mardi 18 février 2014

Jaisalmer : Le marchand de sable est passé


Retournons quelques secondes le sablier de notre vie et retrouvons ce grain de notre passé…
Le voilà !
Taillé comme un cristal il nous fait revivre ces longues après-midi d’été sur la plage où, armés de nos pelles, de nos râteaux et de nos seaux, nous édifiions la citadelle imprenable. L’architecte en herbe que nous étions tous le temps des grandes vacances, décidait de surélever le château, de le coiffer de grosses tours de guets reliés entre elles par d’imposantes murailles crénelées. Pour être certain qu’aucun ennemi n’y pénètre on édifie une nouvelle enceinte à l’intérieur de la première. L’entrée se fera entre deux grosses tours plus rapprochées que les autres. Ca y est le château semble pouvoir se défendre.
Nous fermions alors les yeux  et imaginions une vie à l’intérieur. Puis, la mer nous volait le théâtre de nos rêves.
Nous volait ? Pas tout à fait ; elle nous le transportait sur d’autres rives et ajoutait au fur et à mesures de son voyage d’autres grains à l’édifice.

Ouvrez les yeux à présent, vous êtes à Jaisalmer.

Citadelle de Jaisalmer
C’est bien lui, celui dont vous étiez le maître d’ouvrage mais en plus grand, et en vivant : Des carrioles de fruits et légumes, des femmes aux tenues colorées, des hommes coiffés d’un turban vif, des chiens, cochons et vaches se croisent désormais dans les ruelles de la citadelle.

Espace entre les deux enceintes de la citadelle
La découverte de cet achèvement de nos rêves d’enfants  se produisit un soir lorsque le rickshaw, nous conduisit, sur nos ordres, à la guest house qui nous avait été conseillé par un compagnon de voyage.
Nous ne savions alors rien de la fameuse guest house ni de ce qu’était réellement Jaisalmer de sorte que la vision de notre œuvre géante illuminée nous laissa sans voix.

Ce n’est qu’arrivés à notre auberge que nous avons réalisés que nous allions dormir et vivre dans une forteresse où le quotidien n’est rien d’autre que la vie des locaux. Chassez donc de votre tête l’assimilation à Carcassonne où au Mont Saint Michel : ici les gens ne vivent pas du tourisme mais vivent tout court.

Le lendemain de cette découverte, nous partions explorer notre citadelle dans ses moindres recoins pour nous la remémorer. Je ne me rappelai pas avoir dessiné autant de ruelles mais bon, ma mémoire d’enfant me fait certainement défaut. Aussi me bornerais-je simplement à vous faire la description de ce qu’elle et non de ce que je croyais qu’elle était.

Elle est de grès jaune dans le désert du Thar, à la frontière du Pakistan. Ses ruelles pavées sont bordées de vieux Havelis – maisons sculptées comme de la dentelle dans le grès- et nous conduisent à sept magnifiques temples jains. Oui oui, je connaissais dejà la religion jain et les havelis quand j’étais enfant. Non, ne me félicite pas, j’étais tout simplement surdouée et très avancée pour mon âge. Et avec le temps, j’ai su garder mon humilité intacte.


Havelie servant de résidence au Râja de Jaisalmer
La mer a choisi d’installer mon œuvre à une position stratégique : sur la route des caravanes entre l’Inde et l’Asie centrale, ce qui en faisait une ville très prospère. Aujourd’hui mon château semble attendre éternellement le retour des caravanes. Cette fois c’est lui qui ferme les yeux et se remémore ce grain du passé, celui des les chaudes après-midi rythmées par les pas lents des chameaux porteurs de soieries, d’épices et autres denrées, qui venaient faire une halte dans son seing. Il rouvre aujourd’hui les yeux et les aperçoit, ces chameaux qu’il croyait disparus. Oui nous sommes le 12 février 2014, jour du festival du désert.
Les chameliers et leurs montures se sont réunis ici, à Jaisalmer, pour défiler, faire des courses, et jouer au  polo dans le désert en contrebas.

Nous nous pressons pour voir ça. Les chameaux sont blingblingements vêtus (pompons pendants, bracelets aux pattes, couvertures multicolores…) et nous offrent leur spectacle de polo. En gros c’est comme du polo normal mais en mode ralenti. Ben ouai t’as déjà vu un chameau pressé toi?

Le chic du chic
C’est lors de ce festival que nous faisions une merveilleuse rencontre : Celle d’Evelyne et d’Hervé.
Parmi les premières questions, celle de savoir combien de temps durait leur voyage. Et là stupeur… « Il ne s’arrêtera jamais » répondit Hervé. Et oui Evelyne et Hervé ont commencé leur voyage il y a treize ans (à leur retraite) en quittant les cotes françaises à bord de Papadjo, leur voilier, né des propres mains d’Hervé !
Ils reviennent en France chaque année (par avion, parce que c’est plus rapide) environ 4 ou 5 mois pour accueillir leurs enfants et petits enfants dans leur maison du Tarn et Garonne.
Ils rayonnent de bonheur, et c’est sincèrement que nous leur avons avoués que leur vie nous faisait rêver. Oui, il ne sont pas de cette espèce qui « plaque tout » pour voyager (où plutôt fuir) sans jamais rien bâtir et en oubliant leur port d’attache. Ils sont tout l’opposé ; Ils voyagent pour partager (avec les locaux mais également avec leur famille, en envoyant des récits de voyages à leurs petits enfants) et pour apprendre.
C’est donc avec très grand plaisir que nous avons partagé de nombreux instants avec eux au cours desquels nous avons ressenti cette agréable chaleur familiale.

Evelyne et Hervé: Un couple qui respire le bonheur
N’hésitez pas à jeter un coup d’oeil à leur blog, leurs récits de voyage valent le coup !


Après le festival, direction le lac de Gadi Sagar à environ 1km de la citadelle. Ben oui, en sa qualité de désert qui fait rêver, il fallait bien une Oasis au Thar. Celle-ci est de toute beauté ; d’une part parce que cette réserve d’eau est propre (chose extrêmement rare en Inde) et d’autre part, parce qu’elle est bordé des diverses construction  - Grosse porte, gradins, tourelles lacustres, temples- couleur de miel.

Rives du lac de Gadi Sagar
Ce décor était parfait pour souffler un peu, profiter du silence, et lire. Nous l’avons donc exploité à cette fin jusqu’à la tombée de la nuit.

Lac de Gadi Sagar à la tombée de la nuit
Nous nous dirigeons ensuite pour aller dîner quand une vision, juste devant la citadelle, nous terrorisa : Seb, le photographe, se tenait là,  debout et nous regardait fixement.

Une vision d'horreur
Petite test en exclusivité : Etes vous cancre ou faux-cul ?

- Si vous comprenez le pourquoi de notre terreur, c’est que vous êtes de bons élèves, constants et assidus. De beaux faux-culs quoi, de ceux qui lèvent la main pour poser des questions inintéressantes ou qui vont voir le prof à l’intercours.

- Si vous ne comprenez pas le pourquoi de notre terreur c’est que vous êtes des cancres du même niveau que je l’étais moi même, à qui je me bornerai simplement à énoncer, telle une chargée de TD criant la bouche en cul de poule, « Référez vous à l’article sur Udaipur ».

Bref. Alors Seb c’est le photographe que nous avons rencontré à Udaipur et qui ne prend en cliché que l’extrême misère de sorte que si son objectif se dirige sur vous c’est que votre heure est quasiment venue.

Il propose qu’on se fasse un dîner tout les trois. De peur qu’il nous sanctionne de son flash, nous nous exécutons. (En vrai et pour ceux qui n’ont pas de second degré, ca nous a fait super plaisir de retrouver ce jeune baroudeur qui nous a fait profiter de ses magnifiques clichés).

Mais le lendemain  matin, nous nous hâtions de quitter discrètement  la citadelle, pour semer ce Joe Black français… En espérant que le dicton « Jamais deux sans trois » ne se réalise pas.

vendredi 14 février 2014

Jodhpur : Ville bleue mais pas que...

Vroooom, vrooom, Poueeeeeet, poueeeeeet, nous revoilà dans le bus pour 7 heures de crapahutage et de klaxonneries. Ce bus là en a un fameux d’ailleurs de klaxon. Un genre de douce mélodie à exploser les tympans avec différentes tonalités.
Enfin, on finit par arriver à survivre le voyage une fois de plus, et nous voilà à Jodhpur.
Petite bourgade de 800 000 habitants qui a su garder une part de son authenticité, Jodhpur va vite devenir notre coup de cœur du Rajasthan.

Le Fort de Mehrangar surplombant la ville
Mais ça, on ne le sait pas encore, et pour le moment, il s’agit de trouver un lieu pour dormir ; et à 21h c’est pas évident.
Armé de notre fidèle liseuse électronique (le Kobo), nous parcourons notre Lonely Planet et nous arrêtons sur la Hill View Guest House (que vous pourrez trouver ici), et entreprenons notre habituelle négociations avec les Rickshaws. Têtus (et ignorants de la configuration de la ville) nous ne voulons pas bouger de nos 60 Ruppees, et c’est après 30 minutes de négociations et 1 kilomètre plus loin que nous cédons pour 70 ruppees, destination : le Fort. En effet notre Guest House se situe « en contre bas du fort » dixit le Lonely.
C’est après avoir quitté la ville principale et nous être aventurés sur une route bien raide qu’il nous faut nous rendre à l’évidence… On n’est pas du tout sur le bon chemin. Le fort, lui, on le voit, et très bien même, mais des guest house, ou même des maisons tout simplement, y en a pas… Enfin si, mais beaucoup plus bas. Alors on ravale notre fierté, et dieu sait que c’est pas facile et voilà qu’on demande au chauffeur de nous redescendre un peu plus bas où l’on a aperçu un escalier qui a l’air de nous rapprocher de la ville. Allégés de 70 ruppees et de notre honneur, nous nous mettons donc en route sac au dos et à pied à la recherche de notre auberge que nous dénichons, 10 minutes plus tard, après un dédale de petites rues peuplées de gens fort sympathiques.

Des habitants de Jodhpur
La guest house ne paye pas de mine mais offre une vue magnifique sur toute la ville et l’imposant fort qui se trouve 50 mètres au dessus de nous : c’est donc ça « en contrebas du fort », effectivement vu de là on voit mal comment être plus clair…


Concernant la ville en elle même, on l’appelle la ville bleue pour une bonne raison : presque toutes les maisons sont peintes à la chaux d’un joli bleu indigo (couleur réservée aux Brahmanes en général), et c’est un plaisir immense de se perdre dans ses étroites ruelles où chèvres, chiens, vaches et quelques habitants souriants déambulent librement. On y observe de nombreux ateliers artisanaux qui travaillent le métal, le bambou et même quelques familles qui tondent leurs chèvres pour tisser leur laine soyeuse.
Au détour d’une rue, on tombe même sur un super entrepôt de tissus et de laines de toutes les qualités (l’adresse ici), et Sibylle succombe pour une magnifique écharpe en vrai cashmere (pas celui de Monoprix ou de Bompard) à un prix hors concurrence.

La Jungle de Jain Textile
En rentrant à l’auberge ce soir là on fait la rencontre du surprenant Oussama (le deuxième dont j’ai pu entendre parler) qui fait lui aussi un long voyage et vient de passer 4 mois au Népal. Un type étonnant, qui après avoir terminé sa thèse sur l’évolution de la moelle épinière chez l’embryon a décidé de partir afin de pratiquer la méditation et pouvoir en étudier les effets sur le cerveau plus tard, en rentrant. Pas vraiment le hippie lambda quoi.

Dans le fort
C’est le lendemain que l’on décide de se rendre au fameux fort qui nous impose sa masse rouge et imprenable depuis notre arrivée. Et même si les précédentes forteresses nous avaient impressionnées, celle ci rafle la médaille d’or.

Le palais dans le fort et ses rapaces
Immense (c’est le plus grand fort du Rajasthan, ce qui n’est pas peu dire), il s’agit à l’intérieur d’une succession de courts et de palais intégralement sculptés, ce qui lui donne, malgré sa corpulence, un raffinement hors du commun et un air aérien. Ca tombe bien d’ailleurs, puisque, construit sur ce qui s’appelait autrefois le Mont aux Oiseaux, des centaines de rapaces planent en cercles infinis au dessus de lui. Un vrai palais de conte de fées. Mais nous n’en sommes pas au bout de nos surprises, car nous avons décidés de profiter un maximum de la vue utilisant les 6 tyroliennes qui en font le tour. Nos yeux en pétillent encore : la vue sur le château vu de là est inégalable, les lacs en contrebas (habituellement à l’abri des regards) sont de toute splendeur et la vue sur la ville bleue (que l’on ne voit de nulle part aussi bien) est à couper le souffle.

La ville bleue
Il ne nous en faut pas plus pour pouvoir qualifier cette journée de parfaite et nous décidons de rentrer à l’hôtel. Sur le chemin, peut être pour me rappeler que la perfection n’existe pas, Sibylle marche sur ma tong gauche et l’instant d’après, CRAC, me voilà avec une tong déchirée et inutilisable… Merci ma chérie. Cependant, rien ne pourrait gâcher ma bonne humeur, pas même la perte de mes tongs adorées, et je reprends ma route clopin-clopant en tachant d’éviter les bouses et nombreux obstacles désagréables pour un pied nu, jusqu’à trouver un petit magasin qui me rechaussera pour la modique somme de 35 ruppees.




Je vous laisse à regret, et Jodhpur aussi, car il temps pour nous de nous aventurer plus avant dans le désert, vers Jaisalmer, la ville dorée.

lundi 10 février 2014

Udaipur: De Moogli à James Bond

Il était une fois Udaipur, principauté lacustre du Rajasthan (la terre des rois), qui servit de berceau à l’histoire.

Vue sur la ville

En disant histoire je me réfère à toutes les acceptations de ce terme.

Udaipur est d’abord la ville de naissance de la célèbre Bagheera, oui oui la panthère que vous regardiez tous devant le Walt Disney en suçant votre pouce, ou que vous lisiez pour les plus snobs qui se prétendent plus cultivés, ou encore pour les plus scouts toujours. Bref toujours est-il qu’apparemment Bagheera  est née dans la ménagerie du Raja d’Udaipur, où elle a grandi assommée par les coups fouets que lui imposaient les hommes pour la donner en spectacle. Un beau jour où la serrure de sa cage s’était brisée, elle s’enfuit dans la jungle qui entourait la ville pour faire la connaissance de Baloo et les autres.
A mon humble avis, c’est en raison de son passé que Bagheera est l’animal chiant du livre de Rudiard Kipling.

Parce que franchement, si on regarde bien, Baloo il a une vie cool ; il chante, il danse, il bouffe bien il nage bref il s’éclate. Kaa il glande pas grand chose, il bouffe et il dort (Une vie assez paisible donc), Hathi il se balade en faisant trembler la terre en chantant avec ses confrères ; donc toujours détente.

Mais genre Bagheera… il fait tout le temps des leçons de morale, il se croit plus intelligent que les autres et n’est jamais content…
Du coup je le détestai moi Bagheera !

Mais bon je vous avoue que grâce à mon escale à Udaipur j’ai compris la douleur qu’il a dû ressentir, (notamment en voyant la taille des fouets et ankus utilisés à l’époque des Rajas), j’ai pu peser son lourd passé et comprends maintenant (ou tout au mois trouve des circonstances atténuantes à) son comportement vis a vis des autres personnages du Livre de la Jungle.

Secondo, Udaipur est la ville qui nous a permis d’échapper à la troisième guerre mondiale et mérite au titre de cette page de l’histoire d’être visitée.
Rien que ça. Et oui, je vous rappelle ou vous apprends (compte tenu de la médiocrité de l’enseignements français, je dis ça sans vouloir lancer un nouveau débat) que le général soviétique Orlov cherchait à élargir les frontières soviétiques en Europe et préparait, pour ce faire, un attentat en Allemagne en 1983. C’est donc uniquement grâce aux investigations de Monsieur Bond, James de son prénom, à Udaipur, que l’Europe à pu échapper à une nouvelle guerre ! Je n’ai qu’une seule chose à dire : Merci 007.

Palais d'Octopussy (alliée de James Bond)

Vous l’aurez compris, compte tenu de ces éléments importants de l’histoire, nous n’avons pas bien pris les explications des guides concernant la ville d’Udaipur et du City Palace (Palais des Rajas d’Udaipur). En effet, les guides nous parlaient uniquement  de la décision du Raja Udai Singh II de transférer la capitale du royaume du Mewar, qu’il dirigeait alors, à l’emplacement actuel de la ville d’Udaipur suite à la mise à sac de Chittorgarh (ancienne capitale de l’Etat du Mewar) par les Moghols au XVI°siècle.


City Palace d'udaipur
Ils nous expliquaient que lorsque les Rajpoutes (guerriers indous au service du Raja) perdaient une bataille, ce qui s’est passé à Chittorgarh, les hommes de la ville revêtaient une tunique safran et partaient à leur ultime bataille pendant que les femmes et les enfants s’immolaient. Ils avaient bien raison, il semblerait que le bûcher mène à long terme à la victoire. Nous avons nous même fait le test avec  Jeanne d’Arc et Jacques de Molay et j’avoue que ca a très bien marché.

Intérieur du City Palace

Bref, personnellement je trouve triste que les guides locaux occultent des éléments cruciaux de l’histoire des enfants d’une part et de toute l’humanité d’autre part, au prétexte qu’ils sont les descendants des Rajpoutes.

Quoi qu’il en soit et parce que nous voulons que ce blog contienne des explications exhaustives, vous pouvez dormir sur vous deux oreilles, vous savez tout de l’histoire d’Udaipur!

Flo qui bug

Après l’histoire, passons aux traditions indiennes, ou tout au moins aux traditions attachées au mariage indien.

Je ne parle pas de ce sujet parce qu’une mouche Tsé Tsé m’a piquée mais parce que c’est à Udaipur que nous avons vécu cet événement. Et puis de toute façon, je fais ce que je veux, j’ai pas à me justifier parce que c’est mon blog, donc c’est comme ça (t’as vu comme je suis flexible comme fille).

Donc je disais nous avons été invités à un mariage indien (pourquoi ? Parce que nous sommes blancs et qu’apparemment c’est la classe d’avoir un blanc à son mariage). Nous avons donc été conviés à suivre d’abord le convoi du marié : Celui-ci était sur un cheval blanc, revêtu de ses plus beaux habits de soie nacrés, suivit de la calèche de sa famille et précédé de ses potes qui dansaient devant lui et lançaient des pétards.


Le jeune marié
 Le trajet se terminait au lieu de la cérémonie religieuse. Là il attendait celle qui allait devenir sa femme dans l’après midi. Je ne connaissais pas le métier de cette dernière, mais elle aurait pu aisément vendre des bijoux et se contenter de son corps pour les y exposer. Parce que franchement elle ne pouvait pas mettre plus de bijoux que ce qu’elle avait sur elle. Un magnifique arbre de Noel. Parmi les plus marquants, je note un grand anneau qui traversait l’une de ses narines, et sur cet anneau était accroché une chaine allant rejoindre la boucle d’oreille.
Donc les tourtereaux se découvrent, clinquants de partout, et s’assoient autour d’un feu dans lequel les convives, mais surtout le brahmane qui célèbre le mariage, jette des pétales et marmonnant des paroles qui nous semblent être la répétition infinie d’une même phrase. Au cours de la cérémonie, le mari donne les 3 signes qui permettent d’identifier une femme mariée. Il trace le trait rouge qui pars de la raie et se termine environ au milieu du front de sa promise, lui met un collier noir autour du cou ainsi que qu’une bague sur chacun des index de pieds. La femme comprend alors (ou pas) qu’elle est enchainée de la tête aux pieds pour toute la vie.

Cérémonie religieuse du mariage
Merci Papa, Merci Maman !

Et oui en Inde la tradition c’est un mariage arrangé par les parents. La tradition, c’est encore que la femme parte vivre dans la famille du mari et qu’elle lui apporte une dot.
Par conséquent pour de nombreuses familles, surtout dans les plus pauvres, les filles sont un poids et les garçons une aubaine, contrairement à la réalité des choses.

Alors que les écographies sont interdites pendant les grossesses, certains médecins annoncent illégalement le sexe de l’enfant à naître ; Il n’est pas rare que lorsque l’enfant est une fille, les femmes avortent par leurs « propres moyens » ou se débarrassent de leur enfant à la naissance.

La population indienne est donc  majoritairement composée d’hommes, d’où la chanson de Patrick Juvet « Où sont les femmes ».

C’est lors de ce mariage indien que nous avons rencontré l’un de nos compatriotes, Seb. Comment faire une description de Seb sans que vous soyez complexés (on l’a été aussi ne vous inquiétez pas)… Bon alors Seb c’est un garçon de 23 ans. A 18 ans il montait sa boite de dog sitter qu’il a très bien revendu en septembre dernier. Depuis, il a créé sa nouvelle boite de photo reportage. Et le voilà propulsé sur les routes du globe pendant les trois futures prochaines années à la recherche de clichés pour les médias internationaux.

Je l’envie, ne serait ce que parce que lorsqu’il reviendra Hollande aura dégagé.

Toujours est-il que ce qui intéresse Seb, c’est le gore, le crade, la misère. A ce qu’il paraît ca se vend mieux que le bonheur… Le voilà donc porté par les bombes et les maladies dans les camps syriens au Liban, sur les champs de bataille au Bengladesh ou encore dans bidons villes de l’Inde.

Si donc vous voyez l’objectif de Seb porté sur vous, soyez sure que votre heure est proche !  Il est de ces charognards qui se nourrissent de votre peine.

De peur qu’il vole un cliché de nous, nous nous éloignons loin, loin, loin,  de ce faucheur des temps modernes, à Jodhpur.

mercredi 5 février 2014

La sacrée faune de Pushkar

Pushkar, c’est pas très loin de Jaipur, moins de 200km, du coup, on a repris le bus public. Quelques 5 heures plus tard on arrive à Ajmer, à 11km de notre destination. On repart donc pour une demi heure de bus. C’est aussi ça le bus public en Inde, un temps faramineux quelque soit la distance.
On nous avait prévenu, Pushkar c’est calme, cool et y a des animaux. Et effectivement, on est encore sur la route qu’on commence déjà à apercevoir les singes, vaches, chiens errants, dromadaires et autres hippies.
On se trouve rapidement un hôtel pas trop cher, un peu à l’écart du centre (à 5minutes à pied tout de même) et on part se promener. La faune de Pushkar étant très hétéroclyte, ça me paraît être un aussi bon moment qu’un autre pour m’y attarder.

Chapitre 1 : des singes envahissants

Je commence par eux parce que ce sont ces derniers qui nous attendaient lorsque nous franchîmes (et ouais ! usage du passé simple ! ça te cloue le museau hein ?) le col qui séparait Ajmer de Pushkar. Assis au bord de la route ou sur des petits monticules, on aurait dit les gardiens de cette Cité sainte, et puis aussi car ils envahissaient les arbres tout autour de l’hôtel qu’on a choisi.

Un singe papote avec les pigeons
Ceux là sont courageux mais pas téméraires, et quand je leur tendais la main, leur seule réponse fut de partir se cacher bien haut dans les arbres. Dommage, ils avaient l’air plus accueillant que les macaques habituels et leur grandes canines effrayantes, et moins voleurs que certains Babouins…
Cependant, malgré leur présence peu rassurante, on n’aura pas eu à se plaindre plus que ça de ces voisins inattendus.

Chapitre 2 : le cochon pressé

Alors lui, c’est de loin mon personnage préféré du village, qui nous aura bien fait marrer à chaque fois qu’on le voyait. Une petite description des cochons indiens s’impose pour bien visualiser la scène. Ce sont un drôle de mélange de cochons (comme chez nous), de phacochères et de sangliers. Sauvages mais toujours aux abords (voire dans) les villes, ils farfouillent dans tout ce qu’il peuvent trouver comme ordures, ce dont le pays ne manque pas. Ce cochon – qui était d’ailleurs une truie – ne dérogeait donc pas à la règle, et arborait fièrement une crête de phacochère, un peau rose parsemée de taches marrons, une petite queue bien droite et n’était qu’un peu plus petit qu’un sanglier.
Mais ce porc là était bien différent de ses cousins fainéants par cette unique impression d’urgence qu’il dégageait. A chaque fois que nous la voyions (plus-que-parfait cette fois !) elle nous faisait très intelligemment comprendre par son allure décidée qu’une nouvelle de plus haute importance lui était arrivé (surement par la voix des corbeaux) et que rien ne pouvait retarder sa course : la voilà donc frôlant les murs d’un pas rapide et se dirigeant vers cet intéressant tas d’ordures fraîches qu’on lui avait annoncé. Ici comme partout, pensions-nous (comme elle certainement), « premier arrivé, premier servi ».
Je n'ai jamais eu le temps de prendre notre cochon pressé, donc voilà des écureuils aussi vifs que lui

Chapitre 3 : des vaches sans gène

Le phénomène de la vache indienne est bien connu mondialement, mais je ne me lasse pas de l’observer sans comprendre. A mon humble avis, une vache n’est jamais aussi belle, bonne et utile que dans une assiette accompagnée de bonnes petites patates. Mais bon, les indiens ne partagent clairement pas le même avis et pour eux, en tant qu’animal sacré on la laisse tranquille. Il est donc fréquent de voir un embouteillage qui ne se dissoudra que selon le bon plaisir de Madame. Le respect qui leur est octroyé va si loin qu’entre une vache et un piéton, l’automobiliste ou le motard n’hésitera pas une seconde quant à celui qu’il vaut mieux écraser.
Bien au courant de leur toute puissance les vaches sont donc les animaux les plus faciles à approcher, et caresser. Sibylle elle même, s’est vue trouver le courage de tripoter la peau flasque du cou de l’une d’elle malgré de longues cornes peu engageantes peintes en rouge.
Pour ma part et bien que je les trouve fort jolies avec leurs grands yeux sombres et leur robe pastel, je me prends déjà à rêver d’un gros steak bien saignant.

Un bon steak vivant sur son lit de volailles

Chapitre 4 : une vie de chien

Quand tous les autres animaux sont laissés à leurs petites affaires voire même nourris, les chiens errants n’ont eux pas cette chance, et il n’est pas rare d’en trouver certains en fort piteux état. D’autres au contraire, connaissent bien leur rôle, et se laisse adopter et cajoler le temps d’une papouille, pour ensuite retourner à leur train-train quotidien : manger, dormir, manger, dormir.
Le principal problème à être un chien en Inde (et c’est aussi le mien) c’est le végétarisme quasi omni-présent des Hindous. Déjà qu’il est difficile de trouver de la viande au menu, imaginez un peu dans les ordures. Pas facile pour un régime carnivore…
Et c’est d’autant plus dur que de la viande vivante déambule sans cesse tout autour de nous.
Une vraie vie de chien que je partage un peu avec eux.

Deux copains en pleine activité
Chapitre 5 : ces hippies qui n’ont rien compris

Comment dire… Y en a toujours des gens qui ont un peu de retard, mais bon 35 ans ç fait beaucoup. Ce sont les premiers que je rencontre, et franchement, je ne les envie pas.
Ils fument de gros pétards toute la journée, passe 3-4 semaines dans une ville où y a rien à faire et n’alignent que difficilement plus de 3 mots à la minute. On aura tout de même appris que les superbes chaussettes spécialement conçues pour les tongs (avec le pouce de pied séparé) viennent de Katmandou, comment voulez-vous qu’on ne fasse pas d’amalgame ? Katmandou une ville transformée par une génération de junkies qui n’aspiraient qu’à se dissoudre dans les neiges éternelles de l’Himalaya. Et entre nous, franchement, faut pas avoir honte pour porter des trucs pareils.
Pour être gentils, ils sont gentils mais n’y aurait il pas une légère contradiction à faire du Yoga au réveil pour se droguer tout le reste de la journée ?
En tout cas c’est mon avis.

Une prière pour Ganesh
Quant à la ville en elle même, il s’agit d’un haut lieu de spiritualité Hindou (2eme après Bénares). En effet le lac autour duquel toute la ville s’est bâtie aurait, selon la mythologie, été créé par le dieu Brahma en y laissant tomber une fleur de lotus.
Du coup on y observe de nombreux pèlerins venus pour s’y purifier en s’y baignant.
Pour la première fois depuis le début du voyage on aura ressenti une certaine spiritualité.
La baignade des femmes
Après 3 jours de détente, on est tout de même bien content de repartir pour Udaipur, mais cette fois on prend un bus de nuit avec des vrais lits dedans !

dimanche 2 février 2014

Jaipur: Joyau des Maharadjas

Nous voilà à Jaipur, féérique capitale du Rajasthan mais également de la Haute Joaillerie Indienne.


Mais alors que la nuit tombe nous nous hâtons de gagner l’hôtel que nous avions réservé par précaution....

-         «  Bonjour Monsieur, nous avons réservé une chambre basique pour 3 nuits
-         Je suis désolé Monsieur, nous n’avons aucune réservation à votre nom et n’avons pas de chambres basiques disponibles pour ce soir»

Evidemment, la seule fois où je souhaitai que nous prenions nos précautions en réservant sur internet, Flo s’était planté dans les dates de réservation ! Exaspérée, je lui demande des explications et il se contente de me répondre que son doigt « a dû déraper sans qu’il s’en rende compte sur le clavier de l’ordi ».

Certainement gêné par l’engueulade qui s’amorçait, l’employé de l’hôtel nous offrit la suite de luxe au prix de la chambre basique et ce pour les 4 nuits que nous allions passer à Jaipur.

Fier de son « dérapage du doigt sur le clavier », Flo exigea alors des excuses au prétexte que « Grace à lui nous avions la chambre de ouf » !.
Evidemment il les attend encore !

Le lendemain matin nous avions une priorité : faire notre lessive. Nos précédentes destinations ne nous le permettaient pas puisqu’il y faisait froid et humide.
Cette suite chic à l’eau chaude, aux draps secs et à la température décente tombait donc à pic, et allait voir, à peine une nuit après notre débarquement, ses fenêtres être exploitées en sèche linge pour nos tee shirt, robes, calçons, chaussettes, et culottes… Très chic quoi, surtout depuis le jardin de l’hôtel !

Cette corvée effectuée nous voilà partis pour la visite de la ville rose, couleur de l'hospitalité en Inde. Mais… stupeur… il y a erreur sur la marchandise ! La ville est … Orange et non pas rose comme promis.  Bon ca ne fait rien c’est pas mal non plus en orange, donc couleur accordée, en plus ca ferait trop poli poket et poupée barbie le rose, donc va pour le orange.

Alors que nous déambulions au gré du hasard dans la ville prétendue rose, nous tombons nez à nez en face du « Hawa Mahal »,  où Palais des vents , une merveille de l’architecture qui fait penser à une ruche colorée.

Ce palais permettait jadis aux femmes de pouvoir regarder les rues de la ville sans être vues par les hommes ; En gros c’est l’ancêtre de la burka, version bâtiment indou.


Un bisous du Hawa Mahal

Mais si cette construction est une véritable merveille de la rue, sa visite est très décevante. Il  ne s’agit là que d’un observatoire pour les nanas, donc pas de chambres, de pièces de réceptions etc mais simplement un escalier menant à chacun des étages lesquels constituent une sorte de couloir, avec une vue sur la rue. Bref rien de bien passionnant.

Nous passons notre chemin et continuons notre découverte de la ville, qui va de pair avec la découverte de chacun des corps de métiers y exercés, puisque chaque  pâté de maisons est affecté, depuis l’edification de la ville de Jaipur au XVIII°, à un seul corps de métier. C’est super me direz vous, ça doit faire rangé et organisé… Effectivement c’est ce que nous avions pensé de prime abord jusqu’à ce que nous ayons faim alors que nous nous trouvions dans le pâté de maison  situé à l’opposé de celui dévolu à la restauration, ce qui représentait une sacrée trotte.


Une  indienne dans les rues
 Comme vous pouvez vous en douter nous (je) avons pesté, pesté et encore pesté jusqu’à ce que nous trouvions le quartier restauration et là nous (je) avons encore pesté contre la légendaire, mais non moins réaliste, lenteur du service indien.

Ajoutez à la lenteur du service que tous les restaus ici sont végétariens… pour moi ça passe, je ne suis pas une grosse carnivore, mais Flo a du mal et ce d’autant plus qu’on voit des vaches tout les 5 mètres dans la rue de sorte qu’il a envie d’une butter une et de se la faire en méchouis!

Une vache devant son habituel repas

Le lendemain de ce « jour de la faim », nous visitions le « City Palace », Palais des Maharajas de Jaipur, qui appartiens toujours, pour une grande partie, à la famille royale.

Une très jolie tâche dans cette ville monochrome: Il est jaune, couleur de la royauté pour les Maharajas Indous.

A la sortie de ce Palais nous nous faisons accoster par un chauffeur de rickshaw qui veut nous emmener au Water palace, un palais au milieu d’un lac, dont il nous montre des photos.

Evidemment, et c’est le jeux pour faire baisser les prix, nous faisons mine que ça ne nous intéresse pas, mais ce palais sur l’eau me tentait bien…

Après le cinéma habituel (qui cette fois a duré au moins 10 minutes) pour que le chauffeur baisse les prix au maximum nous montons dans son rickshaw, faisons 50 mètres et tombons en rade d’essence… Le chauffeur qui avait passé un temps fou à nous convaincre d’aller au Water palace, puis à négocier avec nous pour le prix, revêtait une mine déconfite …

-         «  C’est pas mon jour de chance », annonça-t-il simplement, en anglais.

Nous commencions pour notre part à nous inquiéter de ne pas pouvoir être au Jal Mahal, le fameux water palace pour le coucher du soleil, et finalement nous avons trouvé, à peine 2 minutes après que le malchanceux nous ai laissé, un autre rickshaw, encore moins cher…

Ca y est nous le voyons, il est là, orange, flottant au milieu d’un lac bordé de montagnes. C’est beau. Très beau. Nous prenons place autour du lac et contemplons sans mot dire ce havre de paix sur un fond sonore de  « Tchaé-cofee, Thae-coffe, Tchae-coffe, Tchae-Coffe » qu’assonait la voix grave et mécanique d’un vendeur ambulant de thé.


Le Jal mahal à la tombée du soir
Autour de nous des locaux s’étonnent de notre présence (il semblerait que cet endroit ne soit pas touristique) et nous regardent avec insistance alors que nous attendions, sans le savoir, la mise en lumière nocturne du Palais sur l’eau.

Le petit Faizan étonné de notre blancheur.
L’arrivée des lumières du château semblait sonner l’heure de fermeture pour les vendeurs et artisans ambulants.
Les femmes qui préparaient une sorte de pâte pâtissière, repliaient leurs tissus sur leurs préparations et les installèrent sur leurs têtes et le vendeur de « Tchae » se rapprochait de ses bidons, qui ressemblent en tout point aux anciens pots à lait en aluminium que nous utilisions en France il y a encore 50 ans, pour les faire disparaître avec lui.

Alors que la vie se dissipait, il ne nous restait plus, nous aussi qu’à nous éloigner de ce spectacle de lumières et d’eau.

En rentrant à notre hôtel, nous faisions la connaissance de Nadia, voyageuse française en quête de spiritualité, autour d’un thé chaud. Elle nous explique que pour elle le seul Dieu qui existe est le « Grand tout » vers lequel l’homme doit tendre ; En gros, la meilleure réincarnation possible serait celle dans toutes les choses, tous les éléments, et dans toutes les formes. A ce niveau là c’était pas vraiment mon délire mais bon mis à part la « spiritualité », cette fille était très sympa.

C’est donc avec elle que nous partions le lendemain à la visite du fort d’Amber, ancienne capitale de l’état de Jaipur, avant que la capitale ne soit transférée au XVIII° dans l’actuelle ville de Jaipur.

Hautain et déserté, le Palais d’Amber construit aux flancs d’une colline couronnée d’antiques fortifications se regardait dans les eaux du lac en contrebas.

Assurément une étape à ne pas manquer si vous passez à Jaipur !

Mélange de l’architecture Rajpoute (donc indoue) et Moghole (donc musulmane) il y en a pour tout les gouts – des plus sophistiqués aux plus simples- au gré des cours, portes et salles.

Fort d'Amber

Donc welcome à Amber, vous serez certain d’y trouver votre compte !