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vendredi 30 janvier 2015

Lac Khovsgol, Хөвсгөл нуур : Route à cheval sur la perle bleue de Mongolie


Oulan Bator. C’est l’élue. Oui, nous l’avons élue la ville la capitale la plus laide du voyage. Mais qu’est-ce qu’une ville laide ?  Pour moi la réponse est simple : c’est une ville dépourvue de toute notion d’urbanisme. Pas d’alignement, pas de cohérence entre les immeubles voisins, lesquels n’ont en commun que les fils électriques qui les lient, pas de véritables trottoirs, une seule route principale rafistolée dans tout les sens.
Heureusement, notre guest-house se situe dans le quartier huppé de la capitale, sur l’une des places les plus chics. Il s’agissait là d’un carré parfait de HLM, au centre duquel est installé un terrain que je dirais vague mais qui est en réalité de jeux. Positionné de manière anarchique sur ce terrain, un immense poteau est chapeauté de quatre haut-parleurs gris. A certaines heures de la journée, ils diffusent une musique aux airs des Cœurs de l’Armée Rouge, en moins beau bien évidemment. En plus simpliste. L’ambiance est étrange et accentuée lorsque la place est entièrement vidée. C’est apocalyptique. 
Si notre première rencontre avec un citoyen Mongol était exceptionnelle, (je fais référence à Erko), ce fut bien la seule. Ici à Oulan Bator, les Mongols ont le sang chaud. Et si ce n’est pas inné, la vodka fera le travail. Plusieurs d’entre eux nous ont même menacés et agressés dans la rue. L’un au prétexte que nous devions lui donner de l’argent pour rester chez lui, il en est donc venu à nous pousser violemment en signe de défi. Les autres passants de la rue s’amusaient de l’incartade et semblaient plutôt du côté du Mongol que du nôtre. Il ne nous restait plus qu’à rebrousser chemin pour éviter un potentiel danger. L’autre agression se produisit dans la même journée et fut moins impressionnante, mais tout de même… Un Mongol a tenté de nous chiper un sac de nourriture lorsque nous sortions du supermarché. Sa tentative ayant échoué, il n’insista pas.
En rentrant à notre hôtel, on sortait de nos gros sacs à dos le koukouri. Un couteau à la forme assez dissuasive que nous avions acheté au Népal au cas où …
Il était enfoui tout au fond du sac de Flo. Pendant notre séjour dans tous les autres pays d’Asie, nous l’avions même oublié tellement nous nous sentions en sécurité. Ici cependant, la mémoire nous était revenue et la conscience (ou l’inconscience) nous forçait à le mettre dans la première poche du sac à dos Eastpak de Flo que nous ne quittions jamais.
Dans cette ville aussi désagréable que laide nous avions choisi notre moyen de locomotion : le taxi. Parce que tant de laideur réunie me faisait peur, nous nous payions ce petit luxe. C’est décidé, nous quitterons cette laideur le plus vite possible pour rejoindre Hatgal, la « grosse ville » du nord du Pays, et de là, partir trekker à cheval.
C’est ainsi que le lendemain, nous étions (mal) installés dans le bus qui prenait la direction du nord, la direction de cette région nommée « La porte de la Sibérie ».  On en avait pour 20 heures de bus, soit environ 3 heures de route (aux abords d’Oulan Bator) et 17 heures de steppe. C’est ici, installés dans un bus aux suspensions inexistantes que l’on se rend compte que la steppe, ce n’est pas vraiment plat. A l’arrivée, nous devions être accueillis par Bayara, notre interlocuteur pour ce trek et pour notre mission d’aide bénévole aux habitants de la région.
Finalement c’est l’un de ses amis qui viendra nous chercher à la gare routière pour nous mener à Hatgal, à encore une heure de route.

La maison de Bayara apparaît. On entre et on fait sa connaissance. Celui-ci nous montre notre chambre, une yourte (appelée ici une « GUERR ») implantée dans son jardin puis nous explique autour d’un thé et d’un gros poêle, notre mission. Celle-ci consistera à aider une famille de bergers nomades qui vit au fin fond d’une vallée, elle même située à une heure de là.  Mais puisque nous souhaitons aussi faire un trek à cheval, Bayara nous conseille.
« En ce moment il fait beau, mais ça ne va pas durer alors je vous conseille de commencer par le trek et de finir par votre mission ». C’était décidé, nous ferons ainsi.
Après une bonne nuit dans notre yourte, Lock, notre guide, vint nous chercher. Plus tard dans la matinée, il sella les chevaux. Tandis-que nous tentons de les approcher, nos monture s’éloignent violemment. « Ça c’est de l’amour », pensais-je.
« no, no, no » nous cria Lock., et puisque son anglais ne lui permettait pas d’achever sa phrase, il nous mima le problème : Ne jamais approcher un cheval mongol par le côté droit. Toujours, toujours, toujours le côté gauche sinon... ils s’affolent. Cette précision effectuée, nous montons sur notre cheval et partons dans la direction de la Sibérie avec pour point de chute le lac Khovsgol.

Lock portait tellement bien son nom que c’est comme si nous faisions un trek par nous mêmes, sur un chemin  fléché. Au moins, ça aura permis à cet homme, pendant l’espace de deux jours, d’être une flèche. La flèche ne donnant que des informations sur la direction, nous ne connaissions rien de nos montures pas même leur prénom. Nous décidions donc de les baptiser.
Le cheval de Flo étant marron, il le baptisa, avec toute l’originalité qui est la sienne, « Chocolat ». Quant à moi la couleur blanche m’inspira le nom de « Royal ».
Ces nouveaux baptêmes ne servirent… à rien !  D’abord parce qu’ils n’eurent pas trop le temps de s’habituer et ensuite et surtout parce que le cheval mongol est dressé au strict minimum : ne pas ruer lorsqu’il est monté par un cavalier.
Les mots doux glissés au creux des oreilles, les talonnades pour obtenir une allure plus rapide, ou encore les caresses à l’encolure pour remercier ne sont donc d’aucune effet.

C’est une surprise. Nous qui nous attendions à entrer dans le pays où l’art équestre est le plus poussé, nous voilà en réalité dans le pays où le cheval est voulu à l’état sauvage.
Ici, l’art n’est pas de dompter son cheval pour qu’il nous obéisse au doigt et à l’œil. Non, l’art c’est de parvenir à se servir d’un cheval doté de la fougue de la liberté.
D’un point de vue entretien de lui même, le cheval mongol mise à 100% sur Dame nature. Pas de jolies tresses à la crinière, pas de chignon bien entortillé sur la queue, pas de french manucure, pas d’accessoires en cuirs sexy. On est plutôt sur une beauté à la Brigitte Bardot, superbe… sauf quant il s’agit de vieillir. Pour les fringues, c’est plutôt à la Tarzan’style : Une corde usée en guise de rennes et deux planches de bois surmontées d’un coussin pour servir de selle. Flo et ses parties intimes ont bien profité de cette selle locale au coussin peu rembourré, tandis que moi, la bourgeoise, j’avais une selle occidentale (qui aurait certainement été jetée à la poubelle depuis plus de 10 ans si elle avait été en Europe).
Les paysages que la Flèche nous faisait découvrir étaient merveilleux, nous traversions des plaines où le jaune était décliné dans tous ses tons, des vallées tapissées d’herbes sèches couleur foin où les résineux arboraient des épines d’or. Les bleus du ciel et des ruisseaux en ressortaient d’avantage.

Un décor d'or
A travers les vallons
Parfois on s’écartait au passage des troupeaux de chevaux sauvages, de chèvres et de moutons. Une fois que les troupeaux étaient entrés dans le tableau, l’or du cadre se refermait et le visiteur méditait la scène avant de passer au tableau suivant ; avant de passer au vallon suivant.

Des troupeaux en liberté
Chocolat le rebel
Les autres tableaux de l’exposition vivante mettaient en scène des yacks, des regroupements de yourtes devant lesquelles travaillait parfois une fermière qui revenait de la traite ou qui retournait ses fromages installés sur un plateau de zinc en plein soleil.

Fromage de yack séchant sur de la taule 
Le dernier tableau de l’expo de la première journée était le plus prenant. De loin, il s’agissait d’une masse d’argent au centre d’un carré d’or.

Vue sur la perle bleue 
Une fois n’est pas coutume, Royal semblait sentir mon envie de découvrir au plus vite cette toile, et répondait à mes talonnades par un grand galop que je n’espérais plus. Ca inspira Chocolat qui, en sa qualité de bon second, suivait mon leader. Décidément Lock avait vu juste en nous attribuant a chacun un cheval à notre image.  
La masse d’argent se précisait. C’était un immense lac. Le lac se rapprochait. Nous y étions. Le lac Khovsgol, nommé ici « La perle bleue de Mongolie », connu pour être encore plus beau que son aîné, le lac Baïkal en Russie, pour contenir plus de 2% des réserves mondiales d’eau de source, pour être le second lac le plus profond d’Asie centrale… Que de palmarès pour un seul lac !

Le lac Khovsgol
Royal gardait son rythme et m’offrit une puissante sensation de liberté. J’étais dans un décor d’or et d’argent, je me cramponnais  au crin de mon cheval et me penchais en avant pour augmenter la vitesse. Je n’aspirais qu’à une chose : que ça ne s’arrête jamais ; que l’osmose, que le bonheur, que la liberté continuent indéfiniment.

Royal prend de la vitesse
Cependant au bout de quelques minutes le galop devint trot et le trot devint pas.

Royal s’abreuva à l’eau du lac. Quelques secondes plus tard Chocolat nous rejoignit. A la tête de Flo, je compris que le galop et la selle traditionnelle ne faisaient pas bon ménage.
Chocolat, tout étourdi qu’il était, continuait de s’avancer dans le lac glacial en oubliant son cavalier. L’eau arrivait maintenant aux flancs de l’animal. Les consignes que Flo assénait à sa monture n’étaient suivies d’aucun effet ; Les chevaux Mongols ! Lock arriva et parvint à faire rebrousser chemin à Chocolat… On a eu chaud; Flo a failli avoir froid !

Dix minutes après cet épisode, nous étions arrivés à notre abri pour la nuit : Une jolie Yourte avec vue sur le lac. Il n’est cependant pas question de se reposer. Il faut se hâter d’aller chercher du bois pour le poêle ainsi que de l’eau du lac pour faire cuire notre dîner. 

Notre dortoir pour la nuit
Ces taches effectuées, nous rejoignons la masse d’argent pour  admirer le combat entre le jour et la nuit. Un combat inéquitable à cette heure ci. Les couleurs sont superbes. Un rose-violacé s’installe. On passe faire une caresse à nos montures qui sont restées brouter là, puis les yeux se fixent sur ce lac à l’eau limpide. Le violet se fond dans le bleu pétrole, ça donne un bleu nuit. Le noir et le froid nous forcent à rentrer.

Les couleurs du soir sur le lac Khovsgol

Le repos de nos chevaux
Lock nous accueillit dans la yourte en nous mimant  la manière de faire le dîner. Parce que lui, il doit s’en aller dîner avec des amis… Très sympa tout ça !
Après son départ, on fait donc bouillir la viande séchée et les pâtes… Vraiment pas bon, mais on nous avait prévenus ! Du coup, on sort les snickers de secours et c’est parti pour une jolie soirée en amoureux autour du poêle central, dans une yourte où les tapis kazakh  étaient  fourrés entre les tasseaux composant la structure de la maisonnette, en guise d’isolant thermique.

Au moment de nous coucher, Lock fit son irruption dans la yourte. Il nous demanda où était la gamelle de nourriture et mangea nos restes dans son coin... Décidément, nous ne partagions rien avec notre guide. C’en était frustrant.
Selon les rencontres, la « barrière de la langue » était soit un prétexte pour rigoler avec des gestes, des mimiques, pour parler avec les yeux et le cœur,  soit un prétexte pour fuir tout contact. Lock avait choisi le second prétexte. Nous devions nous y accoutumer.

Le lendemain matin, un grand soleil nous éclairait. Nous méditions face à la perle bleue avant de repartir en direction de la ville de Hatgal.


Sur les rives du lac avec Royal  

Le chemin du retour

Sur le chemin du retour, Lock devait s’arrêter dans la yourte de son frère. Allait-il lui aussi nous ignorer ?? Et bien non, le frère et sa famille avaient choisi le prétexte de la rigolade des gestuelles ridicules, du parler avec les yeux. C’était un  vrai plaisir. 

La famille de Lock
L’une des nièces de Lock devait avoir une vingtaine d’année, elle nous offrit une sorte de beurre au lait de Yak qu’il fallait tartiner sur un genre de pain et recouvrir d’une montagne de sucre. Un truc diététique quoi. Ca c’était pas mauvais. Contente de nous faire plaisir, elle continuait dans sa générosité en nous offrant de gouter son yaourt, toujours à base de lait de Yack. Du yaourt maison… Enfin de la nourriture que nous prenions par plaisir et non simplement pour nous nourrir ! Puis elle nous montra fièrement son téléphone portable. Pour nous, c’était une machine complètement obsolète. Un téléphone où l’écran était encore en noir et blanc, où le menu « jeux » permettait d’accéder au snake. C’est dire!

Autour du téléphone portable

Un petit lait de Yak pour Flo.
Quelques instants plus tard, de la musique, ou plutôt du son, sortait de ce téléphone. C’était vraiment pas très agréable à écouter mais elle était si fière de nous montrer ce qui, pour elle, était un bijou de la technologie, que nous feignons l’admiration et laissions bien enfouis au fond de nos sacs la gopro, et nos téléphones, pour profiter de ses sourires et de la fierté qui brûlait dans ses yeux.


Après une heure d’échange avec cette famille accueillante, nous reprenions les routes pour arriver avant la nuit à la ville. 

Et c'est reparti
De là nous devions immédiatement partir dans la famille de bergers que nous allions devoir aider le temps d’une petite semaine.


Si vous souhaitez voir l'album, cliquez ICI.

vendredi 9 mai 2014

Népal : 1 mois en 10 minutes

On se rend pas compte, bien installé dans son canapé français, mais c'est vachement long à faire ces vidéos. Du coup la voilà enfin la vidéo notre trek au Népal.
En espérant qu'elle vous plaira autant qu'à nous.

Nous avons également appris qu'un bon nombre de personnes n'ont pas pu visionné la vidéo sur l'Inde, donc nous avons changé d'hébergeur en espérant que ça fonctionne. Si ça marche on mettra la vidéo de l'Inde également ici.


Népal : 1 mois en 10 minutes from florent luu on Vimeo.



dimanche 23 mars 2014

Un corps ennemi

Ca y est nous y sommes ! Les portes de Manang s’ouvrent à nous comme pour nous souhaiter la bienvenue à ce premier village de haute altitude. Comme conseillé par tous les locaux et trekkeurs habitués, nous avions prévu d’y faire une halte de 2 jours pour que notre corps s’habitue au manque d’oxygène et produise les précieux globules rouges dont nous aurons besoin pour aller en haut.

Nous étions informés depuis le commencement de notre treck du problème du mal d’altitude qui touchait certains trekkeurs, de ses dangers et ses symptômes (maux de tête et vomissements) mais evidemment nous ne l’envisagions pas pour nous (et moi encore moins pour moi)…

Deux insouciants sur la route
Depuis Pisang, un léger mal de tête me taraude, mais pas suffisamment pour m’en inquiéter aussi me tus-je sur ce mal et parvins-je  sans encombre à Manang.

Entre Pisang et Manang
Une Guest house aux allures chaleureuses de chalet de montagne accepta notre deal habituel de radins (pas de paiement de la chambre mais souper et petit dej sur place) et c’est ainsi que je décidai de me reposer quelques instants pour palier à ce mal léger mais coriace mal. Après dix minutes de repos, le mal de crâne frappait désormais à coups de marteau dans ma tête, mon corps se débarrassa des ingrédients ingurgités dans la journée et toutes mes forces semblaient s’être envolées.

La propriétaire de la Guest House affirmait à Florent que ça touchait beaucoup de personnes à cette étape. J’étais pourtant la seule à vaciller entre ma chambre et les toilettes cette nuit là.

Mon corps ne parvenait pas à garder ne serait-ce que l’eau chaude que m’amenait attendrissement Flo, lequel me répétait qu’il fallait que je m’hydrate. Je voyais dans son regard, qui se croyait pourtant rassurant, que je devais être dans un sale état. A un moment dans la nuit la propriétaire frappa à la porte et annonça à Flo que le médecin des montagnes ne pourrait pas être là avant 4 jours.

-« Si tu ne parviens pas à t’hydrater, comment allons nous faire pour redescendre ? » me questionna-t-il  sans réellement attendre de réponse.

- « Laisse moi un nuit, peut être que demain mon corps se sera habitué»  lui dis-je.

Au rythme des coups de marteaux et entre deux voyages aux toilettes  mes pensées se bousculaient dans ma tête. Je me souvenais de ce jour, la veille du dernier partiel d’un semestre (donc avec déjà pas mal d’heures de sommeil manquantes) où je devais apprendre un poly de 150 pages de droit des transports terrestres et aériens (cours évidemment où je n’avais pas mis les pieds) et pour m’en sortir je m’étais dit : « Il faut voir le truc comme un test : mon corps et ma mémoire me permettent-t-ils d’apprendre un cours en une nuit ? ». Après une nuit de travail, une sieste de 20 minutes et un partiel de 2 heures, j’y étais arrivée ! (Bon en rentrant chez moi je me suis endormie dans le metro mais mon corps m’avait permis ce que je voulais et c’était le principal). Je me souvenais des nombreuses montées de stress que j’avais imposé à mon corps au cours de l’exercice de ma profession ou encore lors de la bataille que j’avais menée contre ma banque, qui après m’avoir formulée une offre de prêt que j’avais acceptée, ne voulais plus libérer les fonds à mon attention. A tous ces moments  mon corps était mon allié le plus fidèle. Il ne m’avais jamais trahi, jamais fait faux bon, il ne se plaignait pas et acceptait tout.

Et maintenant que je me trouvais en montagne, il s’opposait à moi,  il ne m’obéissait plus, il m’échappait, il était devenu mon ennemi contre lequel toute bataille aurait été vaine. POURQUOI MOI répétais-je dans mes sanglots occasionnés par la douleur du mal de crâne et par la constatation de mon échec. Car oui il était évident à présent que je ne pourrais pas monter à 5400 mètres alors qu’à 3500 mètres je me pliai de douleur. Flo tentait de me consoler. Il était là, rassurant. Je ne le croyais pas quand il me disait que tout rentrerait dans l’ordre mais j’aimais entendre ces mots.

Au petit matin et après la nuit la plus longue de toute ma vie, le mal de tête se dissipait. Je parvenais à garder l’eau que je buvais et plus tard dans la journée, à garder les aliments. Avec 12 heures de retard mon corps avait enfin compris qu’il fallait produire des globules rouges. Houra !

Je ne savais plus quoi faire : redescendre ou continuer en espérant que ça ne me reprenne pas. La décision fut pris par Flo « On redescend et c’est pas négociable » m’annonça-t-il. Je savais son envie de voir des Yack depuis le début du treck (les yack se situant au dessus de 4000 mètres) et je le voyais mettre lui même une croix sur ses envies et ses objectifs juste parce qu’il s’inquiétait pour moi. Il ne voulait plus prendre le moindre risque et m’obligeais à ne pas réfléchir sur la suite à donner à notre treck ; sa décision était prise et m’était comme imposée : nous redescendrions.

Deux jours passèrent à Manang avant que je sois complètement rétablie. Au petit matin du troisième jour, nous repartîmes lestés de nos sacs à dos en direction de la descente. Tout au long du chemin du retour je ne cessai de me poser la même question « Avons-nous bien fait de redescendre où aurions nous du persévérer ».

Autour de nous et au fur et à mesure de notre descente les mêmes paysages qu’à l’aller se dessinaient, ceux rocailleux marquant l’altitude passaient lentement le relais à d’autres plus verdoyant en contrebas.

Troupeau de chèvres dans les plaines sèches de là haut
Nous avions beau avoir déjà vu ce décor, nous demeurions impressionnés par tant de majesté. 
Ici des troupeaux d’ânes venant approvisionner les villages, là bas des chevaux en liberté attendaient d’être scellés et des chèvres productrices d’une précieuse laine d’être tondues.

Troupeau d'ânes lestés, à la queue leu leu
Et ouai, ya pas que les ânes qui bossent...
Une glandeuse dont la seule vocation est de faire de beaux poils

Le soir, les petits villages de pierre sombres se coiffaient de cheminées fumantes marquant l’emplacement des diverses cuisines.

Petit thé en préparation dans la cuisine
Puis le  printemps s’empara des arbres indécents de par leur nudité. Les cerisiers étaient de loin mes préférés ; Tantôt blanc, tantôt rose paraissant à la fois si faibles et si forts, ils semblaient habiller de dentelle un paysage ridé et comme fatiguée par les siècles… Que dis-je les millénaires.


Un air de printemps
La couleur qui emménageait nouvellement dans la montagne occupait également les rizières, les champs où paissaient les troupeaux et les humains.

Une porteuse sur la route

En effet, au cours de la traversée de l’un de ces vertigineux ponts qui enjambe la Marsyangdi, un villageois dont le visage était entièrement bleu nous criais par sa fenêtre « Happy Holiday, Happy Holiday ». C’était la première fois depuis le commencement de notre voyage qu’on nous souhaitait de passer de bonnes vacances. Habituellement les locaux nous souhaitent la bienvenue dans leur pays, nous demandent comment nous allons, d’où nous venons… Mais jamais encore on ne nous avait souhaité de bonnes vacances. Quelle âme charitable me dis-je.

L'un des ponts du treck
Le pont-sèche linge
Nous allions arriver dans le village du schtroumf charitable quand stupéfaits nous remarquions que tous les habitants avaient tous la peau colorée de rouge, de jaune, de vert et de bleu. Ils se ruèrent sur nous, nous lancèrent du pigment rouge en hurlant « Happy Holiday». Après quelques secondes nous réalisions ce qui se passait là (et plus généralement dans tout le Népal et toute l’Inde) : C’était la fête indoue d’Holi, ou la fête des couleurs, qui célèbre la venue du printemps et on nous souhaitait un happy Holi day…

Nous allions passer quelques instants à nous « battre » contre les villageois à coups de lancers de pigments et d’eau, avant de reprendre la route et de croiser un nouveau village où nous remettions ça. Le printemps ici s’emparait donc des hommes !

Happy Holi day
C’est la tête et le corps pleins de couleurs que nous quittions ces montagnes pour rejoindre Pokhara puis la vallée de Katmandou.



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