dimanche 23 mars 2014

Un corps ennemi

Ca y est nous y sommes ! Les portes de Manang s’ouvrent à nous comme pour nous souhaiter la bienvenue à ce premier village de haute altitude. Comme conseillé par tous les locaux et trekkeurs habitués, nous avions prévu d’y faire une halte de 2 jours pour que notre corps s’habitue au manque d’oxygène et produise les précieux globules rouges dont nous aurons besoin pour aller en haut.

Nous étions informés depuis le commencement de notre treck du problème du mal d’altitude qui touchait certains trekkeurs, de ses dangers et ses symptômes (maux de tête et vomissements) mais evidemment nous ne l’envisagions pas pour nous (et moi encore moins pour moi)…

Deux insouciants sur la route
Depuis Pisang, un léger mal de tête me taraude, mais pas suffisamment pour m’en inquiéter aussi me tus-je sur ce mal et parvins-je  sans encombre à Manang.

Entre Pisang et Manang
Une Guest house aux allures chaleureuses de chalet de montagne accepta notre deal habituel de radins (pas de paiement de la chambre mais souper et petit dej sur place) et c’est ainsi que je décidai de me reposer quelques instants pour palier à ce mal léger mais coriace mal. Après dix minutes de repos, le mal de crâne frappait désormais à coups de marteau dans ma tête, mon corps se débarrassa des ingrédients ingurgités dans la journée et toutes mes forces semblaient s’être envolées.

La propriétaire de la Guest House affirmait à Florent que ça touchait beaucoup de personnes à cette étape. J’étais pourtant la seule à vaciller entre ma chambre et les toilettes cette nuit là.

Mon corps ne parvenait pas à garder ne serait-ce que l’eau chaude que m’amenait attendrissement Flo, lequel me répétait qu’il fallait que je m’hydrate. Je voyais dans son regard, qui se croyait pourtant rassurant, que je devais être dans un sale état. A un moment dans la nuit la propriétaire frappa à la porte et annonça à Flo que le médecin des montagnes ne pourrait pas être là avant 4 jours.

-« Si tu ne parviens pas à t’hydrater, comment allons nous faire pour redescendre ? » me questionna-t-il  sans réellement attendre de réponse.

- « Laisse moi un nuit, peut être que demain mon corps se sera habitué»  lui dis-je.

Au rythme des coups de marteaux et entre deux voyages aux toilettes  mes pensées se bousculaient dans ma tête. Je me souvenais de ce jour, la veille du dernier partiel d’un semestre (donc avec déjà pas mal d’heures de sommeil manquantes) où je devais apprendre un poly de 150 pages de droit des transports terrestres et aériens (cours évidemment où je n’avais pas mis les pieds) et pour m’en sortir je m’étais dit : « Il faut voir le truc comme un test : mon corps et ma mémoire me permettent-t-ils d’apprendre un cours en une nuit ? ». Après une nuit de travail, une sieste de 20 minutes et un partiel de 2 heures, j’y étais arrivée ! (Bon en rentrant chez moi je me suis endormie dans le metro mais mon corps m’avait permis ce que je voulais et c’était le principal). Je me souvenais des nombreuses montées de stress que j’avais imposé à mon corps au cours de l’exercice de ma profession ou encore lors de la bataille que j’avais menée contre ma banque, qui après m’avoir formulée une offre de prêt que j’avais acceptée, ne voulais plus libérer les fonds à mon attention. A tous ces moments  mon corps était mon allié le plus fidèle. Il ne m’avais jamais trahi, jamais fait faux bon, il ne se plaignait pas et acceptait tout.

Et maintenant que je me trouvais en montagne, il s’opposait à moi,  il ne m’obéissait plus, il m’échappait, il était devenu mon ennemi contre lequel toute bataille aurait été vaine. POURQUOI MOI répétais-je dans mes sanglots occasionnés par la douleur du mal de crâne et par la constatation de mon échec. Car oui il était évident à présent que je ne pourrais pas monter à 5400 mètres alors qu’à 3500 mètres je me pliai de douleur. Flo tentait de me consoler. Il était là, rassurant. Je ne le croyais pas quand il me disait que tout rentrerait dans l’ordre mais j’aimais entendre ces mots.

Au petit matin et après la nuit la plus longue de toute ma vie, le mal de tête se dissipait. Je parvenais à garder l’eau que je buvais et plus tard dans la journée, à garder les aliments. Avec 12 heures de retard mon corps avait enfin compris qu’il fallait produire des globules rouges. Houra !

Je ne savais plus quoi faire : redescendre ou continuer en espérant que ça ne me reprenne pas. La décision fut pris par Flo « On redescend et c’est pas négociable » m’annonça-t-il. Je savais son envie de voir des Yack depuis le début du treck (les yack se situant au dessus de 4000 mètres) et je le voyais mettre lui même une croix sur ses envies et ses objectifs juste parce qu’il s’inquiétait pour moi. Il ne voulait plus prendre le moindre risque et m’obligeais à ne pas réfléchir sur la suite à donner à notre treck ; sa décision était prise et m’était comme imposée : nous redescendrions.

Deux jours passèrent à Manang avant que je sois complètement rétablie. Au petit matin du troisième jour, nous repartîmes lestés de nos sacs à dos en direction de la descente. Tout au long du chemin du retour je ne cessai de me poser la même question « Avons-nous bien fait de redescendre où aurions nous du persévérer ».

Autour de nous et au fur et à mesure de notre descente les mêmes paysages qu’à l’aller se dessinaient, ceux rocailleux marquant l’altitude passaient lentement le relais à d’autres plus verdoyant en contrebas.

Troupeau de chèvres dans les plaines sèches de là haut
Nous avions beau avoir déjà vu ce décor, nous demeurions impressionnés par tant de majesté. 
Ici des troupeaux d’ânes venant approvisionner les villages, là bas des chevaux en liberté attendaient d’être scellés et des chèvres productrices d’une précieuse laine d’être tondues.

Troupeau d'ânes lestés, à la queue leu leu
Et ouai, ya pas que les ânes qui bossent...
Une glandeuse dont la seule vocation est de faire de beaux poils

Le soir, les petits villages de pierre sombres se coiffaient de cheminées fumantes marquant l’emplacement des diverses cuisines.

Petit thé en préparation dans la cuisine
Puis le  printemps s’empara des arbres indécents de par leur nudité. Les cerisiers étaient de loin mes préférés ; Tantôt blanc, tantôt rose paraissant à la fois si faibles et si forts, ils semblaient habiller de dentelle un paysage ridé et comme fatiguée par les siècles… Que dis-je les millénaires.


Un air de printemps
La couleur qui emménageait nouvellement dans la montagne occupait également les rizières, les champs où paissaient les troupeaux et les humains.

Une porteuse sur la route

En effet, au cours de la traversée de l’un de ces vertigineux ponts qui enjambe la Marsyangdi, un villageois dont le visage était entièrement bleu nous criais par sa fenêtre « Happy Holiday, Happy Holiday ». C’était la première fois depuis le commencement de notre voyage qu’on nous souhaitait de passer de bonnes vacances. Habituellement les locaux nous souhaitent la bienvenue dans leur pays, nous demandent comment nous allons, d’où nous venons… Mais jamais encore on ne nous avait souhaité de bonnes vacances. Quelle âme charitable me dis-je.

L'un des ponts du treck
Le pont-sèche linge
Nous allions arriver dans le village du schtroumf charitable quand stupéfaits nous remarquions que tous les habitants avaient tous la peau colorée de rouge, de jaune, de vert et de bleu. Ils se ruèrent sur nous, nous lancèrent du pigment rouge en hurlant « Happy Holiday». Après quelques secondes nous réalisions ce qui se passait là (et plus généralement dans tout le Népal et toute l’Inde) : C’était la fête indoue d’Holi, ou la fête des couleurs, qui célèbre la venue du printemps et on nous souhaitait un happy Holi day…

Nous allions passer quelques instants à nous « battre » contre les villageois à coups de lancers de pigments et d’eau, avant de reprendre la route et de croiser un nouveau village où nous remettions ça. Le printemps ici s’emparait donc des hommes !

Happy Holi day
C’est la tête et le corps pleins de couleurs que nous quittions ces montagnes pour rejoindre Pokhara puis la vallée de Katmandou.



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