mercredi 13 août 2014

La baie d'Halong: Levez le rideau

N'hésitez pas à jeter un coup d'oeil à l'album photo en cliquant ICI
ainsi que les bisous d'ailleurs en cliquant ICI


Il y a des lieux qu’il nous est interdit d’éviter.

Pourquoi ? Parce que le qu’en dira-t-on nous fait trop peur. Du coup, il dirige nos vies.
Ainsi oseriez-vous dire « J’ai visité Paris » si vous n’avez pas visité la Tour Eiffel, où encore « J’ai fait l’Egypte » si vous n’y avez pas vu les pyramides ?

Ainsi en est-il de la baie d’Halong ; quiconque a vu le Vietnam, a nécessairement vu la baie d’Halong.

Cédant à la pression du très populaire qu’en dira-t-on, il nous fallait donc planifier notre visite à la très (trop) touristique baie d’Halong.

Mais évidemment, on veut éviter de vivre l’expérience à la manière de tous les touristes ; il nous faut trouver THE bon plan pour explorer cette merveille comme si nous étions ses découvreurs.

Au lieu d’aller directement à la baie d’Halong avec les énormes ferries qui partent du continent, nous avons jeté notre dévolu, pour quelques jours, sur l’île de Cat Ba, une île de la baie de Lan Ha située au sud de la baie d’Halong et prétendue moins touristique. Ce choix nous permettrait, pensions nous, d’une part de voir la vie au milieu d’une baie d’énormes pitons rocheux et d’autre part de profiter de la baie d’Halong sans les touristes en louant un petit bateau ou quelque chose du genre.

Deux bus et un bateau nous ont donc permis d’arriver sur l’île de Cat Ba. Alors OUI, la baie est belle. Très belle. Mais… nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée de passer par Cat Ba pour explorer Halong.

On arrive à l’Hotel, l’hôte nous annonce ses prix et Flo accepte. Je le regarde avec de grands yeux accusateurs. Il n’a rien négocié et ça ‘est un crime pour des backpackers qui se respectent. Je tente donc de faire baisser les prix mais je ne bénéficie toujours pas du soutien de Flo. Du coup l’hôte, tel un enfant satisfait d’une divergence de ses parents, paraît inflexible. Ca ne manque pas l’engueulade n’a pas pu être évité et le spectateur semblait s’en délecter : il ne baisserait pas ses prix parce qu’il avait le soutien de Monsieur… et Monsieur, dans ces pays là, c’est mieux que Madame.

J’en peux plus… je me casse et chacun dormira dans son hôtel ! Je pars donc seule.
Ca y est j’en ai trouvé un à un prix convenable et bien sur, comme c’est le cas partout au Vietnam, j’ai négocié le prix du coup il a encore baissé. A ce moment là Flo arrivait pour recoller les morceaux (ba ouai c’est rarement l’inverse). Il s’excusa affirmant qu’il s’était rendu compte qu’en effet on pouvait négocier… Bref on repart donc ensemble au premier hôtel qu’il avait déjà payé et on s’y installe dans une ambiance électrique. 

Histoire de rajouter de l’huile sur le feu, mon ordinateur nous faisait pour la deuxième fois son arrêt cardiaque ; il ne s’allumait pas.

Mon humeur était … bref. Allons nous trouver un petit bateau pour explorer la baie d’Halong.

Finalement à défaut de pouvoir trouver quelque chose à notre gout, on est obligé de passer par une agence qui nous prévoit de partir avec une sorte de bateau de pêche sur lequel on sera une vingtaine de touristes… Exactement ce qu’on voulait éviter quoi. Mais bon on n’avait pas trop le choix. Et le comble c’est que cette « agence » n’est autre que notre hôtel. Comme vous pouvez vous en douter, j‘étais aux anges.

Il fallait vite, très vite, aller se coucher pour que cette journée s’arrête.

Un rêve dans la nuit?
Le lendemain nous montions sur une frégate qui n’avait rien à voir, mais alors rien à voir avec une jonque aux voiles pourpres des découvreurs d’un temps révolu: C’était, comme promis, un bateau de pêche qui prenait la direction de la fameuse baie d’Halong. On n’a pas vraiment vu la différence entre la baie de Lan Ha et celle d’Halong, mais qu’importe c’était très beau. On avait la mer, les pitons rocheux d’un vert luxuriant qui se regardaient dans l’océan et se dressaient de manière désordonnée à perte de vue. 


Greenberg droit devant!
Les paysages changeaient sans changer ; nous avions un angle de vue délimité par ces rochers géants et lorsque nous les dépassions, notre inconscient s’attendait presque à voir un spectacle différent, comme si les rochers étaient les rideaux d’un théâtre et devaient s’ouvrir sur une scène. Mais lorsqu’ils s’ouvraient, d’autres rideaux de cailloux prenaient place sans jamais que ce roulement infini, ne nous déçoive.

Flo en selfie
Parfois, les géants de pierre semblaient se réunir en cercle laissant l’impression à la fourmi que nous étions d’être au centre d’un cirque où l’eau avait remplacé le sable.
Après quelques heures de navigation dans ce labyrinthe aquatique, on sortait les canoë kayak pour explorer le même décor à la force de nos bras. 


On pagaie, on pagaie
Nous avions déjà tenté l’expérience du canoë sur la mer quelques années auparavant et avions alors trouvé l’expérience insupportable. Cette fois, c’est confirmé, c’est insupportable. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de courant fort, du coup on doit pagayer comme des malades, en plein soleil, parce que ça y est, il est midi, et ce pour voir… la même chose que sur le bateau à une ou deux cavités près (celles trop basses pour laisser passer notre meilleur ami à moteur).


Dans les grottes
C’est officiellement nul. Nan, ce qui serait bien se serait de nager au milieu de ce décor.
«Bon on va rendre les canoës et on se baigne lança Flo ». J’acquiesçais. Mais notre entente s’arrêtait là car pour la suite nous n’avions pas les mêmes projets : lui se jetai du haut du bateau pour plonger dans l’eau, et faire des figures au passage, il allait même jusqu’à nager vers d’autres bateaux plus hauts pour leur demander s’il ne pouvait pas sauter de chez eux. En gros, il faisait la même chose que dans une piscine avec plongeoir. Quel intérêt ?!!! Non ne répondez pas, ceci était une question rhétorique.


Pendant ce temps moi je me baignais à une allure de croisière admirant un paysage jusqu’alors inconnu, jetant un coup d’oeil aux aigles qui faisaient leur ronde pour vérifier si toute la faune habitant les géants inanimés se comportait décemment devant nous. Bref j’admirais là où Flo vivait sa petite routine sans grande exaltation. Jusqu’à ce que…. Hahhaaa une méduse. Je sors, je sors, je sors. Je monte sur le bateau, je regarde l’eau…A nan en fait c’était un sac plastique... tant pis, de toute manière j’ai plus envie d’aller me baigner.


baignade ou plongeons?
Sur le chemin du retour vers l’île de Cat Ba, le bateau passa près d’un village flottant logé en plein milieu de la baie. « La belle adresse !» pourrions nous penser de prime abord. Mais en réalité après avoir visité plusieurs villages flottants nous étions arrivés à la conclusion que la vie sur un village flottant était la pire : pire que dans un slum.

Le village flotant: la misère en beauté
La vie sur l'eau
Les habitants vivent sur un amas de bidons permettant le flottement, dans un climat humide, sans électricité mais avec des générateurs pour cacher les bruits de la mer et accessoirement pour éclairer une ampoule qui hésite à marcher. Ils sont contraints de  déplacer leurs maisons en fonctions des saisons et de l’état de la mer, et leur seul contact avec la terre c’est pour vendre le fruit de leur pêche à des prix négligeables. Ces habitants sont en quelque sorte des sirènes des temps modernes dont la routine est loin de celle d’Arièle.


Pêcheur de la baie
De retour sur l’île de Cat Ba, nous nous empressons de réserver nos tickets de bateau et de bus pour nous rendre à Hoi An. Le vendeur qui n’est autre que notre hôte nous annonce 15 heures de voyage. Ca nous paraît beaucoup mais l’avenir proche allait nous réserver bien des surprises. (ne ratez le prochain article)

Une fois installés dans un bus ou aucun membre de l’équipage ne balbutiait ne serait-ce qu’un son d’anglais, nous faisions le bilan de notre expérience dans la baie d’Halong. C’était très beau et de vivre ça depuis Cat Ba nous a permis d’éviter les hordes de touristes. Mais ne nous y trompons pas, nous n’avons pas eu l’impression de découvrir seuls la merveille, d’être les spectateurs uniques devant ces rideaux verts, ce qui est toujours une déception pour des voyageurs comme nous.

Mais après tout, à part Marion Cotillard dans la pub Dior qui a refusé de prendre les escaliers ou l’ascenseur pour préférer marcher avec des talons de 12 cm sur son squelette de fer, qui peut dire avoir visité la Tour Eiffel de manière différente et unique ?


lundi 4 août 2014

Hanoi : Culture, Culture, Culture

On a fini notre volontariat à Sapa, et c’est après des au revoir émouvants que l’on quitte l’endroit. On vient de monter dans le bus pour Hanoi et Sib est encore touchée par notre rencontre avec le petit Cha. Les filles (Alix et Aude) doivent nous retrouver le lendemain là bas. Le bus va partir dans 5 minutes et on en profite pour récapituler tout ce qu’on a vécu et partager nos sentiments. Justement j’aimerais bien voir les photos que j’ai prises avec mon téléphone… Tiens ? Il n’est pas là… Et merde, je l’ai encore oublié à l’hôtel en train de charger. (Rappelez vous du Népal).
« Monsieur le conducteur, vous partez bientôt ? »
« 3 minutes, bonhomme »
3 minutes ? Je suis laaarge l’hôtel est à 5 minutes en haut d’une bonne volée d’escaliers. Pas grave je tente le coup. Je m’étire et me mets en mode Usain Bolt.
Prêt ? Partez ! Baam je franchis sans soucis le mur du son je gravis les 50 marches d’un bond, je récupère le tél et le chargeur, je saute les marches et arrive à temps pour le bus sous les yeux ébahis des filles qui étaient venues nous dire au revoir. Mission accomplie sans même verser une goutte de sueur. (J’exagère pas du tout)
Le voyage en lui même se passe de manière bien plus paisible que celui qui nous a amené à Dien Bien Phu, ce qui nous permet de nous rabibocher avec les transports routiers.

Une bien belle introduction à Hanoi
Enfin, on arrive à Hanoi, capitale du pays et haut lieu culturel, ancien quartier général des viet congs. Ici on ressent vraiment la fierté de ce peuple qui aura su mettre dehors Français, Américains et Chinois au prix du sang. Bien que la ville se soit parfaitement adaptée à la mondialisation, on voit facilement que l’histoire y est écrite différemment que chez nous.

De drôles de nuages au dessus d'un exemple de globalisation
Le meilleur endroit pour le comprendre, c’est le musée des femmes héroïnes de la guerre contre les USA. Le musée en lui même ne nous aura pas vraiment plu (d’un autre côté on n’aime franchement pas les musées donc…) mais certaines histoires de ces femmes hors normes font parfois sourire tellement le sujet est traité de manière subjective. Ainsi on y découvre une femme surnommée l’Egorgeuse (ou un truc du genre) qui aurait tuée à main nue une cinquantaine d’officiers américains armés, et tout à l’avenant… Les américains y sont présentés comme des monstres libéraux sanguinaires, tandis que le peuple communiste vietnamien se pose en victime (ce qu’il était bien sûr) et justifie tous ses actes. La version du vainqueur est toujours la bonne n’est ce pas ?

Le musée des femmes me passionne du coup on fait des photos débiles
On trouve également à tous les coins de rues des boutiques vendant des anciennes affiches de propagande souvent à l’effigie du tonton Minh (Ho Chi de son prénom).
Mais tout cela donne une identité unique à cette ville qui la rend particulièrement intéressante et nous rappelle sur certains points l’Inde. En effet ces 2 cultures totalement différentes ont gardées leur personnalité sans se préoccuper du reste du monde et sont restées fières de leur unicité. C’est fascinant et il est impossible d’y rester indifférent.
La ville en elle même est belle, avec de nombreuses maisons anciennes, des temples chinois et une particularité : les maisons ne font rarement plus de 3-4m de façade pour une vingtaine de mètres de profondeur. Cela est dû à un impôt aussi stupide que celui sur les portes et fenêtres que nous avions autrefois : les propriétaires sont imposés à la largeur de leur immeuble… Cela donne parfois un aspect un peu curieux voire pas très beau mais bon, dans l’ensemble ça reste l’une des plus belles capitales d’Asie du Sud Est.

Le pont rouge et son île
C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on flâne dans ses rues colorées où de nombreuses surprises nous attendent. La première c’est le pont rouge chinois sur le lac Hoan Kiem et qui mène à un minuscule temple posé sur une petite île. Bien que le passage coûte quelques euros on ne peut pas s’empêcher de nous prendre en photo dessus entouré des nombreux touristes asiatiques venu profiter du pont en amoureux. Un soir les filles (elles sont toujours là) nous emmènent nous dévergonder dans la « rue de la soif » Hanoienne. Ce surnom, on le comprend très vite en arrivant : cette rue tranquille en journée, se transforme, le soleil couché, en un gigantesque bar extérieur. Des dizaines d’établissement propose la fameuse Bia Hoi, une bière brassée sur place et vendu  quelques centimes le verre. Du coup les trottoirs sont envahis par des chaises minuscules et des tables du même gabarit accueillant touristes et vietnamiens (et nous bien sur) pour une soirée bien arrosée. Bref on rigole bien avec les filles et c’est avec un mal de tête en prévision que nous retournons nous coucher bien après le couvre-feu officiel. 

Les processions n'en finissent pas pour l'assomption
Le lendemain, dimanche, et au détour d’une rue, nous apercevons un immense attroupement : des centaines de scooters créent un embouteillage sur une grande place. On s’approche, on se faufile et on commence à entendre une mélodie bien connue de nos oreilles. Il ne s’agit évidemment pas du dernier concert des Rolling Stones (ce qui aurait été pas mal non plus, faut l’avouer), non ça ressemble plus à un Ave Maria. Et les scooters qui bouchent la place, ce sont les croyants qui viennent assister à la messe en extérieur devant la cathédrale. Ca fait un drôle d’effet de voir ces centaines de Viet à la messe, tellement nombreux qu’ils installent des chaises sur le parvis et qu’une partie reste assise directement sur leur moto… Après la Thaïlande et le Laos, où il n’existe pas d’autres religions que le bouddhisme, ça fait du bien de voir autre chose, du coup on reste à la messe et nos maux de tête de la veille passent miraculeusement. C’est vraiment quelque chose qu’on devrait faire plus souvent, je vais essayer de convaincre Sibylle…

Les filles en pleine discussion philosophique au temple de la littérature
Sinon on a également fait 2 musées qu’il ne faut surtout pas rater à Hanoi :
Une prière pour avoir son diplôme
Le temple de la littérature, la première université du Vietnam, avec ses grands jardins, ses portes et ses petits édifices chinois et ses autels. On n’y donne plus de cours aujourd’hui, par contre les étudiants viennent s’y faire photographier à la fin de leur cursus en costume à l’américaine. On y était justement à ce moment précis et ça fournissait une super ambiance à cet ancien lieu d’apprentissage.
Une classe en fin d'année
Nous aussi on se prend en photo là bas pour fêter notre master en voyage
Mais selon moi le musée le plus sympa, c’est le musée d’ethnologie, dans lequel on découvre les nombreuses minorités qui vivent sur le territoire avec leur propre culture. L’intérieur du musée expose donc de nombreux objets traditionnels, des photos et des vidéos expliquant les différents rituels de vie de ces peuples. 
Maison communale au toit immense
Mais le plus intéressant se trouve à l’extérieur du musée, qui a fait déplacer certaines maisons de ces peuplades qui défient parfois l’imagination. Ainsi on en découvre une, perchée sur des pilotis de 5m de haut et surplombée d’un toit à forte pente de 16m, ou bien encore une maison de plus de 60m de long qui permet d’abriter toutes les générations d’une même famille, etc…

Une grande maison pour une grande famille

On a terminé cette épopée culturelle par un spectacle enchanteur fantastique (même si on ne comprend pas tout): les marionnettes sur l’eau.

Les dragons pètent le feu
Il s’agit d’un spectacle traditionnel qui prenait originellement place dans les rizières et qui retrace à travers une dizaine de scènes des évènements plus ou moins mythologiques. Les acteurs ne sont autres que des marionnettes toutes différentes allant du Dragon à l’homme en passant par le canard. Chaque scène est drôle et pleine de rebondissements, le tout rythmé par des chanteurs. C’était vraiment une super expérience que l’on vous recommande.

A la lueur d'une bougie

Après Hanoi, direction Catba et la Baie d’Halong, soyez prêts !

Le petit mot de Sibylle pour Mathieu: Mon Cher Mathieu, je te souhaite un très très bon anniversaire et je te promets de ne pas manquer celui de l'année prochaine; Je resterai à Paris s'il le faut!

Pour l'album photo c'est ici

mercredi 30 juillet 2014

Sapa: Le coup de coeur vietnamien


Nous sommes entrés par la porte où nos ainés étaient sortis : à Dien Bien Phu.
Et en arrivant dans cette ville, symbole de la défaite de nos compatriotes, notre humeur était de circonstance.
Bon, pour être tout a fait honnête, ce n'est pas l’histoire de Dien Bien Phu qui a causé ladite humeur mais le trajet que nous venions d'effectuer.
Tout commença donc un frais matin a la gare routière de Luang Prabang (au Laos). Notre conducteur qui avait pour mission de nous déposer au pays voisin nous accueillit de manière totalement inattendue: en nous offrant gracieusement des sacs plastiques.  

Nous les refusions poliment. Depuis le temps que nous voyagions nous étions habitués aux inconvénients des moyens de transports, pensais-je naïvement.

Grave erreur…

C est donc la tête a la fenêtre du van que je me vidais ce jour là. Heureusement les autres passagers ne me virent pas, trop occupes qu’ils étaient  a remplir leur propre sac plastique.  

Quand la route et mon ventre me laissait quelques minutes de répit je me tournais vers Flo qui m énumérait le nombre de morts par an sur les routes Laotiennes et qui me demandait s'il ne valait mieux pas reprendre nos bagages et sortir de ce véhicule au conducteur fou. Pas ivre, non. Juste fou. 

Mais nous étions trop déterminés à arriver ce jour là au Vietnam.

Lorsque nous arrivâmes (chose extraordinaire en elle même) nous ne savions plus si nous voulions prendre le bus dès le lendemain pour Sapa, où attendre encore une peu  à Dien Bien Phu, histoire de nous remettre un peu de ce voyage aux allures de suicide collectif.

Le choix de la date de notre départ à Sapa a été guidé par un raisonnement logique : nous commencions à avoir peur du bus. Or, dans notre voyage nous ne pouvons pas nous permettre ce type de peurs. Par conséquent, pour ne pas laisser place à un traumatisme, il fallait reprendre le bus le plus vite possible, soit le lendemain. Nous prenions donc les billets de bus et filions nous coucher.

Le lendemain matin, mon ordinateur ne s’allumait plus… C’était sa première attaque cardiaque.

Après une nuit dans le bus tous nos problèmes semblaient réglés : nous n’avions plus peur du bus, le conducteur ayant conduit prudemment, et mon ordinateur se rallumait à nouveau.
Pour fêter ça on décide de se prendre un petit déjeuner bien de chez nous dans LA boulangerie de Sapa.
On a été bien inspirés : il semble que ce soit le point de ralliement des français. Comme c’est étonnant ! Inspirés par ces pains au chocolat, on ose toucher quelques mots à nos voisines.

Elles sont ici pour faire une mission humanitaire : aider à la construction d’une école pour les enfants défavorisés des montagnes et dispenser aux enfants qui sont déjà sur place des cours d’anglais. Je les soupçonne d’avoir vu notre envie bifurquer du pain au chocolat à la mission qu’elles nous décrivaient.

-       « Si ça vous tente, venez avec nous », nous proposa Alix !

Et c’est ainsi que nous arrivâmes à 4 à la guest-house de « Hope Sapa Center ». Avant le commencement de la mission nous avions une journée à tuer. On en profite pour louer des motos, et aller  explorer les montagnes et ses villages.

Ca commence plutôt bien...
On avait avec nous le meilleur guide de la région : Maï, une jeune vietnamienne, originaire d’Hanoï, qui travaille à plein temps à Hope Sapa Center pour coordonner l’action des volontaires et les guider.

Avec Maï
Bien que ce jour là était son jour de congé, Maï insista pour nous faire visiter les villages Hmongs aux alentours. Sa bonne humeur nous contaminait et on buvait ses explications sur les traditions et modes de vie des locaux. Lorsqu’elle ne connaissait pas une information, elle n’hésitait pas à demander la réponse pour nous et parfois même à demander aux locaux qui travaillaient dans les champs ou chez eux, de nous expliquer leur métier. Elle jouait alors le rôle de l’interprète. Bref toute une journée qui donnait le ton de ce que serait notre mission à savoir : Génial.

Flo en compagnie d'une chanteuse Hmong

Alix confiante

Poursuivie par des Hmongs!
Le lendemain matin, Maï nous accompagnait au centre, une bicoque de parpaings au milieu des rizières et des montagnes.

Cette fameuse semaine, nous étions 8 volontaires : un  italien répondant au nom de Marco, un couple d’autrichiens Elisa et Dominique, un allemand complètement zélé (pas d’alcool, pas de viandes, pas de clopes), Laurenz, qu’on appelait Lolo devant lui, et Bouddha derrière lui,. Pour moi c’était donc exclusivement Bouddha. Enfin, il y avait le groupe le plus fun : celui des français, composé des filles : Aude et Alix et de nous of course.
les enfants, Aude la photographe , Alix dite "not with us", Dominique, Elisa, Marco, Flo, Cha, Moi, Bouddha (ça se voit qu'il est super fun hein? )
Nos tâches devaient s’exercer l’après midi et consistait pour une partie d’entre nous à aider dans les champs autour du centre pour les cultures (riz, choux, artichaux…) pendant que l’autre partie donnait des cours d’anglais aux enfants qui venaient au centre. On alternait.


Genre mais genre. 
Pendant ce temps les enfants ils bossent ici!

Voilà qui est plus réaliste
Dans les rizières
Pour ma part, je n’ai exercé qu’une seule fois l’activité de « prof d’anglais » avec Alix, et… Dès les premières secondes j’ai su que je n’avais pas raté ma vocation. Une seule fois était bien amplement suffisant pour ma patience. Désormais, j'admire autant que je plains Florent d’avoir fait ça pendant un an.

Le reste du temps, on se reposait, on se baladait aux alentours, et on s’occupait des enfants qui restaient au centre. 

A table!
Sur un buffle; normal quoi.

Parmi eux, le petit Cha (prononcer Tcha) était mon petit chouchou.

Avec mon chouchou
Son histoire y est peut être pour quelque chose : Ce petit bonhomme d’environ 7 ans (personne ne connaît son age réel) est issu d’une famille Hmong. Très peu de temps après sa naissance son père décède, le laissant seul héritier d’un lopin de terre. Sa mère se remaria peu de temps après. Conformément à la tradition Hmong, c’est le nouveau mari qui décide de garder ou non les enfants issus du premier mariage de son épouse. Celui-ci a en l’occurrence, a refusé le petit Cha. L’enfant est alors passé sous la garde officielle de son oncle, le frère de son père.
Mais l’enfant ne pouvait espérer trouver dans son nouveau « foyer » la famille qui lui manquait. En effet, l’oncle est  le n°2 sur la liste des héritiers au lopin de terre. Autrement dit, au décès de Chat, c’est lui qui hériter de la terre de son frère défunt.

C’est ainsi que l’oncle laissait l’enfant à la merci de tous les dangers, le laissant à la rue quémander de la nourriture à qui voudrait bien lui en donner.

Un jour Cha découvrit le centre. Depuis il y revient tous les matins : A 6heures il frappait à la porte. Si initialement il venait y chercher à manger, il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui Chat venait y trouver sa dose d’amour et d’attention : il nous rejoignait dans nos lits pour le câlin du matin, puis il demandait qu’on l’aide à faire sa douche, sa lessive, puis qu’on joue avec lui. Le tout sans parler un mot d’anglais, juste avec des gestes, des rires et un langage connu de personne (même de pas de Maï qui ne parle parlait pas Hmong).

Peter, le président de l’Association a tenté de parler à l’oncle, lui a demandé d’abandonner la garde de Cha pour qu’il puisse l’avoir lui, afin que l’enfant dorme au centre et non pas dans la rue. Mais en signant de tels papiers, la terre convoitée reviendrait au gouvernement vietnamien. L’oncle refuse donc. Peter refuse quand à lui d’abriter Chat pour la nuit de peur qu’il ne soit dénoncé (notamment par l’oncle) pour enlèvement d’enfant et que son centre d’éducation ne soit fermé.

Une triste routine rythmait donc la vie du petit Cha : chaque matin il revenait les yeux pleins d’espoirs et le sourire aux lèvre et chaque soir après le dîner il repartait les yeux sombres et humides pour passer une nuit… on ne sait où… mais pas au centre.

Parfois, je me demandais si Peter ne faisait pas un peu trop de zèle à refuser que Cha dorme au centre, risquait-il vraiment de voir fermer son centre, les policiers avaient-ils vraiment ce pouvoir ?

Je n’ai pas tardé à avoir la réponse à cette question.

Un soir alors que nous (tous les volontaires) discutions dans le jardin du centre au alentours de minuit, 4 policiers entrèrent et demandèrent à parler aux propriétaires. Seule Maï était là : Peter était reparti à Sapa. Ca ne sentait pas bon : les policiers nous montraient du doigt et adoptaient un ton ferme. Nous nous eclipsions dans nos chambres. Flo écrivait à nos parents pour décrire ce qui se passait et nommait tous les volontaires qui étaient avec nous. Pendant ce temps les filles et moi cherchions le numéro de téléphone de l’ambassade française dans nos livres. Le numéro de l’ambassade était prêt sur nos portables, nos proches étaient prévenus. Si la situation devait dégénérer, nous avions fait ce que nous devions faire.

Dans la pièce d’à côté la discussion continuait. Ouf… on entendait la voix de Peter qui était revenu. Au milieu de ce langage qui nous est inconnu on reconnaissait le mot « homestay ». Le problème c’était bien nous. Dans un pays communiste où l’étranger ne doit pas dormir chez les locaux et où le homestay est très récemment toléré à condition de payer un pot de vin aux flics, des blancs chez des vietnamiens ça fait tache. Peter criait que ce n’était pas un homestay puisque nous étions volontaires, les policiers semblaient refuser l’argument. Peter mis la main à la poche, le ton a baissé, ils sont partis.

Le lendemain, j’interrogeais Peter sur l’événement de la veille. Il éclata. Il était à bout de toute cette corruption, il criait qu’il voulait juste aider les enfants, qu’il avait refusé que son centre soit financé par le gouvernement pour éviter ces pressions, pour rester libre de son enseignement, et finalement il était quand même victime des injustices de cet état policier où chaque membre veut s’en mettre plein les fouilles plutôt que de faire régner un ordre juste.

Tout n’était donc pas si rose dans ce centre de l’espoir. Pour les enfants le centre est un paradis, pour nous volontaires c’est une belle histoire, pour Peter c’est un combat.

Si vous cherchez à parrainer un projet fiable et bon, n’hésitez pas à soutenir Peter dans son projet, voici sa page facebook.



PS : Voilà l'album photo