend exemple sur la réussite du modèle économique français. Nous ne tardons donc pas à lui faire prendre compte de la réalité (ce qui n’a pas dû le rassurer). Et finalement nous passons un excellent moment ensemble, ce qui augure bien pour le reste de la semaine. Quand arrive le moment de régler l’addition, nous (et aujourd’hui j’ai honte de le dire) nous regardons avec Sibylle en se demandant si nous devons l’inviter, puis, radins que nous sommes, nous mettons d’accord sur le fait que ce n’est certainement pas ce qu’il souhaiterait… Je commence alors à sortir les billets de mon portefeuille, à cet instant, Shuji qui me voit faire, insiste pour payer. Nous tentons de négocier, tout en étant outrageusement gêné de notre comportement égoïste préalable, mais rien à faire, il ne cède pas. A charge de revanche donc ! Nous voilà chez un Japonais si généreux, qu’en plus de nous héberger gratuitement pendant près d’une semaine sans nous connaitre, insiste pour nous inviter, pour la raison qu’il n’a pas eu le temps de préparer le diner… Et cela ne fait que commencer !
On avait entendu beaucoup de choses sur les Japonais, qualités et défauts, et l’accueil de l’étranger n’était clairement pas un point qui faisait débat : le Japonais, par politesse ou goujaterie selon la personne qui nous en parlait, ne voyait pas le « Gaijin » (occidental) d’un bon œil, et, par conséquent, n’était pas particulièrement accueillant.
Shuji, s’ingénia donc toute la semaine à nous prouver le contraire, et ce jusqu’à notre dernière minute en sa compagnie. Cet article  aura donc pour but de vous présenter Kyoto, bien sûr, mais avant tout de vous dévoiler la nature cachée d’un Japonais souhaitant bien recevoir un invité.
Nous arrivons enfin à la maison de notre accueillant hôte : une petite bâtisse avec un étage. Ce n’est pas très grand mais très agréable,  à la façon japonaise, des cloisons coulissantes en papier et tatamis au sol. Notre chambre occupe tout le premier étage et fait 8 tatamis de surface, car oui, au Japon la surface est calculée non pas en m² mais en tatamis. Notre hôte nous explique comment préparer nos futons pour la nuit. En effet, les japonais rangent tous les matins leur futon, le replient et le mettent dans un coin de la pièce pour ne pas perdre de place.
Shuji nous explique également que, dans la mesure où il ne possède qu’une seule clé pour sa maison, la clé sera toujours présente dans la boite aux lettres fixée sur la porte d’entrée. Cette boîte aux lettres est en effet bien sécurisée puisqu’il y a un code à rentrer pour pouvoir l’ouvrir. Et le code est 2 chiffres ! C’est déjà trop pour le Japon !
Comme nous avons de grosses journées prévues à Kyoto, nous ne tardons pas à aller nous coucher, et passons notre première nuit sur des futons… Ce fut l’une de nos meilleures nuits du voyage, les futons c’est CANON !
Les femmes en Yukata
 Le lendemain, nous nous levons tôt, et nous dirigeons vers LE lieu qui nous faisait rêver du Japon depuis le visionnage des « Mémoires d’une Geisha » : Gyon. Il s’agit de la vieille ville de Kyoto, composée de petites ruelles et de maisons en bois, mais surtout habité encore aujourd’hui par les mystérieuses et attirantes Geishas ! Avec un peu de chance, il est possible d’apercevoir ces fascinantes créatures un court instant traversant la rue ou se rendant dans un restaurant. Pour l’œil non averti qui était le nôtre, à chaque ombrelle ou kimono qui passait devant nous, nous devinions une geisha. Mais nous réalisâmes rapidement que de nombreuses japonaises portaient le Kimono lors de leur jour de repos. En effet, il s’agit en quelque sorte de leur habit du Dimanche, et bien qu’il soit plus rare de croiser un homme en Yukata (Kimono), les femmes, elles, sont ravies de se parer de leurs plus beaux atours, pour notre plus grand plaisir.
Les rues de Gyon
Les pousse-pousse ne sont pas des attrape-toursites ! Les japonais l'utilisent !
Une ruelle

Au cours de notre balade, au cœur de Gyon, nous apercevons une affiche proposant un spectacle initiatique aux arts des Geishas et théâtre Nippon. Ni une, ni deux nous suivons un groupe de touristes qui avaient eu la même idée et pénétrons à l’intérieur d’un petit théâtre contemporain et regardons le programme du spectacle. Ça a l’air passionnant, même si les différentes étapes ne nous parlent pas des masses.
Le « show » commence par une cérémonie du thé, préparée et officiée par une dame agée, distinguée en Kimono, qui procède aux nombreuses étapes de cette présentation ritualisée. Comme nous avions déjà assisté à des cérémonies du thé en Chine, nous nous appliquons à repérer les différences. La première, c’est la tenue de la femme, ici en Kimono, tandis qu’en Chine il s’agissait d’habits de tous les jours, la seconde, …, heu, la seconde c’est qu'ici c’est le Japon et là bas c’était la Chine, et la troisième, et bien c’est : … (rappel à Flo : avant de poster l’article, aller choper un truc sur wikipedia, pour faire intelligent).
La cérémonie du thé
Cette belle entrée en matière, est suivie par une démonstration musicale d’un instrument traditionnel : un sort de grande guitare posée par terre, la mélodie est curieuse mais pas dérangeante. Cette musique est là pour accompagner l’un des arts importants qu’une geisha se doit de maitriser : l’Ikebana, ou l’art de réaliser des bouquets de fleurs. Une femme s’approche alors, à genoux, d’un pot de fleur vide, et commence la réalisation. C’est lent, avec des gestes précis, et la composition florale prend forme, sous nos yeux curieux. Et puis tout à coup, c’est terminé… Je vous laisse juger, mais selon moi c’est quand même du foutage de gueule… Une fois terminé, la femme se prosterne devant son pot de fleur, puis retourne à sa place, tandis qu’un autre femme approche, se prosterne à son tour, et emmène le pot… Voilà qui reste, encore aujourd’hui, légèrement obscur quant au besoin de changer de femme pour faire disparaitre ce « bouquet ».

Un peu de guitare?
Quel bouquet !!!

Le spectacle suivant est une pièce de théatre comique racontant l’histoire d’un maitre punissant ses élèves qui lui tendent des tours pendables. Bien qu’en Japonais, on comprend très bien et c’est assez drôle, le tout est accompagné d’un orchestre traditionnel sur le côté de la scène.
L'orchestre
Le maître gronde ses disciples...
Enfin arrive le clou du spectacle : Une Maiko (apprenti Geisha) vient danser pour nous ! On est assez loin de la beauté exaltante de la geisha du film (Mémoires d’une Geisha), mais les mouvements sont gracieux et la nuque dégagée et au maquillage particulier séduisante. Elle porte un superbe kimono bleu roi et un magnifique Obi rouge (c’est la ceinture). Elle se distingue totalement des femmes qui l’ont précédée.
Le maquillage du cou est spécifique au Geishas
Salutations !

Le show se termine avec des marionnettes actionnées par des hommes dans des combinaisons noires les couvrant leur couvrant même les yeux. Une marionnette a tellement de possibilités de mouvement des clignements des yeux aux phalanges des mains, que 2 personnes sont nécessaires pour leur donner vie !
On me voit, on me voit plus...
Bon, en sortant on ne sait pas trop quoi en penser… Nous tâchons tout d’abord de l’aborder avec intelligence et ouverture d’esprit :
-        T’en a pensé quoi ?
-        Très intéressant, une culture fascinante avec un véritable art du spectacle !
-        Ah… Oui bien sûr ! Quelle découverte !
-        Par contre ce n’est pas trop mon genre…
-        Ah !  ouf ! c’était un peu pourri nan ?
-        … GRAAAAVE
-        Trop chiant la cérémonie du thé !
-        Et le bouquet de fleurs ! la blague !
Au final c’est avec nos esprits étriqués que nous jugeons presque avoir perdu notre temps ! Je crois qu’on peut dire qu’en fait, ça ne nous a pas trop plu, malgré toute notre bonne volonté…
Après ce spectacle, qui n’était pas prévu, c’est déjà l’heure du diner ! Mon moment préféré de la journée (avec le petit-déjeuner, le déjeuner et le goûter…), particulièrement dans un pays dont la gastronomie est si délicieuse pour nos palais français. Nous cherchons pendant quelque temps un restaurant dans Gyon, mais force est de constater que ceux-ci ne sont pas dans nos budgets (100 euros en moyenne par personne)… On décide donc de s’éloigner et débouchons dans une sorte de zone commerciale extrêmement récente et design. Les boutiques ont l’air chic, et on dégotte un resto de ramen tout neuf. J’en suis ravi car je n’ai jamais goûté de Ramen, mais j’en ai souvent entendu parler et ça me tente follement ! Nous commandons donc 2 bols de ramen et débutons un orgasme culinaire qui allait durer près de 3 semaines… Le Ramen, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une soupe de nouilles avec des légumes de la viande, et mille autres saveurs japonaises qui ravissent nos palais en convalescence depuis la Mongolie. Nous apprendrons en rentrant à la maison que nous étions tombés dans l’un des meilleurs ramen de la ville ! Coup de bol ! 
Les ramens sont préparés sous nos yeux
 Nous rentrons alors à la maison ou Shuji nous rejoint vers 22h, et passons le reste de la soirée à discuter avec notre hôte de notre journée et de sa vie de photographe. Je suis fier de lui montrer nos photos de voyage qui l’intéresse, car malgré le peu de vacances dont il dispose (environ 2 semaines par an), il ne désespère pas de visiter un maximum de pays.
Le lendemain, nous nous dirigeons vers le Kinkaku-Ji, ou Temple d’Or, un site exceptionnel où un pavillon intégralement recouvert de feuille d’or situé  au milieu d’un jardin traditionnel et qui se reflète dans le lac miroir qui l’entoure. Là encore, malgré une météo maussade, nous sommes éberlués par la beauté des couleurs des jardins. Chaque pas nous présente un nouveau point de vue toujours plus beau. Evidemment, un tel monument est extrêmement populaire et il y a beaucoup de monde, mais cela n’empêche pas une visite agréable. Le Temple en lui-même est bâti selon 3 architectures différentes, une par étage : Shinden, Samourai et Zen, le jardin également mélange les trois genres, avec une prévalence pour le Zen. Ainsi, chaque ile du lac peut être assimilée aux ilots de rocher présent dans un jardin typiquement Zen, comme nous le découvrirons plus tard.
Le Kinkaku-ji ne déçoit pas

La visite est enchanteresse se termine par une allée de petits stands de nourriture, Sibylle en profite donc pour se jeter sur les échantillons gratuits de tous les stands. On ne se refait pas, je rappelle la devise de Sibylle, moins c’est cher, meilleur c’est ! Imaginez donc des trucs gratuits !
Sibylle est heureuse de pouvoir manger
Aujourd’hui, on ne chôme pas, donc on enchaine avec la visite d’un autre haut lieu de la culture japonaise : le Ryoan-Ji, renommé pour son jardin Zen, le plus grand du monde et considéré comme THE chef-d’œuvre. En chemin, et comme tout bon touriste, on se perd et demandons notre direction à une petite dame, employée d’une boulangerie (oui oui, il y a des boulangeries au Japon). Elle ne parle pas un mot d’anglais, mais nous lui montrons sur notre guide, elle comprend donc tout de suite où nous voulons aller, par contre elle ne connait pas le chemin. Qu’à cela ne tienne, elle appelle ses collègues qui après tergiversations ne savent pas plus qu’elle… Nous ne voulons pas l’embêter plus longtemps, mais elle souhaite absolument nous aider, elle sort donc son téléphone pour appeler quelqu’un qui lui sait, et finit par nous expliquer comment nous y rendre ! je crois qu’en un an de voyage, c’est bien la première fois que quelqu’un se plie en 4 à ce point pour nous rendre service. Nous sommes abasourdis par cette qualité de service, que nous  n’aurons vu qu’au Japon et repartons dans la bonne direction. Evidemment, l’idéal aurait été de comprendre ses explications…
Nous finissons tout de même par trouver et commençons la visite. Elle commence par le fameux jardin zen. Un grand espace avec du gravier soigneusement ratissé et sur lequel se situe 15 ilots en pierre et mousse. Ce jardin mystérieux dont personne ne connait  « l’auteur » a pour particularité qu’il est impossible de voir les 15 ilots en même temps, une vraie prouesse optique ! Mais à part ça, difficile de dire que cela nous touche. Sibylle est même carrément hermétique à toute la philosophie Zen. On regarde donc pendant 3 minutes, mais force est de constater qu’on s’emmerde, on continue donc la promenade à travers les jardins annexes et en faisons rapidement le tour.
Le fameux jardin Zen, comptez les îlots !
Nous terminons la journée par une dernière balade dans le quartier de Gyon et apercevons l’espace d’un instant un véritable Geisha sortant d’un taxi pour rentrer immédiatement dans un restaurant huppé… 
Une geisha au pas pressé

Le lendemain, direction Nara. Une petite ville à quelques kilomètres de Kyoto. La particularité de Nara ? Un immense temple avec un grand parc et qui abrite plusieurs centaines de daims apprivoisés qui se promènent en liberté et acceptent de faire des photos avec les passants pour peu que l’on sache leur demander poliment. Nous achetons donc rapidement un sachet de gâteaux spécifiques dont les daims raffolent. On dirait de grosses hosties, mais, pour les avoir goûtées, totalement infectes. Bref, les animaux et moi c’est toujours le grand amour, je passe donc de daim en daim, leur caressant le cou, la tête, le museau, tout ce qui passe à portée quoi… Tandis que Sibylle regarde de loin en attendant et pestant pour que l’on passe à autre chose. Elle aime bien les animaux, mais pas plus de 5 minutes, Sibylle, donc elle est vite gavée. Mais bon il y a un deal implicite dans le voyage : on fait tout ce que Sibylle veut, tout le temps et partout. Mais il y a toutefois une exception : si il y a des bêtes, on laisse Floflo avec elles  jusqu’à ce qu’il en ait marre. Ce qui finit toujours par arriver, souvent bien après le niveau de tolérance (très élevé comme vous le savez) de Sibylle.
Floflo avec les daims
Toujours avec les daims
Encore avec les daims, et 2 jolies filles !
Nous approchons donc du fameux temple et passons sous un immense portique abritant deux gardiens monstrueux de 10 mètres de haut pas vraiment accueillants, puis découvrons le temple. Il est effectivement énorme et la cour devant est remplie de lycéens en uniforme.
Le temple de Nara et les lycéens
Nous nous purifions au Temizuya (une sorte de fontaine) en buvant et en nous lavant les mains avec l’eau sacrée, puis pénétrons à l’intérieur et découvrons le plus grand bouddha en bronze du monde. Et, en effet, il est massif ! Il est entouré de deux bouddhas plus petits dorés. Comme d’habitude, on admire 5 minutes et on passe à autre chose : je retourne voir les daims, qui sont de toute façon partout. Au fil des allées et des ruelles, nous découvrons un petit temple où il n’y a personne. En nous approchant, une dame à genoux sur un tatami à l’intérieur nous fait signe d’approcher. Nous nous exécutons, et elle nous invite à a la rejoindre. On se déchausse et nous agenouillons à ses côtés. Elle nous explique en japonais le rôle de sa présence ici et nous propose de faire une prière et de sonner la cloche afin que les dieux l’entendent. Une fois terminée elle nous propose des petits gâteaux puis nous repartons en la remerciant chaleureusement ! C’est toujours un immense bonheur que de rencontrer des gens pour qui la langue n’est pas une barrière et qui ne nous voient pas comme des étrangers ! Ces expériences sont rares et méritent donc toutes de s’en rappeler aussi courtes soient-elles.
Une petite prière au temple

Nous atteignons finalement un temple en haut d’une colline qui surplombe la ville et propose un magnifique panorama sur le soleil couchant. C’est extrêmement apaisant et Sibylle scotche complètement. Je finis par la convaincre de rentrer avant qu’il ne fasse totalement nuit, car ce soir, notre hôte rentre plus tôt que d’habitude et nous avons préparé une pâte à crêpes pour le dessert !
Coucher de soleil sur Nara
Nous arrivons à la maison et Shuji est déjà en train de cuisiner le dîner. Nous sommes bien décidés à profiter un maximum de lui car depuis que nous sommes là, il n’a eu que très peu de temps à lui à cause de son travail. Nous le regardons faire en lui proposant notre aide, mais ce n’est pas la peine. En effet il maitrise question cuisine. Les aliments vont dans la casserole et dégagent une odeur exotique qui nous met l’eau à la bouche. Le plus amusant c’est qu’il ne cuisine pas avec des cuillères en bois et couteaux, tout est fait avec des baguettes ! Le diner est enfin prêt et nous commençons à déguster ces saveurs toujours nouvelles mais délicieuses. Décidément la cuisine japonaise ne nous déçoit pas ! Et Shuji est ravi que ça nous plaise. Nous discutons de tout et de rien mais surtout de la France. Le pays le fascine. Il n’y est jamais allé mais en rêve, et nous pose toute sorte de questions. Il est très déçu quand nous lui apprenons que la plupart des rues de Paris sont bitumées et non pavées. Nous lui montrons des photos et est étonné par de drôles de choses. Par exemple le fait que les voitures soient garées dans la rue et non dans des parkings. Il trouve ça bien dommage. En tout cas, ça nous fait plaisir de parler de la France malgré le retour qui s’approche à grand pas.
Shuji au fourneau !
Les délices de, Shuji
La cuisine de crêpes aux baguettes ! Une première !
Demain c’est samedi, et il ne travaille pas, c’est donc avec une extrême politesse toute japonaise qu’il nous demande si il pourrait nous faire visiter son lieu culturel préféré de Kyoto : le Fushimi Inari. Vous imaginez bien que nous ne demandions que ça et acceptons chaleureusement avant de passer au dessert et aux crêpes. Il en a déjà mangé, mais n’en a jamais fait. Il nous regarde préparer les premières, puis nous demande s’il peut essayer. Et bien il se débrouille comme un chef ! La soirée s’éternise à écouter alternativement chanson française et japonaise, puis nous allons chacun nous coucher en attendant le lendemain avec impatience.
Il est 9h direction la colline du Fushimi Inari. Ce temple est dédié au dieu Renard associé à la réussite. Le temple est situé au sommet d’une colline, donc, et d’innombrables chemins y mènent. Mais le plus impressionnant, c’est que chaque chemin est couvert sur sa quasi-totalité de portes orange plus ou moins grandes.
Bienvenue au Fushimi-inari, on sonne les cloches pour prévenir de notre arrivée
En bas de la colline nous apercevons de nombreuses femmes en kimono venues prier. De nombreuses femmes font également la queue pour aller soulever une pierre sphérique après avoir fait un vœu. Shuji nous explique que les femmes doivent essayer de deviner le poids de la boule avant de la soulever. Si leur estimation était correcte, leur vœu se réalisera ! Il est donc amusant de les regarder faire : certaines n’y mettent pas assez de force tandis que d’autres en mettent beaucoup trop. La stupeur se lit souvent sur leur visage. Il ne doit pas y avoir beaucoup de vœu exaucé par ce biais.
Avant de soulever
Visiblement c'est raté...

Après cet interlude, nous commençons à marcher en direction des portes. La ballade est enchanteresse et dure presque 2 heures. De petits lieux saints sont également disséminés, parfois au bord d’une pièce d’eau ou simplement le long du chemin. On peut y acheter des portes orange de toutes tailles. Les plus petites font 10cm, coutent tout de même et 10€ doivent être laissées au temple, les plus grandes qui sont installées sur les chemins de la colline vont jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Il s’agit en réalité d’offrandes pour la réussite. En effet nous remarquons les gravures sur ces grandes portes des noms d’entreprises parfois très connues ! Nintendo, Suzuki, etc… toutes les grandes entreprises nippones ont leur porte !
Des portes à perte de vue

Shuji quant à lui nous raconte mille anecdotes et nous explique les traditions cultuelles japonaises. Nous nous joignons même à la masse de pèlerins pour faire une petite prière en sonnant les cloches du temple. 
Un mini temple sur la colline

Une prière de Shuji

Il est l’heure du déjeuner, nous repérons un petit restaurant traditionnel offrant une vue sur la ville pas très loin du temple. Nous prenons un déjeuner rapide, et après moult argumentations, nous finissons par avoir le droit d’inviter notre guide/hôte !
Au restau, c'est l'heure d'affluence

Nous passons l’après-midi à errer sur les chemins tortueux de la colline, puis allons faire un tour en ville toujours avec Shuji, qui nous fait découvrir une amusante galerie commerçante. Sibylle toujours à la recherche d’un Kimono qu’elle pourrait accrocher au mur ne trouve malheureusement pas son bonheur… Cette quête au Kimono durera tout le voyage et impliquera de nombreuses heures d’ennui et de malaxage de tissus…Quant à moi j’ai compris que je ne pourrais pas ramener de véritable Katana (sabre japonais), je cherche donc des idées de souvenirs, sans grand succès.
Les étals du marché, des tongs en bois et du poisson séché
Pour diner, Shuji nous propose d’aller manger des sushis, ce qui nous convient parfaitement ! Il connait un bon restaurant familial où les sushis arrivent sur un tapis roulant. Le restaurant étant très populaire il y a 15-20 minutes de queue, ce qui tombe plutôt bien car il y a un magasin Uniclo juste à côté ! Je profite donc de cette attente pour aller me racheter un stock de fringues, pantalon, polo, pull tout y passe ! Encore 5 minutes d’attente et ENFIN ! A table !
Les Sushis arrivent à notre table et rien ne passe. On essaye les classiques : saumon, thon, avocat, etc… et puis on essaye de nouvelles choses aussi comme le thon blanc, la partie la plus grasse du poisson et la meilleure. Les petites assiettes s’empilent sur notre table et commencent à former de belles colonnes. On apprend que les sushis ne parcourent que 300m de tapis roulant avant d’être jetés, afin de garantir une fraicheur optimale, et en effet ils sont tous délicieux !
La pile d'assiettes commence à grimper !
Vient enfin le moment de payer, comme nous pensions inviter notre hôte nous ne nous étions pas restreint et avions mangé jusqu’à n’en plus pouvoir. Mais comme nous aurions dû nous en douter, la générosité de Shuji l’obligea à nous inviter, et nous aurons beau négocier, impossible de venir à bout de sa résolution…
Quelle journée !
Le lendemain, nous irons visiter une bambouseraie à quelques kilomètres de la ville. Une jolie balade apaisante malgré le temps maussade, et surtout qui nous a permis de découvrir un joli petit village ou je repère dans une petite échoppe de jolis pendentif en porcelaine peinte que nous offrirons à nos mères. Ce village charmant au bord de l’eau respire le bon air et la qualité de vie y parait idyllique, et nous y passons la journée à flâner dans ses petites rues.
La bambouseraie

Un village paisible
Nous rentrons le soir et attendons que Shuji rentre du travail. Tristement il ne revient que vers 23h. Nous lui annonçons que nous partons le lendemain et le remercions chaleureusement pour son accueil inoubliable.
-        Comment ? Mais vous partez demain ???
-        Bah, oui…. Comme nous te l’avions dit…
-        Aaah, mais je croyais que c’était après demain !
-        … Nous aussi sommes désolés de partir.
-        Mais vers quelle heure partez-vous demain ?
-        Vers midi, pourquoi ?
-        Pouvez-vous attendre que je revienne pendant ma pause déjeuner ?
-        Bien sûr ! Veux-tu déjeuner ensemble ?
-        Oh non je n’aurai pas le temps de déjeuner, mais voyez-vous, je voulais vous offrir un cadeau et pour vous faire la surprise je l’ai laissé au bureau. Je comptais vous les offrir demain soir !
-        Ooooh… Mais il ne fallait pas ! Bien sûr nous t’attendrons demain !

Vous imaginez notre angoisse, notre hôte qui nous a hébergé gratuitement pendant une semaine veut nous offrir un cadeau, tandis que nous n’avons même pas pensé à lui donner quelque chose…
Bref nous trouvons dans l’urgence une solution en lui réalisant une compil’ de chansons françaises portant sur le thème de l’amitié, qu’on enregistre sur une clé USB, pendant la matinée, et quand il arrive, nous avons quelque chose à lui donner en échange.
En échange de quoi ? Et bien il nous offre une paire de petits balais à tatami fabriqué par une boutique de Kyoto qui existe depuis plus de 200 ans ! Notre cadeau est bien petit à côté…
C’est donc le cœur gros que nous lui disons au revoir, mais avec la ferme intention de le recevoir à notre retour de France !
Merci Shuji et à très vite !
La gare futuriste de Kyoto



mercredi 30 décembre 2015

OSAKA 大阪市: Notre arrivée au Japon où le commencement de notre voyage de Chihiro

La veille de notre départ au Pays du soleil levant, nous vidions nos gros sacs dans la guest house de Shanghai, la balance à nos pieds.
Le billet d’avion était très clair : maximum 10 kilos de bagages. Nous en avions plus de quinze. Un tiers de notre sac devait donc dégager. Le moindre objet non vital (autre qu’un souvenir) devait donc être écarté.

Nous avions du mal à y parvenir. Finalement la solution s’imposa : nous devions recourir à la technique de l’oignon : il fallait que nous superposions nos fringues sur nous, afin qu’elles échappent au dangereux verdict de la balance de l’aéroport.

A ce problème du poids, s’ajoutait celui de l’heure trop matinale du décollage, vol en charter oblige.
Là encore on optait pour une solution risquée mais économe (le prix du taxi aurait réduit à néant les avantages du vol en charter): prendre le premier metro, sortir à la station voulue, puis courir jusqu’à l’arrêt de la première navette du matin pour l’aéroport. Il ne fallait pas la louper car la navette suivante partait une heure après : ç’aurait été trop tard.
C’était tendu, nous étions coincés entre l’heure de départ du premier métro (depuis notre hôtel jusqu’à l’arrêt de la navette) qui était assez tardive et l’heure de départ de la navette (pour l’aéroport) qui était assez matinale. Pour être certains de notre coup, il fallait répéter l’opération. La veille nous avions donc effectué notre itinéraire, repéré les lieux (en notant l’emplacement de l’arrêt de bus, le numéro de la sortie de métro la plus proche de cet arrêt…) et chronométré le tout. Verdict chronométrique: nous avions 4 minutes de battement.

Le lendemain, aux aurores, nous enfilions chacune de nos couches de vêtements, et nous voilà partis à refaire l’itinéraire de la veille, tout en croisant les doigts pour qu’il n’y ait aucun pépin de parcours : 4 minutes de battement, c’est pas large quand même ! Lorsque le métro nous déposa à la bonne station,  les deux bibendum que nous étions foncèrent jusqu’à l’objectif. 
Objectif atteint: Nous avions embarqué à bord de la navette! Ouffff.
Le temps du trajet de la navette on se déshabille un peu (bah ouais on crève de chaud avec toutes nos couches de fringues) et on décompresse.  
Juste avant de faire enregistrer et peser nos bagages, on leste notre dernier bien, devenu superflu: le Lonely Planet de la Chine qui pèse une tonne et que nous avions eu tant de mal à trouver en français... L'avion décolle. 

Japon. Enfin ! Nous l’attendions, nous le rêvions, nous y voilà. Nous sommes à l’aéroport d’Osaka et déjà nous ressentons le raffinement de ce peuple.

Pendant que Flo est parti acheter une carte sim, pour joindre Sam,  notre hôte à Osaka, j’en profite pour me refaire une beauté aux toilettes de l’aéroport. Ben oui, ici c’est ultra civilisé alors fini la nonchalance et la négligence à la chinoise ! le maquillage est de rigueur et je prend mon temps … Oui, je savoure la propreté des lieux, une propreté que n’avais pas ressentie depuis tellement longtemps.

Ça y est je suis prête. Je remonte pour rejoindre mon Floflo  que je vois entrain de courir à ma recherche dans le hall de l’aéroport… Flo qui court ; c’est pas normal : Il y a forcément quelque chose qui cloche. Il m’aperçoit et me lance un regard énervé.

« - mais qu’est ce que tu foutais, ça fait une heure que je te cherche, j’ai eu Sam au téléphone, il m’a indiqué le bus à prendre et vu que t’as mis trois plombes aux chiottes, on vient de le louper ».

Comprenant que je ne pouvais pas confesser mon pêché comme il s’était produit, je feins l’innocence « mais Flo, je suis juste allée aux toilettes et il y avait la queue ! Qu’est ce que tu voulais que j’y fasse ? Tu sais bien que je ne peux pas aller aux toilettes dans l’avion ! (oui, il me semble opportun d’user de ma peur de l’engin pour me disculper)». Malgré mon blush et mon rouge à lèvres, qu’il ne remarqua même pas (comme d’hab quoi) Flo goba mon excuse.

Bon et bien puisque nous avions le temps, il nous fallait comprendre comment marchait la réservation de nos tickets de bus qui nous permettraient de nous rendre au centre ville.

L’organisation est quelque peu complexe mais très stylée : il y a la machine à tickets de bus, bon jusque là on est pas dépaysés, puis la queue à l’arrêt de bus (non non les gens ne se placent pas comme ils veulent à l’arrêt, mais dans l’ordre d’arrivée), il y le contrôleur-étiqueteur qui n’est pas habillé avec l’immonde costume vert chiasse de la RATP mais en bleu marine et blanc avec, s’il vous plait, des gants blancs impeccables.

Son rôle ? Il ramasse nos tickets, nous en donne d’autres (sortes de bons pour la place n° tant), sur lesquels une partie détachable permet d’étiqueter notre sac au même numéro que notre place… Ça c’est de l’organisation.
Le bus arrive.
Pour l’accueillir, le contrôleur étiqueteur  s’inclina jusqu’à ce que le conducteur ait éteint son moteur. Les portes s’ouvrent. Le conducteur, également en costume bleu marine et blanc et gants blancs, descend. Il se retrouve face au contrôleur- étiqueteur. Au même moment, chacun d’eux s’incline devant l’autre, dignes, les bras le long du corps. Le contrôleur-étiqueteur ouvre la soute et place les bagages des passagers (je vous rappelle qu’il ne s’agit là que d’une navette allant de l’aéroport au centre ville hein) selon un ordre bien précis.

Pendant ce temps, le conducteur accueille les passagers à bord.  Alors que l’heure du départ approche, le contrôleur-étiqueteur, se tient droit comme un « i » sur le quai tandis que le conducteur attend ses instructions. A l’heure dite l’homme sur le quai articule ses bras d’une certaine manière pour avertir le conducteur du top départ. Le conducteur s’exécute et pendant tout l’instant où le bus quitta la gare routière, l’homme du quai demeura incliné, pour souhaiter bon voyage au véhicule.

Nous étions fascinés pas une telle organisation emprunte d’un respect, d’une dignité et d’une classe que nous n’avions jamais vue  de notre vie.

Le Japon commençait fort. Très fort, et ce n’était que le début !

A l’arrivée à notre station de bus, nous faisions la connaissance de Sam, notre hôte à Osaka.

Ici quelques explications s’imposent… Comment ça on  avait un hôte à Osaka ? d’où ?

C’est très simple, alors que c’était notre rêve d’inclure le Japon dans notre Tour d’Asie, ce rêve avait un prix : le coût de la vie japonaise. Il fallait donc que nous économisions quelque part. Les transports ? impossible on voulait bouger comme on l’entendait : dans un voyage il ne s’agit pas de rester cloué sur place. La bouffe ? NEVER, c’est trop important pour nous, petits français qui avions quitté saucissons et fromages depuis 11 mois déjà. Il ne restait plus que le Dodo. Oui ça on s’en foutait. On avait juste besoin de 4m2 à nous deux pour nos heures de sommeil nécessaires, un endroit ou se laver et pour le reste, à la one again et bistoufly !
Et justement pour le dodo, on avait un plan, dont nous avaient parlés certains voyageurs : le couchsurfing.

Le principe ? dormir chez l’habitant quelques nuits, et ce gratuitement. La motivation des hôtes ? Partager, rencontrer, s’enrichir, bref de nobles sentiments.

Lorsque nous étions encore en Chine, nous nous étions inscrits sur le site internet de couchsurfing et avions effectué nos demandes d’hébergements pour nos futures destinations japonaises.

Pour Osaka, ce fut Sam qui répondit favorablement (et le premier !) à notre demande.

Et là, à l’arrêt de bus nous le rencontrions.

Je ne sais pas si « Sam c’est celui qui ne boit pas », mais ici Sam c’était celui qui mangeait. A première vue (et même à deuxième et troisième et toutes les autres vues quoi), Sam était un ogre. Il avait de longs cheveux frisés, une pré-barbe et … des Croc's! Ce professeur d’anglais, un américain expatrié, nous accueillit chaleureusement et nous accompagna chez lui à la vitesse d’un escargot. Il habitait une « grande maison », pour le Japon, au sein de laquelle il vivait avec ses deux chats.
Il nous indiqua notre chambre (non non nous n’étions pas sur le BZ du salon mais bel et bien dans une chambre d’ami). Nous étions aux anges : une chambre rien que pour nous avec le même canapé lit ikéa qu’à Paris. Dommage de ne passer qu’une seule nuit dans cette maison à l’aménagement plutôt occidental qui commençait à nous manquer. Mais c’était prévu comme ça : nous avions échelonné un programme au millimètre près et pas question d’y échapper.

Sam: Un Ricain au Japon
Sam nous proposa d’aller chercher quelques trucs à grignotter (enfin … pour nous à grignoter, et pour lui à dévorer).

La superette était, pour nous, une mine d’or : des sushis, des sashimis, des makis partout, des œufs, du beurre, de la farine, bref des aliments que nous connaissions et qui nous faisaient envie ! On optait pour les spécialités japonaises au poisson frais.

Comme à la gare, et finalement comme partout au Japon, les employés de la supérette étaient polis, professionnels, joliment habillés pour leur service, et … ne cherchaient en aucun cas à nous arnaquer. Chaque produit avait un prix affiché (banal pour nous mais pas pour l’Asie), pour lequel on avait pas besoin de se fatiguer à négocier, et systématiquement nous avions un « ohayo gozaimass» soit un « bonjour » à l’entrée de chaque magasin et un « aligato cosaimasta », c’est à dire un « merci beaucoup » à la sortie, chacun de ces termes employés à l’aide d’une voie nazillarde et enfantine que l’on entend que dans les Mangas en VO.

Oui c’est ca nous étions dans un Manga, dans une BD, dans un monde imaginaire où tout paraît beau, courtois, élevé, civilisé au maximum pour l’humble voyageur que nous étions. Nous vivions notre voyage de Chihiro à nous !



A la sortie de la supérette, on faisait part de notre étonnement, sur ce mode de vie, à Sam pour qui tout était banal puisque quotidien. Mais il consentait effectivement que le peuple Japonais était bien plus respectueux et honnête que d’autres.

« Il n’y a quasiment jamais de vol au japon.  Ici, si vous laissez votre portefeuille sur une table pour la réserver le temps de faire quelque chose, personne ne vous le volera » Nous informait-il.

Plus tard, au cours de notre encas partagé, nous lui faisions part de notre programme du lendemain lequel devait se terminer par un train pour Kyoto. Nous en profitions  alors pour lui demander à quelle heure il souhaitait que nous quittions sa maison, sachant qu’il partait bosser tôt le matin et qu’il ne reviendrait le soir qu’après le départ de notre train.
A notre grand étonnement Sam nous dit de partir quant on le voulait. 

« - Mais comment allons-nous faire pour refermer la porte derrière nous car on ne va pas embarquer tes clef à Kyoto ?
-       Ohh ne vous inquiétez pas, poussez la porte sans la fermer à clef (pour info c’était une porte avec une poignée, qu’il suffisait de pousser pour ouvrir). Une fois j’avais perdu mes clefs et j’ai fais comme ça pendant deux semaines. De toute façon, comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de vol ici »…

Nous étions abasourdis, par tant de confiance en l’homme ; Cette même confiance que notre culture et nos expériences de vie nous empêchaient d’avoir.

Cette confiance en l’autre, cette absence de crainte n’était pas propre à Sam, mais à tous les Japonais que nous avions (et allions) rencontré.

Alors que Sam devait travailler ce soir là,  nous nous rendîmes dans le quartier d’Umeda, quartier moderne et d’affaires d’Osaka pour admirer l’incontournable « Umeda sky building ».

A l’arrivée à la station de métro adéquate, nous nous retrouvions nez à nez face à la très belle gare d’Osaka, du moderne aérien tel que nous avions appris à l’apprécier depuis Singapour. Une gare à laquelle nous devions nous rendre dès le lendemain pour la visite d’Himeji Castle, l’un des quatre « Trésor nationaux», et l’objectif de notre escale à Osaka.

La gare
Nous nous perdions ensuite dans le dédale des Malls que nous devions a priori traverser pour arriver à l’Umeda sky building. Rien y faisait, on ne le trouvait pas ! On demanda notre chemin chez un papetier qui ne semblait pas le connaître et qui demanda lui même à sa collègue. Celle-ci nous donna un plan et nous indiqua un itinéraire à suivre.

Nous le suivions scrupuleusement jusqu’à ce que nous soyons amenés à emprunter un escalier qui nous força à nous arrêter. 

En bas de l’escalier attendait une foule dont les yeux, et les objectifs, étaient rivés sur une coulée de citrouilles illuminées, laquelle s’étalait sur les marches.

« Ahhhh !! regarde c’est pour Halloween ! » M’exclamais-je.

Sam nous avait prévenu, les japonais raffolent d’Halloween et redoublent d’imagination pour célébrer ça. Pour nous mettre dans l’ambiance, Sam nous avait d’ailleurs montré le masque (enfin… le casque !!!) qu’il avait lui même fabriqué pour la fête de l’année passée : un truc de malade en papier mâché !

Ici non loin de la gare d’Osaka, en plein quartier d’affaire et autour de notre fameuse coulée de citrouilles, s’affairaient des hommes vêtus en habits et en casques de chantier et dont la face était cachée par un loup vénitien.


Quelque-chose se prépare.

Quelques sorcières firent leur apparition.

Il allait se passer quelque chose c’était certain. Pour profiter de ce que nous soupçonnions être un spectacle, nous décidâmes de grossir la foule en contrebas…

Après une dizaine de minutes d’attente et alors qu’on commençait à se demander s’il allait se passer quelque chose, les « hommes de chantiers » se chargèrent d’énormes bacs de balles de ping-pong qu’ils montèrent à différents niveaux de l’escalier. Puis plus rien.

Cinq minutes plus tard, les baffles se mirent à vibrer de toutes leurs forces et une musique électro ponctuée d’une voix qui hurlait « Pingpongggggg- Pumkins », se répéta indéfiniment.

Sur ce fond lyrique, les hommes de chantiers se dirigèrent chacun vers un bac de balles de ping-pong pour en jeter simultanément le contenu dans les escaliers. On avait une impression d’effervescence dans l’air : des balles folles sautant toutes plus haut les unes que les autres de marche en marche. Une effervescence qui ne s’arrêtait pas tant que tous les bacs n’étaient pas vides.

Nous étions ébahis. Non pas par le spectacle des balles de ping-pong, qui bien qu’amusant deux minutes, ne cassait pas trois pattes à un canard, mais par la réaction de la foule. Tous semblaient captivés, émerveillés. Les flashs d’appareils photos pleuvaient quasiment autant que les balles ; les « ouhaaaa » ne s’arrêtaient pas.

le show des balles de ping pong
Ce ne fut que lorsque la dernière balle s’arrêta de sauter que nous quittions notre spectacle d’une foule captivée par pas grand chose. Nous étions épatés par la capacité des japonais de faire d’un non-événement, un événement. C’était très fort !

L’attente et le spectacle nous avaient creusé l’appétit et là, au beau milieu du quartier d’affaires, nous décidâmes d’explorer le ventre de l’une des tours de verre.

Certaines faisaient office d’immenses Malls : on devrait bien y trouver un restaurant. Bonne pioche ! L’un des Malls mettait tout un étage au service de la restauration. Nous n’avions que l’embarras du choix et évidemment, nous jetions notre dévolu sur un resto de sushis, makis et autres spécialités de la mer ; exit les saveurs prétendument venues d’Italie, d’Amérique et autres terroirs.

Ce qui nous avait convaincu c’était le tapis roulant. Celui qui cheminait entre les tables et sur lequel dansaient les plats qui paraissaient tous meilleurs les uns que les autres.


Le tapis roulant: l'argument!
Nous nous installâmes et cédâmes à nos pulsions : dès qu’un plat qui nous tentait faisait son apparition, on le saisissait ! C’était génial ! Pas besoin d’attendre une cuisson, pas besoin de demander des renseignements à la serveuse sur les ingrédients ou autres : nous avions la bête sous nous yeux. Elle paradait dans le dessin d’être adoptée par l’un de nos palais.

Je dois avouer que rien qu’à me souvenir de ce moment, j’en ai l’eau à la bouche. Le poisson était super frais. Bref c'était super bon!

Le meilleur menu international: le tapis roulant

Au milieu de la table, une sorte de plateau creusé dans le matériau présentait les condiments parmi lesquels l’indétrônable wazabi, ainsi qu’une poudre verte.

« Tiens ça doit être du wazabi en poudre » affirma Florent qui en saupoudrait déjà ses plats. Plus tard dans notre voyage, notre hôte des Alpes Japonaises nous apprit que que la poudre verte était du Matcha : le thé Japonais (qu’il fallait évidemment diluer dans l’eau), et eut un fou rire en apprenant que Florent en saupoudrait régulièrement ses aliments.

En sortant du restaurant, Flo me happa dans l’un des magasins du Mall spécialisé dans les mangas et entama sa quête ; celle qui ne le quitterait pas jusqu’à la fin du voyage : Un Jiraya de naruto et un Mihawk de One Piece. Oui oui, Flo bientôt 30 ans, apparemment sensé dans sa tête, cherchait des figurines de Mangas qui coûtaient un blinde pour en offrir une à son meilleur ami (paye ton cadeau pourri) et l’autre pour décorer son propre bureau (très sérieux tout ça) !
Pour ceux qui ne se rendent pas vraiment compte des dégâts, c’est un peu comme si je recherchais une Barbie sirène et un petit poney … et c’est pas fini : que j’offrais l’un de ces personnages à ma meilleure copine ! 

Le début de notre quête
Heureusement pour moi, nous ressortîmes bredouilles du magasin de figurines et il était temps de rentrer car le lendemain, nous avions au programme la visite de l’Himeji Castle, et notre voyage jusqu’à Tokyo.

Sur le chemin du retour au dodo, nous aperçûmes enfin celui qui avait causé notre déplacement dans ce quartier : l’Umeda sky building.

Mouai bof bof




Il n’avait finalement rien de très impressionnant, mais au moins, on l’avait vu ! Done.