lundi 16 mai 2016

Kyoto 京都市 : Apothéose du voyage

Introduction au Japon, ici tout est normal
Nous avons rendez-vous à 21h avec Shuji, notre hôte à Kyoto. Il est photographe et travaille tard, d’où cet heure avancée. Le point de rendez-vous est à la sortie du métro en plein centre de la ville, à une 20aine de minutes à pied de Gyon (la vieille ville). Nous avons quelques minutes d’avance, et je me demande bien comment on va faire pour diner. Quand il arrive, à vélo, c’est d’ailleurs la première question que je lui pose : « Salut, as-tu déjà diné ? », pas encore me répond-il gêné, « Je suis tellement désolé, je n’ai pas eu le temps de vous préparer à diner, un curry japonais vous conviendrait ? », poursuit-il. C’est à mon tour d’être déboussolé par tant de générosité ! « C’est parfait !» disons-nous en cœur.
Nous le suivons alors jusqu’à un petit restaurant spécialisé dans le curry japonais. Comme je ne connais pas, je prends la même chose que lui tandis que Sibylle tente autre chose. C’est délicieux, comme tout ce qu’on a pu gouter jusqu’à présent, même les sandwichs du 7/11 de ce matin. Shuji ne parle pas très bien anglais, mais son niveau nous permet quand même d’échanger, et nous lui relatons certaines anecdotes de voyage, tandis que lui nous fait part des problèmes économiques auxquels le Japon fait face. Mais, de temps meilleurs sont à venir, puisque le gouvernement prend exemple sur la réussite du modèle économique français. Nous ne tardons donc pas à lui faire prendre compte de la réalité (ce qui n’a pas dû le rassurer). Et finalement nous passons un excellent moment ensemble, ce qui augure bien pour le reste de la semaine. Quand arrive le moment de régler l’addition, nous (et aujourd’hui j’ai honte de le dire) nous regardons avec Sibylle en se demandant si nous devons l’inviter, puis, radins que nous sommes, nous mettons d’accord sur le fait que ce n’est certainement pas ce qu’il souhaiterait… Je commence alors à sortir les billets de mon portefeuille, à cet instant, Shuji qui me voit faire, insiste pour payer. Nous tentons de négocier, tout en étant outrageusement gêné de notre comportement égoïste préalable, mais rien à faire, il ne cède pas. A charge de revanche donc ! Nous voilà chez un Japonais si généreux, qu’en plus de nous héberger gratuitement pendant près d’une semaine sans nous connaitre, insiste pour nous inviter, pour la raison qu’il n’a pas eu le temps de préparer le diner… Et cela ne fait que commencer !
On avait entendu beaucoup de choses sur les Japonais, qualités et défauts, et l’accueil de l’étranger n’était clairement pas un point qui faisait débat : le Japonais, par politesse ou goujaterie selon la personne qui nous en parlait, ne voyait pas le « Gaijin » (occidental) d’un bon œil, et, par conséquent, n’était pas particulièrement accueillant.
Shuji, s’ingénia donc toute la semaine à nous prouver le contraire, et ce jusqu’à notre dernière minute en sa compagnie. Cet article  aura donc pour but de vous présenter Kyoto, bien sûr, mais avant tout de vous dévoiler la nature cachée d’un Japonais souhaitant bien recevoir un invité.
Nous arrivons enfin à la maison de notre accueillant hôte : une petite bâtisse avec un étage. Ce n’est pas très grand mais très agréable,  à la façon japonaise, des cloisons coulissantes en papier et tatamis au sol. Notre chambre occupe tout le premier étage et fait 8 tatamis de surface, car oui, au Japon la surface est calculée non pas en m² mais en tatamis. Notre hôte nous explique comment préparer nos futons pour la nuit. En effet, les japonais rangent tous les matins leur futon, le replient et le mettent dans un coin de la pièce pour ne pas perdre de place.
Shuji nous explique également que, dans la mesure où il ne possède qu’une seule clé pour sa maison, la clé sera toujours présente dans la boite aux lettres fixée sur la porte d’entrée. Cette boîte aux lettres est en effet bien sécurisée puisqu’il y a un code à rentrer pour pouvoir l’ouvrir. Et le code est 2 chiffres ! C’est déjà trop pour le Japon !
Comme nous avons de grosses journées prévues à Kyoto, nous ne tardons pas à aller nous coucher, et passons notre première nuit sur des futons… Ce fut l’une de nos meilleures nuits du voyage, les futons c’est CANON !
Les femmes en Yukata
 Le lendemain, nous nous levons tôt, et nous dirigeons vers LE lieu qui nous faisait rêver du Japon depuis le visionnage des « Mémoires d’une Geisha » : Gyon. Il s’agit de la vieille ville de Kyoto, composée de petites ruelles et de maisons en bois, mais surtout habité encore aujourd’hui par les mystérieuses et attirantes Geishas ! Avec un peu de chance, il est possible d’apercevoir ces fascinantes créatures un court instant traversant la rue ou se rendant dans un restaurant. Pour l’œil non averti qui était le nôtre, à chaque ombrelle ou kimono qui passait devant nous, nous devinions une geisha. Mais nous réalisâmes rapidement que de nombreuses japonaises portaient le Kimono lors de leur jour de repos. En effet, il s’agit en quelque sorte de leur habit du Dimanche, et bien qu’il soit plus rare de croiser un homme en Yukata (Kimono), les femmes, elles, sont ravies de se parer de leurs plus beaux atours, pour notre plus grand plaisir.
Les rues de Gyon
Les pousse-pousse ne sont pas des attrape-toursites ! Les japonais l'utilisent !
Une ruelle

Au cours de notre balade, au cœur de Gyon, nous apercevons une affiche proposant un spectacle initiatique aux arts des Geishas et théâtre Nippon. Ni une, ni deux nous suivons un groupe de touristes qui avaient eu la même idée et pénétrons à l’intérieur d’un petit théâtre contemporain et regardons le programme du spectacle. Ça a l’air passionnant, même si les différentes étapes ne nous parlent pas des masses.
Le « show » commence par une cérémonie du thé, préparée et officiée par une dame agée, distinguée en Kimono, qui procède aux nombreuses étapes de cette présentation ritualisée. Comme nous avions déjà assisté à des cérémonies du thé en Chine, nous nous appliquons à repérer les différences. La première, c’est la tenue de la femme, ici en Kimono, tandis qu’en Chine il s’agissait d’habits de tous les jours, la seconde, …, heu, la seconde c’est qu'ici c’est le Japon et là bas c’était la Chine, et la troisième, et bien c’est : … (rappel à Flo : avant de poster l’article, aller choper un truc sur wikipedia, pour faire intelligent).
La cérémonie du thé
Cette belle entrée en matière, est suivie par une démonstration musicale d’un instrument traditionnel : un sort de grande guitare posée par terre, la mélodie est curieuse mais pas dérangeante. Cette musique est là pour accompagner l’un des arts importants qu’une geisha se doit de maitriser : l’Ikebana, ou l’art de réaliser des bouquets de fleurs. Une femme s’approche alors, à genoux, d’un pot de fleur vide, et commence la réalisation. C’est lent, avec des gestes précis, et la composition florale prend forme, sous nos yeux curieux. Et puis tout à coup, c’est terminé… Je vous laisse juger, mais selon moi c’est quand même du foutage de gueule… Une fois terminé, la femme se prosterne devant son pot de fleur, puis retourne à sa place, tandis qu’un autre femme approche, se prosterne à son tour, et emmène le pot… Voilà qui reste, encore aujourd’hui, légèrement obscur quant au besoin de changer de femme pour faire disparaitre ce « bouquet ».

Un peu de guitare?
Quel bouquet !!!

Le spectacle suivant est une pièce de théatre comique racontant l’histoire d’un maitre punissant ses élèves qui lui tendent des tours pendables. Bien qu’en Japonais, on comprend très bien et c’est assez drôle, le tout est accompagné d’un orchestre traditionnel sur le côté de la scène.
L'orchestre
Le maître gronde ses disciples...
Enfin arrive le clou du spectacle : Une Maiko (apprenti Geisha) vient danser pour nous ! On est assez loin de la beauté exaltante de la geisha du film (Mémoires d’une Geisha), mais les mouvements sont gracieux et la nuque dégagée et au maquillage particulier séduisante. Elle porte un superbe kimono bleu roi et un magnifique Obi rouge (c’est la ceinture). Elle se distingue totalement des femmes qui l’ont précédée.
Le maquillage du cou est spécifique au Geishas
Salutations !

Le show se termine avec des marionnettes actionnées par des hommes dans des combinaisons noires les couvrant leur couvrant même les yeux. Une marionnette a tellement de possibilités de mouvement des clignements des yeux aux phalanges des mains, que 2 personnes sont nécessaires pour leur donner vie !
On me voit, on me voit plus...
Bon, en sortant on ne sait pas trop quoi en penser… Nous tâchons tout d’abord de l’aborder avec intelligence et ouverture d’esprit :
-        T’en a pensé quoi ?
-        Très intéressant, une culture fascinante avec un véritable art du spectacle !
-        Ah… Oui bien sûr ! Quelle découverte !
-        Par contre ce n’est pas trop mon genre…
-        Ah !  ouf ! c’était un peu pourri nan ?
-        … GRAAAAVE
-        Trop chiant la cérémonie du thé !
-        Et le bouquet de fleurs ! la blague !
Au final c’est avec nos esprits étriqués que nous jugeons presque avoir perdu notre temps ! Je crois qu’on peut dire qu’en fait, ça ne nous a pas trop plu, malgré toute notre bonne volonté…
Après ce spectacle, qui n’était pas prévu, c’est déjà l’heure du diner ! Mon moment préféré de la journée (avec le petit-déjeuner, le déjeuner et le goûter…), particulièrement dans un pays dont la gastronomie est si délicieuse pour nos palais français. Nous cherchons pendant quelque temps un restaurant dans Gyon, mais force est de constater que ceux-ci ne sont pas dans nos budgets (100 euros en moyenne par personne)… On décide donc de s’éloigner et débouchons dans une sorte de zone commerciale extrêmement récente et design. Les boutiques ont l’air chic, et on dégotte un resto de ramen tout neuf. J’en suis ravi car je n’ai jamais goûté de Ramen, mais j’en ai souvent entendu parler et ça me tente follement ! Nous commandons donc 2 bols de ramen et débutons un orgasme culinaire qui allait durer près de 3 semaines… Le Ramen, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une soupe de nouilles avec des légumes de la viande, et mille autres saveurs japonaises qui ravissent nos palais en convalescence depuis la Mongolie. Nous apprendrons en rentrant à la maison que nous étions tombés dans l’un des meilleurs ramen de la ville ! Coup de bol ! 
Les ramens sont préparés sous nos yeux
 Nous rentrons alors à la maison ou Shuji nous rejoint vers 22h, et passons le reste de la soirée à discuter avec notre hôte de notre journée et de sa vie de photographe. Je suis fier de lui montrer nos photos de voyage qui l’intéresse, car malgré le peu de vacances dont il dispose (environ 2 semaines par an), il ne désespère pas de visiter un maximum de pays.
Le lendemain, nous nous dirigeons vers le Kinkaku-Ji, ou Temple d’Or, un site exceptionnel où un pavillon intégralement recouvert de feuille d’or situé  au milieu d’un jardin traditionnel et qui se reflète dans le lac miroir qui l’entoure. Là encore, malgré une météo maussade, nous sommes éberlués par la beauté des couleurs des jardins. Chaque pas nous présente un nouveau point de vue toujours plus beau. Evidemment, un tel monument est extrêmement populaire et il y a beaucoup de monde, mais cela n’empêche pas une visite agréable. Le Temple en lui-même est bâti selon 3 architectures différentes, une par étage : Shinden, Samourai et Zen, le jardin également mélange les trois genres, avec une prévalence pour le Zen. Ainsi, chaque ile du lac peut être assimilée aux ilots de rocher présent dans un jardin typiquement Zen, comme nous le découvrirons plus tard.
Le Kinkaku-ji ne déçoit pas

La visite est enchanteresse se termine par une allée de petits stands de nourriture, Sibylle en profite donc pour se jeter sur les échantillons gratuits de tous les stands. On ne se refait pas, je rappelle la devise de Sibylle, moins c’est cher, meilleur c’est ! Imaginez donc des trucs gratuits !
Sibylle est heureuse de pouvoir manger
Aujourd’hui, on ne chôme pas, donc on enchaine avec la visite d’un autre haut lieu de la culture japonaise : le Ryoan-Ji, renommé pour son jardin Zen, le plus grand du monde et considéré comme THE chef-d’œuvre. En chemin, et comme tout bon touriste, on se perd et demandons notre direction à une petite dame, employée d’une boulangerie (oui oui, il y a des boulangeries au Japon). Elle ne parle pas un mot d’anglais, mais nous lui montrons sur notre guide, elle comprend donc tout de suite où nous voulons aller, par contre elle ne connait pas le chemin. Qu’à cela ne tienne, elle appelle ses collègues qui après tergiversations ne savent pas plus qu’elle… Nous ne voulons pas l’embêter plus longtemps, mais elle souhaite absolument nous aider, elle sort donc son téléphone pour appeler quelqu’un qui lui sait, et finit par nous expliquer comment nous y rendre ! je crois qu’en un an de voyage, c’est bien la première fois que quelqu’un se plie en 4 à ce point pour nous rendre service. Nous sommes abasourdis par cette qualité de service, que nous  n’aurons vu qu’au Japon et repartons dans la bonne direction. Evidemment, l’idéal aurait été de comprendre ses explications…
Nous finissons tout de même par trouver et commençons la visite. Elle commence par le fameux jardin zen. Un grand espace avec du gravier soigneusement ratissé et sur lequel se situe 15 ilots en pierre et mousse. Ce jardin mystérieux dont personne ne connait  « l’auteur » a pour particularité qu’il est impossible de voir les 15 ilots en même temps, une vraie prouesse optique ! Mais à part ça, difficile de dire que cela nous touche. Sibylle est même carrément hermétique à toute la philosophie Zen. On regarde donc pendant 3 minutes, mais force est de constater qu’on s’emmerde, on continue donc la promenade à travers les jardins annexes et en faisons rapidement le tour.
Le fameux jardin Zen, comptez les îlots !
Nous terminons la journée par une dernière balade dans le quartier de Gyon et apercevons l’espace d’un instant un véritable Geisha sortant d’un taxi pour rentrer immédiatement dans un restaurant huppé… 
Une geisha au pas pressé

Le lendemain, direction Nara. Une petite ville à quelques kilomètres de Kyoto. La particularité de Nara ? Un immense temple avec un grand parc et qui abrite plusieurs centaines de daims apprivoisés qui se promènent en liberté et acceptent de faire des photos avec les passants pour peu que l’on sache leur demander poliment. Nous achetons donc rapidement un sachet de gâteaux spécifiques dont les daims raffolent. On dirait de grosses hosties, mais, pour les avoir goûtées, totalement infectes. Bref, les animaux et moi c’est toujours le grand amour, je passe donc de daim en daim, leur caressant le cou, la tête, le museau, tout ce qui passe à portée quoi… Tandis que Sibylle regarde de loin en attendant et pestant pour que l’on passe à autre chose. Elle aime bien les animaux, mais pas plus de 5 minutes, Sibylle, donc elle est vite gavée. Mais bon il y a un deal implicite dans le voyage : on fait tout ce que Sibylle veut, tout le temps et partout. Mais il y a toutefois une exception : si il y a des bêtes, on laisse Floflo avec elles  jusqu’à ce qu’il en ait marre. Ce qui finit toujours par arriver, souvent bien après le niveau de tolérance (très élevé comme vous le savez) de Sibylle.
Floflo avec les daims
Toujours avec les daims
Encore avec les daims, et 2 jolies filles !
Nous approchons donc du fameux temple et passons sous un immense portique abritant deux gardiens monstrueux de 10 mètres de haut pas vraiment accueillants, puis découvrons le temple. Il est effectivement énorme et la cour devant est remplie de lycéens en uniforme.
Le temple de Nara et les lycéens
Nous nous purifions au Temizuya (une sorte de fontaine) en buvant et en nous lavant les mains avec l’eau sacrée, puis pénétrons à l’intérieur et découvrons le plus grand bouddha en bronze du monde. Et, en effet, il est massif ! Il est entouré de deux bouddhas plus petits dorés. Comme d’habitude, on admire 5 minutes et on passe à autre chose : je retourne voir les daims, qui sont de toute façon partout. Au fil des allées et des ruelles, nous découvrons un petit temple où il n’y a personne. En nous approchant, une dame à genoux sur un tatami à l’intérieur nous fait signe d’approcher. Nous nous exécutons, et elle nous invite à a la rejoindre. On se déchausse et nous agenouillons à ses côtés. Elle nous explique en japonais le rôle de sa présence ici et nous propose de faire une prière et de sonner la cloche afin que les dieux l’entendent. Une fois terminée elle nous propose des petits gâteaux puis nous repartons en la remerciant chaleureusement ! C’est toujours un immense bonheur que de rencontrer des gens pour qui la langue n’est pas une barrière et qui ne nous voient pas comme des étrangers ! Ces expériences sont rares et méritent donc toutes de s’en rappeler aussi courtes soient-elles.
Une petite prière au temple

Nous atteignons finalement un temple en haut d’une colline qui surplombe la ville et propose un magnifique panorama sur le soleil couchant. C’est extrêmement apaisant et Sibylle scotche complètement. Je finis par la convaincre de rentrer avant qu’il ne fasse totalement nuit, car ce soir, notre hôte rentre plus tôt que d’habitude et nous avons préparé une pâte à crêpes pour le dessert !
Coucher de soleil sur Nara
Nous arrivons à la maison et Shuji est déjà en train de cuisiner le dîner. Nous sommes bien décidés à profiter un maximum de lui car depuis que nous sommes là, il n’a eu que très peu de temps à lui à cause de son travail. Nous le regardons faire en lui proposant notre aide, mais ce n’est pas la peine. En effet il maitrise question cuisine. Les aliments vont dans la casserole et dégagent une odeur exotique qui nous met l’eau à la bouche. Le plus amusant c’est qu’il ne cuisine pas avec des cuillères en bois et couteaux, tout est fait avec des baguettes ! Le diner est enfin prêt et nous commençons à déguster ces saveurs toujours nouvelles mais délicieuses. Décidément la cuisine japonaise ne nous déçoit pas ! Et Shuji est ravi que ça nous plaise. Nous discutons de tout et de rien mais surtout de la France. Le pays le fascine. Il n’y est jamais allé mais en rêve, et nous pose toute sorte de questions. Il est très déçu quand nous lui apprenons que la plupart des rues de Paris sont bitumées et non pavées. Nous lui montrons des photos et est étonné par de drôles de choses. Par exemple le fait que les voitures soient garées dans la rue et non dans des parkings. Il trouve ça bien dommage. En tout cas, ça nous fait plaisir de parler de la France malgré le retour qui s’approche à grand pas.
Shuji au fourneau !
Les délices de, Shuji
La cuisine de crêpes aux baguettes ! Une première !
Demain c’est samedi, et il ne travaille pas, c’est donc avec une extrême politesse toute japonaise qu’il nous demande si il pourrait nous faire visiter son lieu culturel préféré de Kyoto : le Fushimi Inari. Vous imaginez bien que nous ne demandions que ça et acceptons chaleureusement avant de passer au dessert et aux crêpes. Il en a déjà mangé, mais n’en a jamais fait. Il nous regarde préparer les premières, puis nous demande s’il peut essayer. Et bien il se débrouille comme un chef ! La soirée s’éternise à écouter alternativement chanson française et japonaise, puis nous allons chacun nous coucher en attendant le lendemain avec impatience.
Il est 9h direction la colline du Fushimi Inari. Ce temple est dédié au dieu Renard associé à la réussite. Le temple est situé au sommet d’une colline, donc, et d’innombrables chemins y mènent. Mais le plus impressionnant, c’est que chaque chemin est couvert sur sa quasi-totalité de portes orange plus ou moins grandes.
Bienvenue au Fushimi-inari, on sonne les cloches pour prévenir de notre arrivée
En bas de la colline nous apercevons de nombreuses femmes en kimono venues prier. De nombreuses femmes font également la queue pour aller soulever une pierre sphérique après avoir fait un vœu. Shuji nous explique que les femmes doivent essayer de deviner le poids de la boule avant de la soulever. Si leur estimation était correcte, leur vœu se réalisera ! Il est donc amusant de les regarder faire : certaines n’y mettent pas assez de force tandis que d’autres en mettent beaucoup trop. La stupeur se lit souvent sur leur visage. Il ne doit pas y avoir beaucoup de vœu exaucé par ce biais.
Avant de soulever
Visiblement c'est raté...

Après cet interlude, nous commençons à marcher en direction des portes. La ballade est enchanteresse et dure presque 2 heures. De petits lieux saints sont également disséminés, parfois au bord d’une pièce d’eau ou simplement le long du chemin. On peut y acheter des portes orange de toutes tailles. Les plus petites font 10cm, coutent tout de même et 10€ doivent être laissées au temple, les plus grandes qui sont installées sur les chemins de la colline vont jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Il s’agit en réalité d’offrandes pour la réussite. En effet nous remarquons les gravures sur ces grandes portes des noms d’entreprises parfois très connues ! Nintendo, Suzuki, etc… toutes les grandes entreprises nippones ont leur porte !
Des portes à perte de vue

Shuji quant à lui nous raconte mille anecdotes et nous explique les traditions cultuelles japonaises. Nous nous joignons même à la masse de pèlerins pour faire une petite prière en sonnant les cloches du temple. 
Un mini temple sur la colline

Une prière de Shuji

Il est l’heure du déjeuner, nous repérons un petit restaurant traditionnel offrant une vue sur la ville pas très loin du temple. Nous prenons un déjeuner rapide, et après moult argumentations, nous finissons par avoir le droit d’inviter notre guide/hôte !
Au restau, c'est l'heure d'affluence

Nous passons l’après-midi à errer sur les chemins tortueux de la colline, puis allons faire un tour en ville toujours avec Shuji, qui nous fait découvrir une amusante galerie commerçante. Sibylle toujours à la recherche d’un Kimono qu’elle pourrait accrocher au mur ne trouve malheureusement pas son bonheur… Cette quête au Kimono durera tout le voyage et impliquera de nombreuses heures d’ennui et de malaxage de tissus…Quant à moi j’ai compris que je ne pourrais pas ramener de véritable Katana (sabre japonais), je cherche donc des idées de souvenirs, sans grand succès.
Les étals du marché, des tongs en bois et du poisson séché
Pour diner, Shuji nous propose d’aller manger des sushis, ce qui nous convient parfaitement ! Il connait un bon restaurant familial où les sushis arrivent sur un tapis roulant. Le restaurant étant très populaire il y a 15-20 minutes de queue, ce qui tombe plutôt bien car il y a un magasin Uniclo juste à côté ! Je profite donc de cette attente pour aller me racheter un stock de fringues, pantalon, polo, pull tout y passe ! Encore 5 minutes d’attente et ENFIN ! A table !
Les Sushis arrivent à notre table et rien ne passe. On essaye les classiques : saumon, thon, avocat, etc… et puis on essaye de nouvelles choses aussi comme le thon blanc, la partie la plus grasse du poisson et la meilleure. Les petites assiettes s’empilent sur notre table et commencent à former de belles colonnes. On apprend que les sushis ne parcourent que 300m de tapis roulant avant d’être jetés, afin de garantir une fraicheur optimale, et en effet ils sont tous délicieux !
La pile d'assiettes commence à grimper !
Vient enfin le moment de payer, comme nous pensions inviter notre hôte nous ne nous étions pas restreint et avions mangé jusqu’à n’en plus pouvoir. Mais comme nous aurions dû nous en douter, la générosité de Shuji l’obligea à nous inviter, et nous aurons beau négocier, impossible de venir à bout de sa résolution…
Quelle journée !
Le lendemain, nous irons visiter une bambouseraie à quelques kilomètres de la ville. Une jolie balade apaisante malgré le temps maussade, et surtout qui nous a permis de découvrir un joli petit village ou je repère dans une petite échoppe de jolis pendentif en porcelaine peinte que nous offrirons à nos mères. Ce village charmant au bord de l’eau respire le bon air et la qualité de vie y parait idyllique, et nous y passons la journée à flâner dans ses petites rues.
La bambouseraie

Un village paisible
Nous rentrons le soir et attendons que Shuji rentre du travail. Tristement il ne revient que vers 23h. Nous lui annonçons que nous partons le lendemain et le remercions chaleureusement pour son accueil inoubliable.
-        Comment ? Mais vous partez demain ???
-        Bah, oui…. Comme nous te l’avions dit…
-        Aaah, mais je croyais que c’était après demain !
-        … Nous aussi sommes désolés de partir.
-        Mais vers quelle heure partez-vous demain ?
-        Vers midi, pourquoi ?
-        Pouvez-vous attendre que je revienne pendant ma pause déjeuner ?
-        Bien sûr ! Veux-tu déjeuner ensemble ?
-        Oh non je n’aurai pas le temps de déjeuner, mais voyez-vous, je voulais vous offrir un cadeau et pour vous faire la surprise je l’ai laissé au bureau. Je comptais vous les offrir demain soir !
-        Ooooh… Mais il ne fallait pas ! Bien sûr nous t’attendrons demain !

Vous imaginez notre angoisse, notre hôte qui nous a hébergé gratuitement pendant une semaine veut nous offrir un cadeau, tandis que nous n’avons même pas pensé à lui donner quelque chose…
Bref nous trouvons dans l’urgence une solution en lui réalisant une compil’ de chansons françaises portant sur le thème de l’amitié, qu’on enregistre sur une clé USB, pendant la matinée, et quand il arrive, nous avons quelque chose à lui donner en échange.
En échange de quoi ? Et bien il nous offre une paire de petits balais à tatami fabriqué par une boutique de Kyoto qui existe depuis plus de 200 ans ! Notre cadeau est bien petit à côté…
C’est donc le cœur gros que nous lui disons au revoir, mais avec la ferme intention de le recevoir à notre retour de France !
Merci Shuji et à très vite !
La gare futuriste de Kyoto



samedi 9 janvier 2016

Himeji 姫路城: le Versailles d’Osaka



Himeji est aussi loin d’Osaka que Versailles l’est de Paris. Il nous fallait donc prendre le train de banlieue.

Alors que nous n’avions pas énormément de temps, nous avions acheté quelques sandwich à la gare et avions prévu de « déjeuner » dans l’équivalent du RER, version Japonaise.

Sauf qu’en réalité, le simple fait que la version du RER soit japonaise change tout le principe du truc : le RER était niquel, pas un tag, pas une racaille.

Une fois assis, nous ouvrîmes nos sanwich.
Dès la première bouchée, nous nous sentions gênés. Ici personne ne mangeait dans le RER. Ca nous semblait même sale de faire ça ici… Nous rangions le tout dans notre sac plastique et remettions à notre arrivée notre déjeuner pressé.

D’ailleurs, ce n’était pas que le RER qui était impeccable au Japon : tous les transports semblaient neufs et leur utilisation relevait souvent de l’exploit.

Par exemple, à l’entrée des métros, nous avions des machines qui assuraient la vente des tickets dont le fonctionnement était assez complexe.
 Déjà, ca se présentait quasiment comme un tableau de bord d’avion : des boutons partout : A droite et à gauche de l’écran. Ensuite le prix n’était pas le même en fonction des lignes empruntées (même quand celles-ci se situaient dans le même secteur) car l’exploitation de chacune des lignes relevait parfois d’entreprises privées différentes. Plus précisément, au sein d’une même ville on avait des lignes de métros qui pouvaient être exploitées par 2 ou 3 entreprises privées distinctes, pratiquant, chacune pour leurs lignes, leurs propres prix. Je vous raconte pas le délire lorsqu’on devait changer de ligne en passant d’une ligne exploitée par l’entreprise X à la ligne exploitée par l’entreprise Y. On était contraints de faire des calculs Einsteiniens pour déterminer le prix des tickets. C’est limite si on ne sortait pas le compas et l’erlenmeyer!

Mise à part ce casse-tête chinois (qui était en réalité japonais), que je laissais volontiers à Flo avant de le féliciter sincèrement, je tiens à mettre un terme à de fausses idées reçues sur le Japon et ses transports : Non les métros et autres transports n’étaient pas, pour la plupart, des bijoux technologiques.

Les machines à tickets avaient au moins une quinzaine d’années, et si elles étaient à la pointe de la technologie au moment de leur installation -au moment où nous nous avions encore des êtres humains pour nous vendre nos tickets- elles sont à ce jour quelque peu passées de mode. Les rames de métro et de RER suivaient le même régime.

Quoi qu’il en soit et dans la mesure où tout était dans un état impeccable, nous savourions notre qualité d’utilisateurs des transports publics. C’est sure que c’est pas la RATP qui pourrait se vanter, d’un tel compliment !
A la sortie en gare d’Himeji, le chemin nous était tout tracé : il y avait la rue principale, légèrement montante et en haut l’Himeji Castle. Je vous dis c’est tout pareil qu’à Versailles !

C’est beau. Mais c’est pas une raison pour refuser l’appel du ventre ! Alors à peine sortis de la gare, nous entamons nos sandwichs et autres mets. Les batteries rechargées on part à l’assaut de l’imprenable château.

Ouf les travaux semblent finis : pas de trace de l’échafaudage qui est sensé entourer le donjon principal.

Ouf... plus de travaux sur le Château!
Oui, oui, mais non : les travaux de rénovation extérieure sont finis mais pas les travaux de rénovation intérieure. On ne pourra pas visiter le donjon principal et on se contentera des couloirs, de quelques tourelles, des majestueuses portes et de la balade autour dans le labyrinthe des fondations.

On chausse les petits sacs plastiques imposés à l’entrée et c’est parti. Bon pour tout vous dire l’intérieur de la forteresse est complètement vide : Nous sommes déçus. On en est persuadé: le beau mobilier doit être dans le Donjon principal. Plus tard dans notre voyage, nous apprendrons que les châteaux Japonais n'avaient que des fins défensives et ne servaient jamais d'habitat de sorte qu'ils étaient tous vide de meubles et d'histoires familiales!
Nous nous contentons donc du bâtis qui est pas mal: un beau bois se mélangeant avec les murs blancs.

L'intérieur: un peu vide quand même!

Après avoir bravé un dédale de couloirs vides, nous parvenons à une plus grande salle où une petite mise en scène nous attendait.

La p'tite mise en scène
En réalité le château était beaucoup plus instructif et impressionnant de l’extérieur. Il était construit sur d’énormes fondations de pierres entre lesquelles on pouvait déambuler, vêtu de murs bancs comportant des meurtrières triangulaires, rondes ou carrées ainsi que des mâchicoulis, et chapeauté de tuiles en céramique aux armes du Seigneur des lieux.

Les fondations, les murs, un mâchicoulis, et quelques tuiles en céramique.
Le toit du donjon était en outre surmonté de créatures des mers figurant des sortes de dauphins qui avaient vocation à protéger le château des incendies.

Bien que l’imposant complexe ne servait qu’à des fins défensives et de guerre (et non comme lieu de vie des Seigneurs), la ballade entre ces constructions avait quelque chose de paradoxalement apaisant.

A peine imposant...
Pour prolonger l’apaisement, nous décidons de visiter le jardin jouxtant le Château. Le Lonely Planet n’est pas très élogieux à son égard mais nous sommes tout de même tentés de voir ce qu’est véritablement un jardin japonais.

Il s’agit du Jardin Kokoen, (non non, il n’est pas l’œuvre d’un juif bègue), mais d’un jardin créé en 1992 en respectant les techniques de jardinage de l’époque Edo…

Je dis « un jardin » mais il s’agit en réalité de 9 jardins, tous plus beaux les uns que les autres. Le Lonely nous avait menti : nous n’avions jamais vu des jardins aussi beau, les couleurs se mélangeaient parfaitement et ce d’autant plus que nous étions en automne. Les éléments, l’eau, la pierre, les plantes et les arbres se réunissaient dans la proportion idéale. Les essences végétales se mariaient de la manière la plus harmonieuse.

L'art des japonais
Si les jardins à la française constituent l’illustration la plus évidente de l’intervention de l’homme (et de la géométrie) sur la nature, si les jardins anglais se veulent être l’exemple d’une  nature non domestiquée accentuant le caractère naturel de la chose, le jardin Japonais est le jardin de l’harmonie : du naturel calculé.
Ni le calcul, ni le naturel n’est surabondant. Tout réside dans les proportions.

Du naturel calculé
Alors que nous sommes à la fin de notre voyage, nous dressions depuis quelques temps -et de manière inconsciente- un bilan, une comparaison entre les contrées d’Asie et le Vieux continent. Nous étions unanimes : l’architecture du Vieux continent détrônait celle des pays d’Asie (d’extrême Orient, car l’Inde était à part dans ce classement), pour les paysages, l’Europe perdait au profit de l’opulence et de la richesse de cette nature asiatique.
Et maintenant, il y a un nouveau critère dans notre classement : les jardins. L’art du jardin est dominé, de très loin, par le seul Japon.

Avant, je disais volontiers à qui tentait de mon convertir à la main verte (maman, belle-maman, si vous ne vous reconnaissez pas c’est que vous faites un déni), que le jardinage et tout ce qui y avait attrait ne m’intéressait pas, je ne m’interrogeais pas sur l’identité d’une plante, sur ses caractéristiques, sur ses besoins etc... Désormais, ici au Japon, je m’interroge. Quel est l’arbre qui donne des feuilles aussi rouges ; Non pas le rouge cramé d’un automne français, qui s’apparente à un marron sans vie. Le rouge vif et pur. Quel est celui qui, loin de revêtir l’aspect terne du jaune paille, se pare de feuilles d’or ? 

Le mariage parfait des couleurs
Ici au Japon, nous découvrions que le Jardin était un art ; qu’il pouvait provoquer des émerveillements, des rêveries. Qu’il méritait d’être regardé en lui-même dans ses moindres détails, et qu’il ne servait pas forcément d’écrin pour une architecture ou pour des animaux.

Félicité

Arrêt sur un pont de bois
Dans ce jardin Kokoen qui fut en quelque sorte notre baptême, nous déambulions nonchalamment de jardins en jardins en nous extasiant sur les espaces réservés aux pins, aux bambous, aux érables, aux petits ponts de bois, sur des chaînes gouttières qui pendaient de certaines maisons traditionnelles plantées là, sur le positionnements des pas japonais, des pierres volcaniques, sur les puits et sur les bassins de pierre. Tout était apaisant ; même les couloirs séparant les jardins !

Les couloirs séparant chacun des jardins
Séparations en bamboo
Nous décidâmes, d’y rester jusqu’au coucher du soleil ;

Une fois que ce dernier fut dans les bras de Morphée,  nous entamèrent notre chemin vers le retour à la réalité, vers la gare, la tête dans les nuages. Dans ces mêmes nuages, le voyage des étourneaux nous captiva un instant et puis la réalité nous tira de nos nuages.


Train pour récupérer nos affaires à Osaka, chez Sam, puis train à nouveau direction Kyoto où l’une de nos plus belles rencontres nous attendait : Shuji, notre hôte à Kyoto. 

mercredi 30 décembre 2015

OSAKA 大阪市: Notre arrivée au Japon où le commencement de notre voyage de Chihiro

La veille de notre départ au Pays du soleil levant, nous vidions nos gros sacs dans la guest house de Shanghai, la balance à nos pieds.
Le billet d’avion était très clair : maximum 10 kilos de bagages. Nous en avions plus de quinze. Un tiers de notre sac devait donc dégager. Le moindre objet non vital (autre qu’un souvenir) devait donc être écarté.

Nous avions du mal à y parvenir. Finalement la solution s’imposa : nous devions recourir à la technique de l’oignon : il fallait que nous superposions nos fringues sur nous, afin qu’elles échappent au dangereux verdict de la balance de l’aéroport.

A ce problème du poids, s’ajoutait celui de l’heure trop matinale du décollage, vol en charter oblige.
Là encore on optait pour une solution risquée mais économe (le prix du taxi aurait réduit à néant les avantages du vol en charter): prendre le premier metro, sortir à la station voulue, puis courir jusqu’à l’arrêt de la première navette du matin pour l’aéroport. Il ne fallait pas la louper car la navette suivante partait une heure après : ç’aurait été trop tard.
C’était tendu, nous étions coincés entre l’heure de départ du premier métro (depuis notre hôtel jusqu’à l’arrêt de la navette) qui était assez tardive et l’heure de départ de la navette (pour l’aéroport) qui était assez matinale. Pour être certains de notre coup, il fallait répéter l’opération. La veille nous avions donc effectué notre itinéraire, repéré les lieux (en notant l’emplacement de l’arrêt de bus, le numéro de la sortie de métro la plus proche de cet arrêt…) et chronométré le tout. Verdict chronométrique: nous avions 4 minutes de battement.

Le lendemain, aux aurores, nous enfilions chacune de nos couches de vêtements, et nous voilà partis à refaire l’itinéraire de la veille, tout en croisant les doigts pour qu’il n’y ait aucun pépin de parcours : 4 minutes de battement, c’est pas large quand même ! Lorsque le métro nous déposa à la bonne station,  les deux bibendum que nous étions foncèrent jusqu’à l’objectif. 
Objectif atteint: Nous avions embarqué à bord de la navette! Ouffff.
Le temps du trajet de la navette on se déshabille un peu (bah ouais on crève de chaud avec toutes nos couches de fringues) et on décompresse.  
Juste avant de faire enregistrer et peser nos bagages, on leste notre dernier bien, devenu superflu: le Lonely Planet de la Chine qui pèse une tonne et que nous avions eu tant de mal à trouver en français... L'avion décolle. 

Japon. Enfin ! Nous l’attendions, nous le rêvions, nous y voilà. Nous sommes à l’aéroport d’Osaka et déjà nous ressentons le raffinement de ce peuple.

Pendant que Flo est parti acheter une carte sim, pour joindre Sam,  notre hôte à Osaka, j’en profite pour me refaire une beauté aux toilettes de l’aéroport. Ben oui, ici c’est ultra civilisé alors fini la nonchalance et la négligence à la chinoise ! le maquillage est de rigueur et je prend mon temps … Oui, je savoure la propreté des lieux, une propreté que n’avais pas ressentie depuis tellement longtemps.

Ça y est je suis prête. Je remonte pour rejoindre mon Floflo  que je vois entrain de courir à ma recherche dans le hall de l’aéroport… Flo qui court ; c’est pas normal : Il y a forcément quelque chose qui cloche. Il m’aperçoit et me lance un regard énervé.

« - mais qu’est ce que tu foutais, ça fait une heure que je te cherche, j’ai eu Sam au téléphone, il m’a indiqué le bus à prendre et vu que t’as mis trois plombes aux chiottes, on vient de le louper ».

Comprenant que je ne pouvais pas confesser mon pêché comme il s’était produit, je feins l’innocence « mais Flo, je suis juste allée aux toilettes et il y avait la queue ! Qu’est ce que tu voulais que j’y fasse ? Tu sais bien que je ne peux pas aller aux toilettes dans l’avion ! (oui, il me semble opportun d’user de ma peur de l’engin pour me disculper)». Malgré mon blush et mon rouge à lèvres, qu’il ne remarqua même pas (comme d’hab quoi) Flo goba mon excuse.

Bon et bien puisque nous avions le temps, il nous fallait comprendre comment marchait la réservation de nos tickets de bus qui nous permettraient de nous rendre au centre ville.

L’organisation est quelque peu complexe mais très stylée : il y a la machine à tickets de bus, bon jusque là on est pas dépaysés, puis la queue à l’arrêt de bus (non non les gens ne se placent pas comme ils veulent à l’arrêt, mais dans l’ordre d’arrivée), il y le contrôleur-étiqueteur qui n’est pas habillé avec l’immonde costume vert chiasse de la RATP mais en bleu marine et blanc avec, s’il vous plait, des gants blancs impeccables.

Son rôle ? Il ramasse nos tickets, nous en donne d’autres (sortes de bons pour la place n° tant), sur lesquels une partie détachable permet d’étiqueter notre sac au même numéro que notre place… Ça c’est de l’organisation.
Le bus arrive.
Pour l’accueillir, le contrôleur étiqueteur  s’inclina jusqu’à ce que le conducteur ait éteint son moteur. Les portes s’ouvrent. Le conducteur, également en costume bleu marine et blanc et gants blancs, descend. Il se retrouve face au contrôleur- étiqueteur. Au même moment, chacun d’eux s’incline devant l’autre, dignes, les bras le long du corps. Le contrôleur-étiqueteur ouvre la soute et place les bagages des passagers (je vous rappelle qu’il ne s’agit là que d’une navette allant de l’aéroport au centre ville hein) selon un ordre bien précis.

Pendant ce temps, le conducteur accueille les passagers à bord.  Alors que l’heure du départ approche, le contrôleur-étiqueteur, se tient droit comme un « i » sur le quai tandis que le conducteur attend ses instructions. A l’heure dite l’homme sur le quai articule ses bras d’une certaine manière pour avertir le conducteur du top départ. Le conducteur s’exécute et pendant tout l’instant où le bus quitta la gare routière, l’homme du quai demeura incliné, pour souhaiter bon voyage au véhicule.

Nous étions fascinés pas une telle organisation emprunte d’un respect, d’une dignité et d’une classe que nous n’avions jamais vue  de notre vie.

Le Japon commençait fort. Très fort, et ce n’était que le début !

A l’arrivée à notre station de bus, nous faisions la connaissance de Sam, notre hôte à Osaka.

Ici quelques explications s’imposent… Comment ça on  avait un hôte à Osaka ? d’où ?

C’est très simple, alors que c’était notre rêve d’inclure le Japon dans notre Tour d’Asie, ce rêve avait un prix : le coût de la vie japonaise. Il fallait donc que nous économisions quelque part. Les transports ? impossible on voulait bouger comme on l’entendait : dans un voyage il ne s’agit pas de rester cloué sur place. La bouffe ? NEVER, c’est trop important pour nous, petits français qui avions quitté saucissons et fromages depuis 11 mois déjà. Il ne restait plus que le Dodo. Oui ça on s’en foutait. On avait juste besoin de 4m2 à nous deux pour nos heures de sommeil nécessaires, un endroit ou se laver et pour le reste, à la one again et bistoufly !
Et justement pour le dodo, on avait un plan, dont nous avaient parlés certains voyageurs : le couchsurfing.

Le principe ? dormir chez l’habitant quelques nuits, et ce gratuitement. La motivation des hôtes ? Partager, rencontrer, s’enrichir, bref de nobles sentiments.

Lorsque nous étions encore en Chine, nous nous étions inscrits sur le site internet de couchsurfing et avions effectué nos demandes d’hébergements pour nos futures destinations japonaises.

Pour Osaka, ce fut Sam qui répondit favorablement (et le premier !) à notre demande.

Et là, à l’arrêt de bus nous le rencontrions.

Je ne sais pas si « Sam c’est celui qui ne boit pas », mais ici Sam c’était celui qui mangeait. A première vue (et même à deuxième et troisième et toutes les autres vues quoi), Sam était un ogre. Il avait de longs cheveux frisés, une pré-barbe et … des Croc's! Ce professeur d’anglais, un américain expatrié, nous accueillit chaleureusement et nous accompagna chez lui à la vitesse d’un escargot. Il habitait une « grande maison », pour le Japon, au sein de laquelle il vivait avec ses deux chats.
Il nous indiqua notre chambre (non non nous n’étions pas sur le BZ du salon mais bel et bien dans une chambre d’ami). Nous étions aux anges : une chambre rien que pour nous avec le même canapé lit ikéa qu’à Paris. Dommage de ne passer qu’une seule nuit dans cette maison à l’aménagement plutôt occidental qui commençait à nous manquer. Mais c’était prévu comme ça : nous avions échelonné un programme au millimètre près et pas question d’y échapper.

Sam: Un Ricain au Japon
Sam nous proposa d’aller chercher quelques trucs à grignotter (enfin … pour nous à grignoter, et pour lui à dévorer).

La superette était, pour nous, une mine d’or : des sushis, des sashimis, des makis partout, des œufs, du beurre, de la farine, bref des aliments que nous connaissions et qui nous faisaient envie ! On optait pour les spécialités japonaises au poisson frais.

Comme à la gare, et finalement comme partout au Japon, les employés de la supérette étaient polis, professionnels, joliment habillés pour leur service, et … ne cherchaient en aucun cas à nous arnaquer. Chaque produit avait un prix affiché (banal pour nous mais pas pour l’Asie), pour lequel on avait pas besoin de se fatiguer à négocier, et systématiquement nous avions un « ohayo gozaimass» soit un « bonjour » à l’entrée de chaque magasin et un « aligato cosaimasta », c’est à dire un « merci beaucoup » à la sortie, chacun de ces termes employés à l’aide d’une voie nazillarde et enfantine que l’on entend que dans les Mangas en VO.

Oui c’est ca nous étions dans un Manga, dans une BD, dans un monde imaginaire où tout paraît beau, courtois, élevé, civilisé au maximum pour l’humble voyageur que nous étions. Nous vivions notre voyage de Chihiro à nous !



A la sortie de la supérette, on faisait part de notre étonnement, sur ce mode de vie, à Sam pour qui tout était banal puisque quotidien. Mais il consentait effectivement que le peuple Japonais était bien plus respectueux et honnête que d’autres.

« Il n’y a quasiment jamais de vol au japon.  Ici, si vous laissez votre portefeuille sur une table pour la réserver le temps de faire quelque chose, personne ne vous le volera » Nous informait-il.

Plus tard, au cours de notre encas partagé, nous lui faisions part de notre programme du lendemain lequel devait se terminer par un train pour Kyoto. Nous en profitions  alors pour lui demander à quelle heure il souhaitait que nous quittions sa maison, sachant qu’il partait bosser tôt le matin et qu’il ne reviendrait le soir qu’après le départ de notre train.
A notre grand étonnement Sam nous dit de partir quant on le voulait. 

« - Mais comment allons-nous faire pour refermer la porte derrière nous car on ne va pas embarquer tes clef à Kyoto ?
-       Ohh ne vous inquiétez pas, poussez la porte sans la fermer à clef (pour info c’était une porte avec une poignée, qu’il suffisait de pousser pour ouvrir). Une fois j’avais perdu mes clefs et j’ai fais comme ça pendant deux semaines. De toute façon, comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de vol ici »…

Nous étions abasourdis, par tant de confiance en l’homme ; Cette même confiance que notre culture et nos expériences de vie nous empêchaient d’avoir.

Cette confiance en l’autre, cette absence de crainte n’était pas propre à Sam, mais à tous les Japonais que nous avions (et allions) rencontré.

Alors que Sam devait travailler ce soir là,  nous nous rendîmes dans le quartier d’Umeda, quartier moderne et d’affaires d’Osaka pour admirer l’incontournable « Umeda sky building ».

A l’arrivée à la station de métro adéquate, nous nous retrouvions nez à nez face à la très belle gare d’Osaka, du moderne aérien tel que nous avions appris à l’apprécier depuis Singapour. Une gare à laquelle nous devions nous rendre dès le lendemain pour la visite d’Himeji Castle, l’un des quatre « Trésor nationaux», et l’objectif de notre escale à Osaka.

La gare
Nous nous perdions ensuite dans le dédale des Malls que nous devions a priori traverser pour arriver à l’Umeda sky building. Rien y faisait, on ne le trouvait pas ! On demanda notre chemin chez un papetier qui ne semblait pas le connaître et qui demanda lui même à sa collègue. Celle-ci nous donna un plan et nous indiqua un itinéraire à suivre.

Nous le suivions scrupuleusement jusqu’à ce que nous soyons amenés à emprunter un escalier qui nous força à nous arrêter. 

En bas de l’escalier attendait une foule dont les yeux, et les objectifs, étaient rivés sur une coulée de citrouilles illuminées, laquelle s’étalait sur les marches.

« Ahhhh !! regarde c’est pour Halloween ! » M’exclamais-je.

Sam nous avait prévenu, les japonais raffolent d’Halloween et redoublent d’imagination pour célébrer ça. Pour nous mettre dans l’ambiance, Sam nous avait d’ailleurs montré le masque (enfin… le casque !!!) qu’il avait lui même fabriqué pour la fête de l’année passée : un truc de malade en papier mâché !

Ici non loin de la gare d’Osaka, en plein quartier d’affaire et autour de notre fameuse coulée de citrouilles, s’affairaient des hommes vêtus en habits et en casques de chantier et dont la face était cachée par un loup vénitien.


Quelque-chose se prépare.

Quelques sorcières firent leur apparition.

Il allait se passer quelque chose c’était certain. Pour profiter de ce que nous soupçonnions être un spectacle, nous décidâmes de grossir la foule en contrebas…

Après une dizaine de minutes d’attente et alors qu’on commençait à se demander s’il allait se passer quelque chose, les « hommes de chantiers » se chargèrent d’énormes bacs de balles de ping-pong qu’ils montèrent à différents niveaux de l’escalier. Puis plus rien.

Cinq minutes plus tard, les baffles se mirent à vibrer de toutes leurs forces et une musique électro ponctuée d’une voix qui hurlait « Pingpongggggg- Pumkins », se répéta indéfiniment.

Sur ce fond lyrique, les hommes de chantiers se dirigèrent chacun vers un bac de balles de ping-pong pour en jeter simultanément le contenu dans les escaliers. On avait une impression d’effervescence dans l’air : des balles folles sautant toutes plus haut les unes que les autres de marche en marche. Une effervescence qui ne s’arrêtait pas tant que tous les bacs n’étaient pas vides.

Nous étions ébahis. Non pas par le spectacle des balles de ping-pong, qui bien qu’amusant deux minutes, ne cassait pas trois pattes à un canard, mais par la réaction de la foule. Tous semblaient captivés, émerveillés. Les flashs d’appareils photos pleuvaient quasiment autant que les balles ; les « ouhaaaa » ne s’arrêtaient pas.

le show des balles de ping pong
Ce ne fut que lorsque la dernière balle s’arrêta de sauter que nous quittions notre spectacle d’une foule captivée par pas grand chose. Nous étions épatés par la capacité des japonais de faire d’un non-événement, un événement. C’était très fort !

L’attente et le spectacle nous avaient creusé l’appétit et là, au beau milieu du quartier d’affaires, nous décidâmes d’explorer le ventre de l’une des tours de verre.

Certaines faisaient office d’immenses Malls : on devrait bien y trouver un restaurant. Bonne pioche ! L’un des Malls mettait tout un étage au service de la restauration. Nous n’avions que l’embarras du choix et évidemment, nous jetions notre dévolu sur un resto de sushis, makis et autres spécialités de la mer ; exit les saveurs prétendument venues d’Italie, d’Amérique et autres terroirs.

Ce qui nous avait convaincu c’était le tapis roulant. Celui qui cheminait entre les tables et sur lequel dansaient les plats qui paraissaient tous meilleurs les uns que les autres.


Le tapis roulant: l'argument!
Nous nous installâmes et cédâmes à nos pulsions : dès qu’un plat qui nous tentait faisait son apparition, on le saisissait ! C’était génial ! Pas besoin d’attendre une cuisson, pas besoin de demander des renseignements à la serveuse sur les ingrédients ou autres : nous avions la bête sous nous yeux. Elle paradait dans le dessin d’être adoptée par l’un de nos palais.

Je dois avouer que rien qu’à me souvenir de ce moment, j’en ai l’eau à la bouche. Le poisson était super frais. Bref c'était super bon!

Le meilleur menu international: le tapis roulant

Au milieu de la table, une sorte de plateau creusé dans le matériau présentait les condiments parmi lesquels l’indétrônable wazabi, ainsi qu’une poudre verte.

« Tiens ça doit être du wazabi en poudre » affirma Florent qui en saupoudrait déjà ses plats. Plus tard dans notre voyage, notre hôte des Alpes Japonaises nous apprit que que la poudre verte était du Matcha : le thé Japonais (qu’il fallait évidemment diluer dans l’eau), et eut un fou rire en apprenant que Florent en saupoudrait régulièrement ses aliments.

En sortant du restaurant, Flo me happa dans l’un des magasins du Mall spécialisé dans les mangas et entama sa quête ; celle qui ne le quitterait pas jusqu’à la fin du voyage : Un Jiraya de naruto et un Mihawk de One Piece. Oui oui, Flo bientôt 30 ans, apparemment sensé dans sa tête, cherchait des figurines de Mangas qui coûtaient un blinde pour en offrir une à son meilleur ami (paye ton cadeau pourri) et l’autre pour décorer son propre bureau (très sérieux tout ça) !
Pour ceux qui ne se rendent pas vraiment compte des dégâts, c’est un peu comme si je recherchais une Barbie sirène et un petit poney … et c’est pas fini : que j’offrais l’un de ces personnages à ma meilleure copine ! 

Le début de notre quête
Heureusement pour moi, nous ressortîmes bredouilles du magasin de figurines et il était temps de rentrer car le lendemain, nous avions au programme la visite de l’Himeji Castle, et notre voyage jusqu’à Tokyo.

Sur le chemin du retour au dodo, nous aperçûmes enfin celui qui avait causé notre déplacement dans ce quartier : l’Umeda sky building.

Mouai bof bof




Il n’avait finalement rien de très impressionnant, mais au moins, on l’avait vu ! Done.

mardi 12 mai 2015

Xiamen 厦门: Les Tulous Hakkas

Après un nouveau trajet d’une vingtaine d’heures, nous arrivons enfin à Xiamen. Comme à l’accoutumée en Chine, c’est à pied que nous tentons de rejoindre notre hôtel. Il fait un soleil de plomb et la distance est … chinoise. Je n’en peux plus. Je m’arrête quelques minutes pour me reposer. Mon sac à dos qui ne fait qu’une dizaine de kilos me semble plus lourd que toutes les pierres de la Grande Muraille. Je bois et, entre deux gorgées, je m’assure que Flo a bien repéré le plus court chemin. « Mais c’est juste là » m’assure-t-il en me montrant l’horizon. J'endosse mon sac à dos. Mon tee shirt est trempé de sueur.

« Tiens regarde, voilà la rue de notre hôtel » m’assure-t-il. Nous sommes dans la rue principale du centre-ville. Nous avançons. Nous ne sommes plus qu’à quelques numéros de notre objectif. Un croisement de rues. Nous traversons. De l’autre côté du passage piéton, les numéros des immeubles ont pris une centaine d’un coup. C’est pas possible ! Comment le simple fait de traverser une rue nous fait passer du numéro 92 au numéro 207 ?

Car justement, notre hôtel est sensé se situer dans l’intervalle manquant. On multiplie les traversées de la rue pour tenter d’élucider le mystère. Rien à faire. On ne comprend plus rien. Flo va voir la balayeuse de la rue qui lui fait comprendre qu’il nous faut remonter la rue, bref revenir sur nos pas. Plus tard, un policier nous la fera redescendre. Nous nous retrouvons au cœur du problème : au milieu de ce passage piéton qui fait prendre à la rue plus de cent numéros d’un coup !
Bon, et bien on va quitter cette rue qui est censée être la nötre et on va tourner à gauche. Grand bien nous a pris car après une cinquantaine de mètres, une dame reconnaissant notre qualité de voyageur, sueur oblige, nous fait signe de la suivre. Elle tourne encore à gauche (donc si vous me suivez bien on se retrouve sur une parallèle à la rue problématique) et nous montre un petit bâtiment bien chinois restylé à la mode des « Cyclades » : Nous avions une façade blanc immaculé, des portes et fenêtres bleu électrique, et même un faux moulin grec miniature. Du loufoque dont seuls les chinois ont le secret (Et surtout qu’ils le gardent !). Après un repos très bien mérité dans notre cabine du même style, on part à la découverte de la ville. La visite des Tulous (cause de notre escale à Xiamen), on l’organisera ce soir, ca ne devrait pas être compliqué !

On arpente donc les rues de cette ville de bord de Mer ; une ville axée autour d’une rue principale la Zongshan lu (encore elle), à l’étrange style « colonial chinois » : ce style rencontré essentiellement en Malaisie et qui ne correspond en rien au style chinois traditionnel.
Nous avons l’impression d’être dans une sorte de Biarritz Chinois, une ville du début du XXème, aujourd’hui dédiée au tourisme de masse chinois.
J’ai bien dit Chinois ! Car tout au long de notre séjour à Xiamen, nous n’avons croisé aucun Européen !

Etonnamment nous apprenons que si les touristes Chinois se pressent à Xiamen ce n’est absolument pas pour visiter les Tulous, ces maisons-villages de terre cuite classées au patrimoine mondial de l’Unesco, mais pour se rendre à l’ile de Gulangyu située à moins d’un quart d’heure en bateau. Nous n’avions pas prévu la visite de ce site et pour cause le Lonely ne lui décernait qu’une étoile. Pourtant les avis chinois sont formels Gulangyu est LE site à visiter, la perle du coin. Le personnel de notre hôtel achève de nous convaincre : il s’agirait d’une île rassemblant d’anciennes belles demeures occidentales ; les hôtels particuliers s’y bousculeraient. Bingo, après 10 mois hors des repères de notre Cher Vieux Continent, il n’en fallait pas plus pour nous décider.

Nous visiterons donc les Tulous et Gulangyu.

Préparons tout ça ! Pour Gulangyu, aucun problème, il nous suffira de prendre le ferry sur le quai au bout de la Zongshan lu. Il y a des ferrys tous les jours à environ toutes les heures.

Pour les Tulous, c’est pas le même délire ; Notre Lonely nous avait menti ! Selon lui Xiamen était la ville dortoir permettant de visiter les Tulous. Sauf que pour rejoindre les Tulous depuis Xiamen, il faut calculer 3h30 de route en transport direct bien entendu. C’est ça une ville dortoir ?
Mais la cerise sur le gateau devait arriver : Pour se rendre par nos propres moyens (comme tout bon backpacker veut faire) à ces maisons-villages, il faut se lever à 5 heures du matin, prendre un bus, puis un van, puis marcher 4 km jusqu’à l’arrêt d’un autre bus, dont le passage est aléatoire… Arrivée sur place prévue à 12h00 et départ pour Xiamen prévu à 14 heures, car sinon on risquerait de louper l’un des maillons de cette infernale chaîne de transports et de nous retrouver au beau milieu de nulle part où dormir. On consulte internet. Rien. Pas une information plus pertinente. Parfois des bloggers nous conseillent de remplacer certains bus par des trains, mais le résultat est le même. On arrive à 12 h et on doit repartir à 14 heures.

Ca c’est un os… Allons dîner histoire de digérer cette nouvelle. Dans un bouiboui de l’une des perpendiculaires de Zongshan lu, on goutte une espèce d’énorme bulot frit saupoudré de sortes d’herbes. Pas mauvais du tout ! On se détend un peu dans la rue principale où les animations se déploient pour étourdir le touriste chinois qui, comme hypnotisé, se sépare aisément de quelques yuans. On rentre nous coucher. Dans le lobby de l'hôtel, une pancarte nous saute aux yeux ; elle affiche les photos des Tulous. L’hôtel organise donc des tours pour la visite de ces bâtisses. L’idée ne nous séduit pas. J’en fais une question de principe : On ne va quand même pas participer à un voyage organisé et suivre le parapluie d’un guide ! Bon de toute façons ça ne coûte rien de prendre quelques renseignements me souffle Flo en se dirigeant vers le comptoir. Il en revient avec toutes les explications, selon le tour choisi.
L’idée fait son chemin mais nous (je) ne sommes pas encore prêts à accepter de faire partie d’un groupe de touristes. Nous (je) décidons donc de nous laisser une journée supplémentaire de réflexion : la visite de Gulangyu le lendemain fera l’affaire.

Le lendemain, nous nous rendons donc à l’embarcadère de Xiamen.

-       « Tiens regarde, une mariée » dis-je à Flo en attendant le bâteau.
-       « Ah ouai ! T’as vu il y en a une autre là » me montra-t-il !

Nous débarquons sur l’île qui, aux abords, n’est pas du tout sexy. Nous nous engouffrons dans les petites rues. Moche ! Cette île est résolument moche. On est mort de rire. Tout ça pour ça ! les plaques "moment historique" (élaborées par un organisme chinois bien entendu) nous indiquent ce qui est censé être un bel hôtel particulier. Nous avions des bâtiments de briques ou de béton sans le moindre intérêt. Tous les cinquante mètres, nous croisons un couple de mariés venu avec son photographe pour immortaliser le moment dans un lieux « occidental » croyaient-ils ! On avance au pas de course histoire de vérifier qu’il y a vraiment rien de beau. Rien en vue. Bon et bien… on va retourner à l’embarcadère, et puisque l’intérieur de l’île est sans intérêt, on va longer la mer, ça devrait être plus correct.

Un monument historique?!? Ca? Vous êtes sérieux les gars? 

Et bien pas spécialement. L’eau a une couleur grisâtre et nous avons une vue sur les tours et les grues de Xiamen. Rien de très romantique, et pourtant ! C’est ici que les couples de mariés se font prendre en photo: ils sont tous là, des couples par dizaine, la robe meringue et le voile au vent, à poser sous l’oeil expert de leur photographe. On s’en amuse avant de regagner l’embarcadère et le continent.

Très originale...
Le continent.

Avant de prendre une décision pour le mode d’exploration des Tulous, on se donne encore quelques minutes, le temps d’acheter nos billets de train pour Shanghai d’où partira notre avion pour le Japon.

La guichetière nous informe que le TGV pour Shanghai mettra 5 heures. Cette affirmation nous fit prendre conscience que nous étions à la fin de notre voyage ; elle signifiait que nous n’aurions plus de longs trajets (si ce n’est notre vol de retour pour la France). Au Japon, les transports sont au moins aussi rapides qu’en France. C’en est donc fini des bus-hôtels, des trains de nuits, des trajets de 24 heures sans air conditionné, des trajets rythmés par le passage des marchands ambulants et ponctués par la traversée de paysages fous. C’est à la fois une bonne nouvelle parce que ces longs trajets sont crevants à la longue, et puis parce que la France nous manque, mais c’est aussi une triste nouvelle : notre rêve est doucement entrain de se refermer ; le réveil approche et on sait qu’il sera douloureux !

Pas le temps de laisser la mélancolie s’installer. Pas le temps et pas l’envie. Nous avons fait notre choix pour les Tulous : nous suivrons le parapluie d’un guide !

A l’aube (environ 8 heure du mat quoi), nous descendons à l’accueil de notre Hotel où nous faisons la connaissance de deux jeunes étudiantes SudCoréennes qui ont élu domicile à Shanghai pour l’année universitaire 2013-2014, et qui, comme nous, ont réservé le Tour des Tulous  avec l’Hotel. L’une des personnes de l’accueil nous accompagne là où le car viendra nous chercher.
Le car est rempli de chinois. Pas une seul européen. Les coréennes et nous, nous installons à l’arrière, et profitons du speech tenu en Chinois par la dame au micro à l’avant, pour nous en servir de berçeuse et atteindre les bras de Morphée. Après deux heures sur de larges routes, le car s’engouffre dans les collines. Une heure plus tard, il nous dépose à un petit restaurant au menu unique prévu pour l’ensemble du groupe. Les Coréennes et nous, prenons place autour d’une table déjà pourvue par quelques chinois et goûtons aux mets présentés sur le plateau central tournant. Les Coréennes semblent, tout comme nous, ne prendre aucune plaisir à ingurgiter de la peau de porc frit, des salades cuites trempant dans un bouillon maronnasse, où encore du tofu bouilli. Lorsque nous leur demandons si la nourriture coréenne est vraiment différente de celle servie en chine, elles ouvrent de grands yeux, comme si nous avions proféré une énormité, et s’empressèrent de plaider la cause de leur pays, qui manifestement ne pouvait en aucun cas être comparé à la Chine du point de vue culinaire.

A la fin du repas on nous répartit en petits groupes de 8 personnes et on nous présente notre guide, qui, à ma grande surprise, brandit un drapeau et non pas le mythique parapluie. Il est amusé d’avoir des occidentaux dans son groupe essaye de nous parler. Il nous fait comprendre qu’il est notre guide, et qu’il faut bien se souvenir de sa tête ; ne pas la perdre de vue. La journée promet avec lui !

le drapeau... Toujours suivre le drapeau... Ne pas perdre de vue le drapeau!

Et nous voilà partis en mini van sur les Traces des Tulous (tu= terre ; lou = immeuble), ces ancêtres des HLM version Hakkas. En effet, ces énormes bâtisses de boue séchée, à l’unique porte d’entrée ont été édifiées par les hakkas entre le XVème et le XXème siècle afin de se protéger des dangers extérieurs, parmi lesquels les pillages et les animaux sauvages. Il s’agit de véritables forteresses rondes ou carrées pouvant accueillir plusieurs centaines de personnes, et qui ne présentent quasiment aucune ouverture (sauf haut placées) sur l’extérieur.

Pour nous en mettre plein la vue, notre guide commence par nous présenter l’ensemble de Tulous de Tianluokeng. 5 énormes Tulous  (4 ronds et 1 rectangulaire) que l’on observe d’abord du haut d’une colline avant de partir à leur assaut.

L'ensemble de Tianluokeng

Vu d'une autre colline

méditation sur Tianluokeng et les plantations de thé

Le spectacle intérieur est à l’opposé de celui présenté à l’extérieur. C’est un espace de bois ouvert, aéré, chacune des habitations donnant sur une coursive empruntée par tous, le tout s’agençant autour d’une cour servant d’espace de commerce et de socialisation  qui referme parfois en son cœur le temple des ancêtres, la salle du précepteur et l’estrade de théâtre… C’est aussi beau qu’étonnant.

Intérieur d'un Tulou: ouverture et bois

Extérieur: fermetures et terre
Nous visitons trois des cinq Tulous de l’ensemble. Pour tous une seule règle : ne pas monter dans les étages car ce sont les « appartements » des membres du clan, l’espace « commerce » se situant au rez-de-chaussée. En ma qualité de juriste avertie et d’avocate respectueuse des lois et des règles en tout genre, j’observe évidemment à la lettre les consignes. Flo, ce mécréant ne résiste plus à la tentation. Un escalier le happe vers le haut, et il se retrouve, comme malgré lui vous dira-t-il, à arpenter les coursives des étages, volant de ci de là des clichés interdits…

Ils sont où les escaliers??
D’en bas, je ne le vois pas. Il a disparu et je sais au fond de moi qu’il est en train de fumer une clope avec un local et de lui montrer son portrait sur l’appareil photo ; qu’il reviendra l’air victorieux et fier d’avoir bravé l’interdit.
Explorons le 2ème étage!
 
Vue des étages (où il était interdit de se rendre hein Flo???)
Après la visite de cet ensemble, notre guide nous mène  au temple des ancêtres Zhang, un lieu doté de 23 stèles qui ne nous aura marqué que par la médiocrité d’une sorte de représentation théâtrale pour bébés (on frôle le niveau des marionnettes du Champ de Mars) …

Sur la route du dernier Tulou!
Enfin, notre guide nous demande quelques yuans, prix du ticket du petit train touristique qui devait nous déposer à notre dernière étape, Yuchanglou l’un des plus vieux Tulous de la région, avant de rentrer à Xiamen. Désormais habitués de ces extras non prévus dans le contrat et le prix initial, nous nous taisons et nous délestons des piécettes réclamées. Mais à notre grande stupeur, ce sont les Coréennes qui ne veulent pas céder. Elles en font une question de principe ; un contrat est un contrat et notre tour comprenait l’ensemble des transports utilisés dans la journée ! Une longue discussion s’engage en chinois, puis, comme à l’accoutumée, l’étranger se dépossède de ses richesses pour éviter le scandale… Ils sont forts ces chinois !


Le groupe des étrangers!
Après la visite du massif Yuchanglu, nous retrouvons le car et ses 3 heures de route, et enfin Xiamen à l’heure du dîner.
Florent tente de négocier un MacDo. Ca ne passe pas. Il se rabat donc sur le Subway (oui notre curiosité gustative a des limites, surtout en Chine!). Nous acceptons toutes les 3 (les Coréennes et moi) et ce n’est qu’à la commande que les Coréennes nous avouent que c’est là le premier subway de leur vie. Flo se réjouit à l’idée de ce baptème et s’implique à fond dans l’explication du concept et le fonctionnement des formules. Arffff evidemment il aurait été plus aisé pour lui d’expliquer les règles d’or du MacDo dont il connaît tout les recoins. Mais après tout il maîtrise aussi le sujet  Subway!


Le lendemain, nous partions pour Shanghai, et de là pour notre dernier Pays : le Japon !

Dans le TGV... normal quoi!
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